Le drame migratoire survenu vendredi au poste-frontière de Melilla, lorsque 23 migrants d’origine africaine ont été tués par la police marocaine alors qu’ils tentaient d’entrer dans l’enclave espagnole, continue de susciter l’indignation à l’international.
Par Tinhinane Ait Afrah
Lors d’une conférence de presse tenue lundi, le porte-parole du secrétaire général de l’ONU, Stéphane Dujarric, a “vivement déploré cet incident et les pertes en vies humaines”, rappelant que “le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés et l’Organisation internationale pour les migrations ont déjà exprimé leur indignation” à ce sujet. De son côté, le Haut-commissariat aux droits de l’Homme (HCDH) a réclamé mardi l’ouverture d’une enquête indépendante pour déterminer les circonstances ayant conduit à ce drame migratoire. “Nous appelons les deux pays (Maroc et Espagne, ndlr) à garantir la tenue d’une enquête efficace et indépendante, première étape pour déterminer les circonstances dans lesquelles il y a eu des morts et des blessés ainsi que toutes les responsabilités éventuelles”, a déclaré à Genève une porte-parole du HCDH, Ravina Shamdasani. Par ailleurs, pas moins de 45 organisations internationales ont publié une déclaration commune, dans laquelle elles ont condamné l’attaque sanglante de la police marocaine et son usage disproportionné de la force. Dans cette déclaration publiée sur la page Facebook de l’Association marocaine des droits de l’Homme (antenne de Nador), ces organisations ont notamment condamné l’absence de prise en charge rapide des migrants blessés, ce qui a conduit à un bilan élevé. Les organisations, qui ont qualifié de “tragédie” l’attaque sanglante de la police marocaine, ont affirmé que la mort de ces jeunes africains aux frontières de l’Europe “alerte sur le caractère meurtrier de la coopération sécuritaire dans le domaine migratoire entre le Maroc et l’Espagne”. Elles ont, entre autres, appelé à “ouvrir immédiatement une enquête judiciaire indépendante du côté marocain, ainsi que du côté espagnol, et au niveau international pour révéler toute la vérité sur ce drame humain”. Pour sa part, le pape François a fait part, mardi, de sa “douleur” pour les “tragédies” de l’enclave espagnole de Melilla et du Texas, qui s’est réveillée avec au moins 46 migrants retrouvés morts dans un camion à San Antonio. “J’ai appris avec douleur la nouvelle des tragédies des migrants au Texas et à Melilla”, a tweeté le souverain pontife. “Prions ensemble pour nos frères qui sont morts en poursuivant l’espoir d’une vie meilleure et pour nous, afin que le Seigneur ouvre nos cœurs et que ces malheurs ne se reproduisent plus”, a-t-il ajouté. Face au tollé qu’a suscité la répression sanglante de migrants africains par la police marocaine au poste-frontière de Melilla, le Conseil de sécurité de l’ONU a décidé de tenir hier, mercredi, une réunion à huis clos. La réunion, qui s’est tenue à l’initiative du Kenya, du Gabon et du Ghana, pays africains actuellement membres du Conseil, “portera sur la violence meurtrière à laquelle sont confrontés les migrants africains entrant dans l’enclave espagnole de Melilla depuis le territoire marocain”, avait précisé l’ambassadeur du Kenya à l’ONU, Martin Kimani. Selon un dernier bilan actualisé donné samedi soir, au moins 23 migrants subsahariens ont péri après l’intervention brutale de la police marocaine pour empêcher près de 2.000 d’entre eux d’entrer dans l’enclave espagnole. De nombreuses vidéos et images ont circulé sur les réseaux sociaux montrant des dizaines de migrants au sol, quasiment inertes. Certaines montraient également les forces de sécurité marocaines en train de tabasser des migrants. Ce bilan est de loin le plus meurtrier jamais enregistré lors des nombreuses tentatives de passage de migrants subsahariens vers Melilla et l’enclave espagnole voisine de Ceuta.
Le Maroc et l’Espagne ont eu recours à “un usage excessif de la force”, a dénoncé Stéphane Dujarric “choqué”
Le Maroc et l’Espagne ont eu recours vendredi à “un usage excessif de la force” contre des migrants subsahariens qui voulaient entrer à Melilla, tuant au moins 23 d’entre eux, a dénoncé mardi le porte-parole de l’ONU, Stéphane Dujarric, qui s’est dit “choqué”. “Je veux dire à quel point nous avons été choqués par les images de la violence vue à la frontière entre le Maroc et l’Espagne en Afrique du Nord ce week-end et qui a entraîné la mort de dizaines d’êtres humains, demandeurs d’asile, migrants”, a-t-il dit lors de son point de presse quotidien. “C’est inacceptable” et ce drame “doit faire l’objet d’une enquête”, a ajouté le porte-parole, en précisant que le recours “excessif à la force” a été vu par l’ONU “des deux côtés de la frontière”. “Les personnes qui migrent ont des droits humains et ceux-ci doivent être respectés et nous les voyons trop souvent bafoués”, a insisté Stéphane Dujarric. Lundi déjà, Dujarric avait “vivement déploré” ce drame migratoire, le qualifiant de “tragique”. Plus tôt, une porte-parole du Haut-commissariat aux droits de l’Homme, Ravina Shamdasani, avait réclamé à Genève l’ouverture d’une enquête indépendante après la mort d’au moins 23 migrants d’origine africaine, brutalement tués par la police marocaine alors qu’ils tentaient d’entrer dans l’enclave espagnole de Melilla depuis le Maroc.
T.A.A