Quand la « civilisation française » exterminait les humains et les animaux

 

 

Souvent absente des récits historiques, la question environnementale liée à la colonisation française de l’Algérie mérite une attention particulière. L’exploitation intensive des ressources naturelles durant cette période a durablement bouleversé les écosystèmes algériens.

Cet angle écologique, trop longtemps ignoré, révèle une autre facette du colonialisme : celle d’un écocide aussi silencieux que durable. La présence française en Algérie n’a pas seulement provoqué d’immenses souffrances humaines et des bouleversements socio-culturels. Elle a aussi marqué le paysage naturel par des transformations radicales : accaparement des terres fertiles, déforestation massive, surexploitation des ressources hydriques et imposition de monocultures dédiées à l’exportation. Ces pratiques ont rompu des équilibres écologiques millénaires.

Les populations locales, expropriées et appauvries, perdirent leurs moyens de subsistance traditionnels. Dans le même temps, la biodiversité subissait un déclin dramatique : les forêts furent saccagées, les sols appauvris, tandis que des espèces invasives comme l’eucalyptus remplaçaient la flore native.

Symbole tragique de ces destructions, le guépard d’Afrique du Nord incarne les conséquences écologiques de la colonisation. Jadis présent dans les montagnes et les steppes maghrébines, ce félin fut traqué, délogé de son habitat et privé de ses proies, conduisant à sa quasi-extinction. Les chasses coloniales, motivées par le divertissement ou une prétendue « sécurisation » des territoires, décimèrent également d’autres espèces emblématiques comme les lions, les panthères et les hyènes.

L’Algérie colonisée vit ainsi sa nature mise à sac, subissant violence et domination au même titre que ses habitants. Cette dimension environnementale, encore peu étudiée, montre que le projet colonial fut autant destructeur pour les écosystèmes que pour les cultures locales. Aujourd’hui, alors que l’on mesure l’ampleur des dégâts, il devient urgent de reconnaître cette double mémoire – humaine et écologique – pour mieux comprendre l’héritage complexe de cette période.

 

C.S

 

 

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