Héritière d’un savoir-faire familial précieux, Faïza Antri Bouzar fait rayonner l’identité algérienne à travers sa marque dénommée FAB. De la précision au raffinement, son parcours est celui d’une femme pour qui la couture est un dialogue sacré entre mémoire et création.
Par Yakout Abina
Issue d’une lignée d’artisans, Faïza Antri Bouzar n’a jamais considéré la couture comme une simple activité manuelle. Bercée par la précision du geste de son père bijoutier et l’élégance des ouvrages de sa mère, elle conçoit la création comme un dialogue sacré ; pour elle, chaque fil raconte une histoire, chaque perle porte une mémoire. Son aventure dans la mode prend racine dans ce patrimoine affectif, où l’éclat du bijou et la souplesse du textile s’entremêlent.
Officiellement lancée en 2009 avec la création de sa marque FAB, sa carrière trouve en réalité son impulsion bien plus tôt, en 1913. C’est l’année où son arrière-grand-mère, Meriem, porta pour son mariage un Karakou qui allait devenir, un siècle plus tard, le point de départ d’une destinée hors du commun. « C’est ce Karakou qui m’a choisie », confie Faïza. Plus qu’un vêtement, cette pièce est pour elle une âme vivante, un héritage qui l’a guidée vers sa vocation. Convaincue que son destin était lié à celui de ce costume traditionnel, elle a fini par délaisser une carrière prometteuse de consultante en marketing pour se dévouer entièrement à la création. Ce choix radical a marqué le début d’une trajectoire singulière, où la passion et la transmission se mêlent pour donner naissance à une œuvre profondément ancrée dans l’identité algérienne.
Depuis 2016, la maison FAB s’est imposée comme une véritable ambassadrice de l’élégance algérienne. Les créations de Faïza ont traversé les continents, séduisant le public au Canada, aux États-Unis, au Liban, en Azerbaïdjan, en Italie, en France, au Chili et plus récemment au Bahreïn. L’un des moments les plus marquants de cette expansion internationale reste l’organisation du tout premier défilé de mode de l’histoire de l’Île de Pâques, en collaboration avec l’ambassade d’Algérie. Dans ce décor mythique, les mystères du Pacifique ont rencontré la richesse du patrimoine algérien, offrant une scène inédite où tradition et modernité se sont entremêlées.
Le processus créatif de Faïza Antri Bouzar est nourri par une curiosité insatiable. Ses sources d’inspiration sont multiples : ça pourrait venir d’un voyage, d’une visite au musée, ou même d’une bonne nuit de sommeil, mais aussi d’éléments inattendus. Elle n’hésite pas, par exemple, à observer des plaquettes de fonds de microscopes pour imaginer des motifs de broderie ou de perlage d’une précision chirurgicale. Cette capacité à transformer l’infiniment petit en œuvres spectaculaires illustre son approche singulière : la mode comme un langage universel, capable de traduire la beauté cachée du monde.
L’actualité de la créatrice est marquée par l’exposition « Femmes d’Alger », présentée au Musée national du Bardo, véritable écrin de l’histoire algérienne. Jusqu’au 17 janvier, le public peut y découvrir son projet le plus intime, né d’une intuition fulgurante lors d’un séjour à Paris. En voulant organiser un événement pour Lailat El Qadr, Faïza a été submergée par un tsunami d’idées. De cette effervescence est née la collection Qadr « Destin », hommage direct au Karakou de 1913 qui a bouleversé sa trajectoire.
À travers « Qadr », la créatrice raconte l’histoire fantastique de ce vêtement qui, selon elle, possède une âme. Elle considère que ce Karakou l’a choisie, et qu’en retour, il a transformé sa vie. Ce dialogue entre passé et présent, entre héritage et création, constitue le fil conducteur de son œuvre.
Pour Faïza, le moment de vérité se révèle sur le podium ou dans l’intimité de l’atelier, lorsque ses créations prennent vie sous les yeux d’une future mariée. Elle accompagne ces femmes avec une sensibilité rare, consciente que ses tenues transcendent la simple fonction d’habit pour devenir des fragments de mémoire et de rêve. Elle affirme que voir ses pièces portées déclenche chez elle un sentiment de plénitude et une joie profonde, comme si chaque fil cousu, chaque perle posée trouvait enfin son sens.
Si la maison FAB s’est imposée comme une référence incontournable de la haute couture, c’est grâce à une identité visuelle immédiatement reconnaissable. La rigueur est au cœur de son processus ; rien n’est laissé au hasard, du choix du fil à la pose de la dernière perle. Son style se distingue par des épaules nettes, un col en V iconique, et des volumes spectaculaires qui osent sans jamais tomber dans l’excentricité. L’élégance reste le maître mot, portée par une créativité audacieuse mais toujours équilibrée.
Alors qu’une nouvelle collection est déjà en préparation, Faïza Antri Bouzar continue de créer sans relâche, prouvant que la mode n’est pas seulement une affaire de tissus et de formes, mais une écriture du destin. Son Qadr est de tisser, fil après fil, le futur de la haute couture algérienne, en portant haut les couleurs d’un patrimoine qui ne cesse de dialoguer avec le monde.
L’histoire de Faïza Antri Bouzar est celle d’une femme qui a choisi de suivre la voix de son héritage, transformant un vêtement ancien en moteur de création contemporaine. À travers FAB, elle incarne une haute couture algérienne ouverte sur le monde, mais fidèle à ses racines. Son parcours rappelle que la mode, lorsqu’elle est habitée par une âme, peut devenir bien plus qu’un art : une destinée.
Y.A
