Toute cette impuissance révèle que l’Europe n’a existé comme puissance que dans l’ombre du parapluie nucléaire américain. Gonflée par la certitude de la protection qu’offre le parapluie nucléaire américain, l’Europe a cru qu’elle était une puissance et qu’elle pourrait hausser le ton, jusqu’à vouloir infliger une défaite stratégique à la Russie.
Par Erno RENONCOURT
Ainsi, plutôt que de faire preuve d’intelligence de sécuriser ses frontières par une bonne entente avec la Russie et de défendre les intérêts de ses peuples, l’Europe a préféré sacrifier l’avenir de sa population, brader son économie et exploser son modèle industriel pour faire plaisir aux américains. Comme une va-t’en guerre, assoiffée de sang impur et affamée de cadavres russes, elle s’est mise vent debout, la fleur au fusil, contre la Russie, alors qu’elle est à portée de tir du feu nucléaire russe. Or voilà que le nouveau maître étasunien décide, dans un revirement de stratégie, de faire la paix directement avec la Russie, et d’un commun accord, les deux vrais belligérants conviennent d’exclure et l’Europe et l’Ukraine. Comme jadis en 1945, à Yalta, les Russes et les Étasuniens vont se partager une partie de l’Europe. Et comme toujours, les vaincus et les suiveurs impuissants n’ont pas d’honneur, ils se font toujours exclure, comme des malpropres, du festin des vainqueurs. Tandis que l’Ukraine prend conscience qu’elle a été sacrifiée sur l’autel du business des terres rares et que cette guerre n’était jamais la sienne ; l’Europe, quant à elle, se découvre comme la grande cocufiée de la guerre par procuration que l’Amérique de George Soros, de Bill Clinton, de Bill Gates et de Barack Obama menait contre la Russie par l’Ukraine interposée.
C’est un vrai cataclysme que provoque Donald Trump, seulement un mois après le début de son second mandat. Le timing semble annoncer de grands et profonds bouleversements. Et on comprend toute la stupeur des Européens qui se retrouvent contraints d’assumer leur couillonnerie stratégique et de prendre en mains leur destin qu’ils ont abandonné servilement, depuis 1991, aux mains des EU. Et comme le dit justement Emmanuel Todd, « L’Europe est peut-être allée chercher sa mort en Ukraine ». Et l’abasourdissement des leaders européens, devant le mépris que leur témoigne désormais le nouveau maître du monde, dit la profondeur de leur impensé stratégique, et leurs postures de révolte contre l’axe Trump-Poutine ne sont au vrai que des supplications pour obtenir une petite place à la table des puissants. Mais dans leur impensé, ils ne comprennent pas cette vérité révélée par Emmanuel Todd : Les américains méprisent les Européens pour leur servilité.
De l’impuissance à l’insignifiance
Devant cette impuissance pathétique, ma pensée va particulièrement au président français, Emmanuel Macron : car à se prendre dans ses rêves de puissance pour Jupiter, à traiter les pauvres qui n’ont rien de n’être rien, à insulter les dirigeants Africains et Haïtiens, en les assimilant à des cons ou à des ingrats et se découvrir soi-même, n’être, soit qu’un simple marche pied sur lequel le maître américain se hisse, soit un chiffon sur lequel il s’essuie les bottes selon son vouloir, a quelque chose de pitoyable et de révoltant. Tout au moins pour ceux et celles qui sont dignes. Et c’est là le problème : l’Europe a-t-elle encore des élites dignes pour la sortir des trois stations de son impuissance que sont l’humiliation pathétique, la surmédiatisation frénétique et l’agitation stérile ?
