
L’Opéra d’Alger Boualem-Bessaih accueillera, du 30 avril au 7 mai 2026, la 15e édition du Festival international de musique symphonique. Réunissant 28 pays, des centaines de musiciens et un programme riche en concerts et masterclasses, l’événement s’impose comme l’un des rendez-vous culturels majeurs en Algérie, placé sous le signe du dialogue des cultures et de la valorisation du patrimoine musical national.
Par Chaimaa Sadou
La 15e édition marque une étape importante pour le festival. Cet anniversaire symbolise la maturité d’un projet qui, comme l’a rappelé avec émotion le commissaire du festival, M. Abdelkader Bouazara, n’est nullement le fruit du hasard. Il est l’aboutissement de longues années de travail et de persévérance, menées sans relâche par l’Orchestre Symphonique National Algérien.
Pendant des décennies, ces musiciens, que l’on décrit à juste titre comme les « consciences vivantes de la nation », ont sillonné toutes les régions d’Algérie par la route. En bus ou en voiture, ils ont parcouru des milliers de kilomètres, allant jusqu’aux confins du sud, à Djanet, et sur les côtes ouest, jusqu’aux lieux les plus reculés, pour porter la musique savante au plus profond du pays. « Nous avons voyagé avec 22 journalistes et une équipe complète pour redorer le blason de notre patrimoine musical national », a rappelé le commissaire. C’est cette persévérance qui permet aujourd’hui à l’Algérie de briller sur la scène internationale, prouvant que la musique est un langage qui traverse les siècles sans prendre une ride.
Hommage au maître Noumi Fadhel Allah
Le cœur de cette édition bat pour un homme : Noumi Fadhel Allah, véritable « figure majeure de la musique algérienne »,est à l’honneur cette année. Ce grand compositeur et musicien, virtuose du luth (oud), a marqué toute une génération. Célèbre pour sa virtuosité et sa discrétion, il a collaboré avec les plus grandes voix du monde arabe. Son empreinte se retrouve dans les œuvres de Salwa, Hamidou, ou encore des légendes telles que Wadih El Safi et la grande Syrienne Mayada El Hennawi.
Dédier l’intégralité des huit soirées à sa mémoire est un acte fort. Fadhel Allah n’était pas seulement un musicien pour l’Algérie, mais un ambassadeur dont les mélodies ont touché le cinéma (travaillant avec des réalisateurs comme Ammar El Askari) et les scènes internationales. « Il a offert plus de 250 compositions. Nous ne pourrons pas toutes les jouer, mais nous lui offrirons un medley de cinq minutes lors de l’ouverture, arrangé par le Tunisien Mohsen Matri », a précisé le maestro Lotfi Saïdi. Sa musique, qui traverse les générations, continue d’effacer les frontières au profit du partage culturel.
La Tchéquie : une école d’excellence à l’honneur
Pour ce quinzième anniversaire, la République tchèque est l’invitée d’honneur. Ce pays, présent depuis la toute première édition, entretient un lien indéfectible avec le festival. « Autrefois, les musiciens professionnels devaient passer par Prague pour obtenir leur consécration. C’est un pays de grande musique », a souligné M. Bouazara.
La prestigieuse Philharmonie de Bohême du Sud représentera cette grande école musicale. Le concert d’ouverture, prévu le 30 avril à 19h30, sera un moment de communion intense. Il sera dirigé par deux maestros : le jeune et talentueux Algérien Lotfi Saïdi et le chef tchèque Jan Tavich. Sur scène, l’union sera totale : 40 musiciens tchèques et 50 musiciens algériens joueront ensemble, accompagnés par des voix exceptionnelles comme la soprano tchèque Marie Kopecká et côté algérien, le ténor Bilal Sahraoui et la soprano Ryma Khireddine.
Un tour du monde en huit soirées
Le programme de cette édition est une invitation au voyage. Chaque soir, l’Opéra d’Alger deviendra le théâtre d’une rencontre entre les peuples :
30 avril (Ouverture) : Tchéquie (Philharmonie de Bohême du Sud).
1er mai : Mexique (Mexico Lindo) et Fédération de Russie.
2 mai : Soirée triple avec l’Autriche (Trio Piano), l’Italie (Orchestre Ferruccio Busoni) et l’Égypte (Cairo Symphony Orchestra).
3 mai : Allemagne (Ulrike Mayer et Peter Kreuz) et Tchéquie.
4 mai : Pologne (pianiste Misha Kaslovski), Corée du Sud (Noor Trio) et Orchestre Symphonique Tunisien.
5 mai : Espagne (Quatuor Gerhard), Angola et Voix syriennes.
6 mai : Japon (Yokohama Sinfonietta), Danemark et Venezuela.
7 mai (Clôture) : Orchestre Symphonique Arabe.
