Penico, joyau de la civilisation Caral, rouvre ses portes après huit ans de restauration

Le 13 juillet 2025, le site archéologique de Penico a rouvert ses portes au public après huit années de restauration. Cette forteresse historique, vieille de 3 800 ans et rattachée à la civilisation de Caral, est inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO. Jadis un centre commercial majeur du Pérou, elle était surnommée « la ville de l’intégration sociale » en raison de sa fonction de carrefour entre la côte Pacifique, les Andes et l’Amazonie. Ce site exceptionnel témoigne de l’ingéniosité de ses constructeurs et souligne son rôle essentiel dans l’histoire précolombienne du continent.

Par Chaïmaa Sadou

Situé dans la splendide vallée de Supe, à environ 182 kilomètres au nord de Lima, la capitale péruvienne, le site de Penico bénéficie d’un accès relativement facile. Son emplacement, à une vingtaine de kilomètres de l’océan Pacifique, lui confère également une importance géographique remarquable. Le développement de cette ancienne civilisation a été profondément influencé par cette position stratégique.

Avant le début des fouilles en 2017, Penico n’était qu’un paysage vallonné sans relief particulier. Les recherches entreprises ont permis de mettre au jour un centre urbain structuré d’une grande valeur historique. Cette civilisation jouait un rôle déterminant dans le développement de l’agriculture, un pilier de son économie. Le site servait aussi de lieu de rencontre pour les échanges commerciaux, établissant des connexions fluides entre les régions côtières, andines et amazoniennes. Ces échanges témoignent de l’importance cruciale de Penico dans les réseaux commerciaux d’avant la conquête européenne.

Connu sous le nom de « ville de l’intégration sociale », Penico occupait une position géographique clé. Il représentait un point de convergence où les populations des montagnes et des zones côtières se retrouvaient pour commercer et échanger.

Selon Ruth Shady, archéologue de renom et spécialiste de la civilisation de Caral, l’origine de Penico remonte à une période comprise entre 1800 et 1500 avant notre ère. Ce repérage temporel met en lumière son ancienneté et son importance dans l’histoire des civilisations andines.

Penico se distingue par une architecture pensée en parfaite harmonie avec son environnement naturel. Le site a été édifié sur une plateforme géologique, à environ 600 mètres au-dessus du niveau de la mer. Ce choix d’un terrain surélevé, à proximité immédiate d’un cours d’eau, répondait à des impératifs de protection contre les inondations. Il témoigne d’une remarquable connaissance du milieu et d’une maîtrise avancée de l’aménagement du territoire.

Des chercheurs ont également mis en évidence un aspect fascinant : Penico fut fondé à la même époque que les grandes civilisations émergentes du Moyen-Orient et d’Asie. Cette simultanéité souligne le caractère universel du développement humain. Loin d’être isolée, Penico s’inscrivait dans une dynamique de progrès global, illustrant l’évolution parallèle de diverses civilisations vers des formes sophistiquées d’organisation urbaine, sociale et économique

 

Penico, vestige d’une civilisation oublié du Pérou

 

Penico, cité historique datant d’environ 3 800 ans,  s’inscrit au cœur de la civilisation Caral, l’une des plus anciennes d’Amérique, qui témoigne d’un système social, commercial et agricole d’une remarquable complexité. Cette cité emblématique, ayant contribué à l’émergence d’une organisation urbaine structurée sur le continent, a été fondée entre 1800 et 1500 av. J.-C.

La civilisation Caral, à l’origine de Penico, s’est développée dans un cadre géographique exceptionnel, combinant les ressources de l’océan Pacifique et des Andes. Cette situation favorable a permis l’essor de l’agriculture et des échanges commerciaux. Le développement de la ville reposait sur l’exportation de produits essentiels tels que le coton, le maïs et divers tubercules. Son succès s’expliquait également par un réseau de communication efficace reliant la côte pacifique aux montagnes andines et à l’Amazonie, favorisant non seulement la circulation des biens, mais aussi l’échange de savoirs et de traditions entre les différentes communautés.

