Sécurité alimentaire/Miser sur la science et la production locale

Le ministère de l’Agriculture, du Développement rural et de la Pêche a engagé l’application d’une stratégie nationale axée sur le développement de la production locale de semences et de plants, dans l’objectif de consolider durablement la sécurité alimentaire du pays. Cette orientation repose principalement sur l’exploitation des résultats issus de la recherche scientifique nationale, a fait savoir à Alger le ministre du secteur, Yacine El-Mahdi Oualid.

Par Youcef Hamidi

Lors de la première réunion du Conseil scientifique national de la sécurité alimentaire, tenue au siège de la Chambre nationale d’agriculture, le ministre a indiqué que des projets concrets seront lancés pour produire localement des semences hybrides. Cette démarche vise à diminuer la forte dépendance aux importations tout en valorisant les travaux et les expériences probantes menés au sein des instituts spécialisés et des universités algériennes.

Dans ce cadre, il a précisé que l’Université de Tiaret pilote un programme consacré au développement de semences hybrides de maïs et de plusieurs cultures maraîchères, en complément des recherches conduites par le Centre de recherche en biotechnologie de Constantine. Parallèlement, le ministère œuvre au renforcement de la production nationale de plants, conformément au plan sectoriel d’extension des cultures arboricoles, notamment celles à forte valeur ajoutée comme l’arganier. Les études engagées dans ce domaine devraient ouvrir la voie à l’introduction de nouvelles cultures capables d’alléger la facture des importations.

À ce titre, le ministre a souligné que le Centre de recherche en biotechnologie s’emploie actuellement à produire des plants de bananier à haut rendement, une initiative appelée à permettre, à moyen terme, le développement de cette culture à plus grande échelle sur le territoire national.

Abordant le volet de la production animale, M. Oualid a insisté sur la nécessité d’adopter des approches scientifiques afin de réduire les coûts de production, en particulier par une meilleure maîtrise de la chaîne de valeur des aliments de bétail. Il a mis en avant l’importance de formules sanitaires intégrant des matières premières agricoles locales, susceptibles d’accroître les volumes produits tout en maîtrisant les charges.

Concernant la filière des viandes blanches, le ministre a appelé à limiter le recours aux génétiques importées et à encourager la production nationale de reproducteurs, soulignant que l’Algérie dispose déjà de plusieurs complexes intégrés capables de soutenir cette orientation.

Par ailleurs, il a mis l’accent sur le rôle déterminant de la mécanisation agricole et de l’utilisation d’équipements modernes et de technologies avancées pour améliorer la productivité des terres. À ce propos, il a assuré que les services du ministère sont désormais disposés à accompagner l’ensemble des agriculteurs souhaitant investir dans ce domaine. Il a également plaidé pour une meilleure efficacité des mécanismes de soutien public et une optimisation de l’utilisation des ressources, afin que chaque dinar investi se traduise par une augmentation réelle de la production.

Dans son intervention, le ministre est revenu sur la révision en cours de la loi d’orientation agricole, engagée sur instruction du président de la République, M.Abdelmadjid Tebboune. Cette réforme vise à encourager l’initiative, à offrir un climat serein aux acteurs du secteur et à recentrer le rôle de l’administration sur l’accompagnement et la facilitation.

Évoquant l’importance du Conseil scientifique national pour la sécurité alimentaire, M. Oualid a estimé que l’atteinte des objectifs fixés suppose une rupture avec les pratiques purement administratives au profit d’une gouvernance fondée sur la science et la vision stratégique. Il a annoncé, à cette occasion, la publication prochaine des recommandations issues de la Conférence nationale sur la réforme du secteur agricole sur le site officiel du ministère, afin de servir de base aux travaux et aux débats du Conseil.

De son côté, le président du Conseil scientifique national pour la sécurité alimentaire, Ammar Azioune, a souligné que cette instance, composée de compétences algériennes établies en Algérie et à l’étranger, couvrant diverses spécialités, constitue un appui technique essentiel pour accompagner la stratégie nationale. Selon lui, le Conseil est en mesure d’apporter des réponses adaptées aux défis actuels, notamment ceux liés aux mutations géopolitiques et climatiques.

Installé en octobre dernier, le Conseil regroupe 33 membres issus du monde de la recherche, de l’enseignement supérieur et de différents secteurs concernés. Il a pour mission d’accompagner la modernisation de l’agriculture nationale et d’explorer les leviers permettant de renforcer durablement les capacités de production du pays.

Y.H

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