Une clôture historique : l’Orchestre Symphonique Arabe
Le clou du spectacle aura lieu le 7 mai. Pour la première fois, le festival donnera naissance à l’Orchestre Symphonique Arabe. Ce projet ambitieux réunira des musiciens de sept pays (Syrie, Tunisie, Liban, Irak, Égypte, Jordanie et Palestine) aux côtés de leurs confrères algériens. Près d’une centaine de musiciens partageront la scène sous la baguette de quatre chefs d’orchestre renommés, dont l’Égyptien Nayer Nagui et le Tunisien Hafedh Makni. Pour parfaire cette union, le grand chanteur algérien Abdelaziz Benzina interprétera des pièces du patrimoine national, telles que « Ya Hamami » et « Gharamek », réarrangées pour l’occasion.
Une tournée pour toute l’Algérie
Le festival ne se limite pas à la capitale. Dans une logique de décentralisation, des concerts sont prévus dans plusieurs wilayas. Le 1er mai, à 20h, trois concerts simultanés auront lieu : le Mexique et la Russie à Alger, l’orchestre tchèque à Oran (au Théâtre Régional Abdelkader Alloula) et l’ensemble allemand à Constantine. Le 2 mai, la Russie se produira à Constantine, suivie le 3 mai par l’Orchestre Symphonique Tunisien. Enfin, le 7 mai, le grand pianiste polonais Misha Kaslovski donnera un récital spécial à Biskra, en hommage au compositeur Karol Szymanowski, qui avait séjourné dans cette ville en 1914. « Vous entendrez des mélodies algériennes dans sa musique », a promis le représentant polonais.
La transmission : l’âme du festival
Le festival ne se limite pas aux concerts de prestige. L’aspect pédagogique reste une priorité absolue. Douze pays participent cette année à l’animation de masterclasses. Ces sessions de formation sont des moments privilégiés où les étudiants des instituts régionaux de formation musicale – venus de Tizi Ouzou, Béjaïa, Sétif, Blida, Oran, Constantine, Biskra, Bouira, Batna, Annaba, Chlef, Sidi Bel Abbès, Béchar ou Laghouat – pourront apprendre auprès des plus grands maîtres mondiaux. « Ils seront nos VIP. Ils pourront non seulement assister aux masterclasses, mais aussi à toutes les soirées, gratuitement », a insisté le commissaire. Cette volonté de « mixer » les expériences garantit que la relève musicale algérienne soit prête à relever les défis de demain.
Des partenaires privés au service de la culture
Un événement d’une telle envergure ne saurait voir le jour sans le soutien d’acteurs économiques engagés. Pour cette quinzième édition, le festival peut compter sur la fidélité de plusieurs sponsors de renom. La Société Générale Algérie, Gama-Sérones, ATP, CEPIA, ainsi que l’Opéra d’Alger lui-même, ont répondu présents pour faciliter l’organisation matérielle et financière. « Ces partenaires nous permettent d’offrir des conditions optimales à nos invités internationaux, de la qualité de l’hébergement à la logistique des transports », a tenu à souligner le commissaire. Un clin d’œil particulier a été adressé à l’hôtel Azad, choisi pour accueillir les artistes du monde entier. « La sensibilité des grands musiciens est grande. Nous devons leur assurer un cadre serein pour qu’ils donnent le meilleur d’eux-mêmes sur scène », a expliqué M. Bouazara. Ce maillage entre secteur public et privé démontre que la culture, en Algérie, est désormais considérée comme un levier de développement à part entière, digne d’investissements conséquents.
Une vision politique et un avenir prometteur
Cette réussite est aussi celle d’une volonté politique. « Le président de la République, M. Abdelmadjid Tebboune, veut construire des institutions qui ne disparaissent pas avec les hommes », a rappelé M. Bouazara, saluant le travail du ministère de la Culture. L’objectif affiché est clair : faire de l’Algérie un carrefour d’échanges symphoniques et créer une véritable Philharmonie internationale algérienne.
En marge des concerts, le festival renforce ses liens avec le monde académique. Une conférence sur « La civilisation et la musique » a récemment été organisée à l’université de Bouzaréah, en présence de plusieurs experts. Une preuve que la musique symphonique n’est plus réservée à une élite, mais qu’elle s’adresse à toutes les générations, de « 7 à 77 ans ».
Un événement soutenu par les médias et le public
Les organisateurs tiennent à saluer la fidélité des médias algériens, présents depuis vingt ans pour couvrir l’événement. « Sans vous, ce festival n’aurait jamais atteint cette dimension », a lancé M. Bouazara aux journalistes. Le public, lui, vient de toutes les wilayas : Tizi Ouzou, Tipaza, Médéa, Béjaïa et Sétif. Certains parcourent des centaines de kilomètres pour assister aux concerts. Une preuve que la musique symphonique a conquis le cœur des Algériens. Un engouement qui confirme l’ancrage durable de la musique symphonique dans le paysage culturel national.
C.S
