Dans le cadre de la prévention et de la lutte contre les incendies de forêt, l’Algérie déploie des moyens humains et technologiques inédits. À Médéa, le Centre de développement des technologies avancées (CDTA) a conçu un dispositif innovant de détection précoce des feux.
Par Rihab Taleb
Ce système, combiné à une intelligence artificielle, utilise un appareil émetteur d’impulsions lumineuses capable de balayer l’horizon grâce à une rotation automatisée. Il détecte les premières traces de fumée, en en estimant la distance, et fonctionne en continu, 24 heures sur 24.
Selon M. Djamel Touahria, directeur général des forêts, cette innovation est renforcée par une solution développée par une start-up locale : des caméras de surveillance intelligentes. Celles-ci transmettent des données en temps réel dès le départ de feu, facilitant la géolocalisation rapide et l’intervention ciblée des secours.
Depuis le mois de mai, 390 foyers d’incendie ont été recensés sur le territoire national. Grâce à la mobilisation rapide et efficace des équipes d’intervention, tous ces sinistres ont été maîtrisés. Les incendies ont touché une superficie globale de 1 789 hectares, en majorité des terrains privés. Ce chiffre traduit une baisse significative par rapport à la même période en 2024, où 1 950 hectares avaient été ravagés. Les dégâts concernent notamment 630 hectares de forêts et 150 hectares d’arbres fruitiers, le reste étant constitué de taillis et de broussailles.
Le sinistre le plus important a été enregistré dans la commune de Djaafra, wilaya de Bordj Bou Arreridj, où 750 hectares ont été détruits. Malgré un relief escarpé et une densité forestière élevée sur une zone couvrant 34 000 hectares, les équipes ont réussi à circonscrire l’incendie. Ce bilan est jugé très positif au regard de la situation dans d’autres pays du bassin méditerranéen, tels que l’Espagne, la France, la Turquie ou encore la Syrie, qui ont connu des dégâts considérables durant la même période.
Face aux risques croissants, et dans le cadre de la campagne nationale de prévention, plus de 6 000 agents ont été mobilisés à travers le pays. Ils sont répartis entre les unités de la protection civile, les services des forêts, les collectivités locales et des bénévoles issus de la société civile.
Par ailleurs, le projet de réhabilitation et d’extension du barrage vert, lancé dans les années 1970 pour lutter contre la désertification, connaît une nouvelle dynamique. La superficie boisée a déjà dépassé 25 200 hectares sur les 400 000 prévus à l’horizon 2030. Grâce à des techniques modernes de reboisement, le barrage vert n’est plus seulement une barrière physique contre l’avancée du désert : il devient un véritable écosystème restauré, capable de réguler le climat local, de préserver la biodiversité et de générer des emplois verts.
Un programme spécial a également été lancé pour valoriser les ressources forestières. L’accent est mis sur le chêne-liège, espèce emblématique de la région méditerranéenne, dont l’exploitation permet de produire du liège sans abattre les arbres. L’objectif est de renforcer la production nationale, de développer des unités locales de transformation et d’exporter le liège algérien vers les marchés européens afin de positionner le pays comme un acteur régional de premier plan.
En parallèle, 2 000 hectares seront consacrés à la plantation de caroubiers, dont les fruits sont utilisés dans les industries agroalimentaire et pharmaceutique. Ce projet s’inscrit dans une stratégie de sylviculture industrielle visant à bâtir une économie forestière durable, intégrant la production de bois, de résine et d’huiles essentielles.
RT.
