Les secouristes s’efforçaient hier, mardi, de sauver les personnes piégées sous les décombres après le puissant tremblement de terre qui a frappé la veille la Turquie et la Syrie et fait plus de 5.000 morts, selon un bilan encore provisoire.
Par Tinhinane Ait Afrah
Dans la ville turque d’Antakya, près de la frontière syrienne, des journalistes de Reuters ont pu observer des opérations de sauvetage menées sur des monticules de décombres alors que des immeubles de dix étages se sont effondrés avec les secousses. Les opérations, rendues plus difficiles encore par les températures glaciales et la pluie, se déroulent alors que la ville n’a plus ni électricité ni carburant. Un séisme de magnitude 7,8 a frappé dans la nuit de dimanche à lundi la Turquie et la Syrie voisine, détruisant des milliers de bâtiments, dont de nombreux immeubles d’habitations et des hôpitaux. Il a été suivi par de nombreuses répliques, dont une secousse de magnitude 7,7 quelques heures plus tard et une autre de 5,6 ce mardi dans le centre de la Turquie. L’institut américain de surveillance sismique a indiqué que le premier tremblement de terre était le plus puissant qu’il ait enregistré dans le monde depuis un séisme survenu en août 2021 dans l’Atlantique-Sud. Il s’annonce aussi comme le plus meurtrier en Turquie depuis 1999, année où un tremblement de terre avait dévasté Izmir et la région très peuplée de la mer de Marmara, près d’Istanbul, provoquant la mort de plus de 17.000 personnes. Le séisme a fait 3.419 morts un Turquie selon un dernier bilan fourni par le vice-président turc Fuat Oktay. En Syrie, où le tremblement de terre est venu s’ajouter aux détériorations liées à onze années de guerre civile, au moins 1.602 personnes sont décédées et des milliers d’autres ont été blessées, ont indiqué les autorités et les secouristes. Selon l’agence de presse officielle SANA, au moins 812 personnes sont mortes dans les provinces contrôlées par le gouvernement d’Alep, Latakia, Hama, Idlib et Tartous. Dans les zones rebelles du nord-ouest du pays, le bilan s’élève à au moins 790 personnes tuées et 2.200 blessées mais les secouristes ont prévenu qu’il devrait “augmenter de façon dramatique”. Le directeur de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), Tedros Adhanom Ghebreyesus, s’est dit particulièrement préoccupé par les régions turques ou syriennes où aucune information n’a encore émergé après le séisme. La Turquie a déclaré une “alarme de niveau 4” qui permet de recourir à l’aide internationale mais pas un état d’urgence qui entraînerait une mobilisation massive de l’armée. Selon l’agence turque de gestion des catastrophes, 13.740 secouristes ont été déployés sur le terrain ainsi que plus de 41.000 tentes, 100.000 lits et 300.000 couvertures. Les connexions Internet insuffisantes et les routes endommagées entre certaines des villes turques les plus touchées, où vivent des millions de personnes, ont entravé les efforts pour évaluer l’ampleur des dégâts et planifier l’aide à envoyer. Le président turc Recep Tayyip Erdogan, qui se prépare à des élections difficiles en mai, a qualifié le séisme de catastrophe historique et a assuré que les autorités faisaient tout leur possible. Dans le nord-ouest de la Syrie, la défense civile a déclaré que des centaines de familles étaient piégées sous les décombres. Un haut responsable humanitaire de l’Onu en Syrie a expliqué que les pénuries de carburant et les conditions météorologiques difficiles compliquaient les opérations de secours. “Les infrastructures sont endommagées, les routes que nous avions l’habitude d’utiliser pour le travail humanitaire sont endommagées, nous devons faire preuve de créativité pour atteindre les gens (…) mais nous travaillons dur”, a déclaré El-Mostafa Benlamlih, coordinateur de l’Onu lors d’une interview accordée à Reuters par liaison vidéo depuis Damas.
T.A.A