Façonnés et profilés, depuis la fin de la seconde guerre mondiale, dans le moule de la servitude atlantique, particulièrement depuis l’effondrement du bloc de l’Est en 1991, les dirigeants européens ne s’attendaient pas à se faire empoigner, bousculer, culbuter avec une telle violence et rejeter avec un tel mépris par leur maître américain. Mais de fait, au-delà de leur impuissance réelle face à la nouvelle gouvernance que veut imprimer Donald Trump au monde, ils se retrouvent comme de nobles insignifiants qui quémandent une place à la table des puissants. Tel est le spectacle déprimant que vient une nouvelle fois de donner les Européistes qui, sous la houlette d’Emmanuel Macron, ont formé à la hâte un conseil de guerre de 8 fantassins prompts à défier l’axe stratégique Poutine Trump. Mais ces agitations ne trompent plus personne, puisque tout le monde connaît le tempo du « verbe à moitié vide » de la diplomatie européenne pour reprendre le mot que Vincent Hervouët a si bien formulé, pour parler de la diplomatie française sous la macronie. Toute une insignifiance anoblie !
Et tout le drame est là. Les leaders européens ne se rendent pas compte qu’ils ne sont que des moins que rien. Vassalisés par l’Empire étasunien pour se faire protéger de la menace communiste, alors qu’ils vivaient dans l’illusion d’une alliance de protection entre pairs, les Européistes n’ont pas compris que les repères du monde avaient basculé, et que les idéologies qui justifiaient en 1945 l’existence de l’OTAN étaient devenues obsolètes depuis 1991. Mais loin de prendre la mesure de ce changement de repère, pour repenser leur stratégie par rapport à l’Empire et prendre en mains leur destin de peuple de manière souveraine, ils ont vécu les trente dernières années dans une si grande démesure de leurs postures serviles vis-à-vis de l’Empire, qu’ils ont laissé transparaître, derrière leurs impostures, autant leur impuissance que leur insignifiance. Voir Macron qui gesticule vouloir poursuivre la guerre contre Poutine, alors qu’en coulisse il appelle le découpeur de journaliste de l’Arabie Saoudite pour lui demander une place sur la photo de souvenir, est assez pitoyable.
Mais au lieu d’analyser les errances stratégiques, les déviances culturelles qui les ont conduits à cette impuissance, ils foncent dans le mur du déni et s’arcboutent à leur rêve d’en découdre avec la Russie. La guerre est leur seul projet ! Parallèlement, les médias de grand chemin, qui relaient leur propagande, et dont la plupart étaient financés par les fonds obscurs de l’USAID (l’aurait-on su officiellement sans Donald Trump et ses démineurs de fond ?), continuent d’abrutir l’opinion publique mondiale en lui laissant croire que la Guerre en Ukraine est du seul fait de la Russie et qu’elle n’a commencé qu’en février 2022. Pas un seul n’a la décence de rappeler que si les accords de Minsk, entre la Russie et l’Ukraine en 2015, avaient été respectés et garantis par l’Allemagne et la France, il n’y aurait pas ce bain de sang, ce gâchis humain et cette hystérie qui fait vaciller le monde entre toutes les peurs d’un dérapage nucléaire.
L’impensé stratégique s’impose donc comme le mal émergent du globalisme. Mal qui dans ses manifestations impuissantes et insignifiantes structure l’invariance de la géostratégie de la déshumanisation. Et comme tel il invite à une introspection. Et c’est cette introspection qui nous pousse au second acte de notre problématisation. Vu cette déculottée que Trump est en train de mettre aux vassaux impuissants de l’Europe, qui sont de fait la rampe de lancement du globalisme et du transhumanisme, ne faut-il pas une pensée d’ouverture pour approprier plus stratégiquement les politiques que Trump est en train de mener durant son second mandat ? Faut-il éternellement se verrouiller sur la focale du prisme militant et s’interdire de penser les antagonismes du monde en termes de possibles divergents structurants pourvu que cela concourt à préserver l’humain et sa dignité ? Il ne s’agit pas de sympathie envers les idées fascistes et suprémacistes de Trump, mais d’une pensée intelligente qui permet de voir, contre toute myopie, l’impact déstabilisant des politiques de son second mandat sur quelques-unes des structures les plus opaques et les plus puissantes du capitalisme globalisé. Ce sera le but de notre prochain article : questionner la myopie progressiste qui empêche de voir que si la tornade Trump 2.0 parvient à faire boguer le logiciel culturel du globalisme, elle ouvre de ce fait la voie à des fissures par lesquelles les invariants stratégiques du capitalisme peuvent s’éroder.
E.R (Fin)