Comme les autres centres urbains de la civilisation Caral, Penico a été conçue sur des principes d’intégration sociale bien établis. La ville était divisée en zones distinctes : quartiers résidentiels, espaces commerciaux et lieux consacrés au culte. Chacune de ces zones jouait un rôle crucial dans l’organisation harmonieuse de la cité. Bien que son aménagement fût plus modeste que celui des villes modernes, il témoigne d’une conscience écologique et d’une volonté de durabilité. Les constructions en adobe et la disposition réfléchie de l’espace reflètent une hiérarchie sociale bien définie et une adaptation intelligente à l’environnement.

Penico possédait une structure hiérarchisée, dirigée par une élite chargée de superviser les activités commerciales et d’organiser les rites religieux. Des vestiges d’observatoires ainsi qu’une grande variété d’objets retrouvés sur le site attestent des connaissances avancées en astronomie et en mathématiques de cette civilisation. Ces découvertes révèlent un niveau de compréhension scientifique remarquable pour l’époque.

Les habitants de Penico utilisaient probablement un dialecte antérieur au quechua, bien que les preuves linguistiques directes soient rares. Les Carals, comme les habitants de Penico, vouaient un culte à des divinités naturelles, notamment celles du soleil et de la lune. Leurs rituels, accompagnés d’offrandes symboliques, traduisent une spiritualité profondément ancrée dans leur rapport à la nature.

Penico se distinguait aussi par une organisation agricole efficace, soutenue par des systèmes d’irrigation avancés. Ses habitants cultivaient notamment le coton, le quinoa et d’autres produits essentiels avec un soin remarquable. Leurs habitations, souvent de forme circulaire et coiffées de toits végétalisés, reflètent une architecture pensée pour s’intégrer harmonieusement au milieu naturel. Des marchés animés permettaient l’échange de poissons, de textiles et de céramiques, illustrant la vitalité de la vie économique et sociale.

La civilisation de Penico a décliné bien avant l’arrivée des Espagnols, probablement aux alentours de 1500 av. J.-C. Les causes de cette disparition demeurent floues, mais plusieurs hypothèses évoquent des bouleversements climatiques, des catastrophes naturelles ou encore des tensions internes. Son isolement géographique, la fréquence des séismes et des conditions climatiques extrêmes ont sans doute aggravé la situation.

Lorsque les conquistadors espagnols pénétrèrent au Pérou au XVIe siècle, ils découvrirent une région déjà façonnée par plusieurs siècles de civilisations. Non contents de piller les trésors de l’empire inca, les Espagnols s’emparèrent aussi d’artefacts issus de cultures plus anciennes, telles que celles de Caral et de Penico.

La saisie de ressources américaines par les conquistadors est bien documentée. Même si Penico avait disparu depuis longtemps, il est probable que certains de ses objets précieux aient été collectés lors des premières explorations européennes. Des céramiques, textiles et objets en or particulièrement prisés furent ainsi expédiés vers l’Europe. L’absence d’archives détaillées rend difficile l’établissement d’un inventaire précis, mais des études archéologiques ont permis d’identifier des objets caraliens similaires dans des collections européennes, suggérant leur origine ancienne.

Outre les biens matériels, la colonisation espagnole a provoqué la destruction de nombreuses cultures autochtones par la violence, les épidémies et l’oppression. Il est peu probable que les habitants de Penico aient été directement affectés, puisqu’ils avaient disparu bien avant l’arrivée de Francisco Pizarro. Toutefois, leurs héritiers culturels, notamment les Incas et d’autres peuples andins, ont subi des pertes considérables : structures sociales anéanties, croyances interdites et populations décimées.

Les vestiges de Penico rappellent aujourd’hui la grandeur de la civilisation Caral, antérieure à de nombreuses civilisations mondialement reconnues. Malgré les pillages et la destruction progressive, le site reste une pièce maîtresse de l’histoire précolombienne sud-américaine. Sa récente réouverture au public permet de raviver un héritage longtemps négligé.

La valeur historique et culturelle des artefacts de Penico, et plus largement de la civilisation Caral, demeure inestimable. Si certains objets sont exposés dans des musées européens, d’autres attendent encore d’être découverts, offrant l’espoir de mieux comprendre une période fondatrice mais encore largement méconnue de l’histoire de l’humanité.

 

c.s

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