
Alors que l’intelligence artificielle s’invite dans nos vies quotidiennes, son rôle dépasse désormais le sim
ple divertissement. Selon une étude près d’un jeune sur deux confie utiliser les agents conversationnels comme confident, révélant une nouvelle forme de relation entre l’humain et la machine.
Par Yakout Abina
D’après une enquête Ipsos-BVA réalisée en 2026 dans quatre pays dont la France, l’Allemagne, la Suède et l’Irlande. Près de la moitié des 11-25 ans utilisent l’intelligence artificielle pour aborder des sujets personnels et intimes. L’IA conversationnelle n’est donc plus perçue uniquement comme un divertissement, elle s’impose progressivement comme un interlocuteur disponible en permanence, jugé accessible, non critique et rassurant.
Avec les avancées fulgurantes de l’IA, la frontière entre l’humain et la machine tend à s’effacer. Notre quotidien est de plus en plus cerné par de nombreuses applications en tous genres dans lesquelles l’IA s’immisce petit à petit : chatbots, assistants virtuels et objets connectés… Ces systèmes sont aujourd’hui capables de décrypter nos émotions joie, colère, sérénité ou inquiétude en temps réel. Grâce à l’analyse de la voix, certains logiciels détectent les variations de tonalité, le débit, les tremblements ou les hésitations, autant d’indicateurs précieux pour les algorithmes.
Cependant, malgré leur confiance envers les technologies, les jeunes font preuve de lucidité. Près d’un sur deux souligne les risques liés à la confidentialité, et beaucoup estiment que l’IApeut favoriser l’isolement social. Elle peut néanmoins offrir un accompagnement utile en s’appuyant sur des modèles psychologiques, des données sociologiques ou des tendances relationnelles, elle aide à analyser des situations, à poser des questions pertinentes et à suggérer des pistes de communication. Mais les normes sociales varient selon les cultures, un comportement perçu comme respectueux dans une société peut être interprété comme un signe de défiance ailleurs. Les codes de communication et les valeurs collectives façonnent ainsi les réactions individuelles.
Toutefois, cette aptitude peut s’avérer précieuse dans d’autres domaines notamment le domaine médical.Par exemple, détecter le stress ou l’anxiété chez un patient atteint de la maladie d’Alzheimer, alors qu’il ne parvient plus à exprimer clairement son ressenti. Pour les seniors ou les personnes souffrant de troubles neurodégénératifs, les émotions constituent un indicateur essentiel de bien-être, mais elles restent difficiles à percevoir.
Comme le rappelle VarshaDevi, chercheuse en vision par ordinateur au CESI LINEACT, « reconnaître une émotion ne se limite pas à identifier une expression faciale ». Le visage fournit des indices, mais jamais une preuve absolue. Un sourire peut masquer l’inquiétude, une expression neutre peut cacher une souffrance intérieure. Chez les personnes atteintes de troubles cognitifs, les expressions sont souvent peu marquées ou dominées par des émotions négatives, ce qui brouille l’interprétation.
Le risque est donc réel : en se basant uniquement sur des signaux faciaux ambigus, les modèles d’IA classiques produisent des classifications réductrices, voire erronées. Ce constat, largement documenté en neuropsychiatrie et en neurologie, impose de dépasser l’analyse du visage pour explorer d’autres indices. Comme le résume Amine Bohi, enseignant-chercheur au CESI LINEACT : « Le visage donne des indices, mais ce n’est jamais une preuve absolue. Si on s’arrête là, on prend le risque de se tromper. »
L’intelligence artificielle peut ainsi constituer une aide précieuse, mais elle ne doit en aucun cas se substituer à la richesse et à la profondeur du regard humain. Elle doit apprendre à intégrer et respecter la diversité des cultures, des sensibilités et des expériences. Son rôle n’est pas de remplacer la relation humaine, mais de l’accompagner, de l’enrichir et de la soutenir. sans jamais prétendre incarner l’empathie ou l’intuition propres à l’être humain.
Y.A
