Les défis des femmes handicapées au Sénégal/Du savon pour nettoyer une vie difficile

Au Sénégal, être une femme est déjà difficile, mais être une femme en situation de handicap et pauvre est encore plus difficile.

 

Par Malika Azeb

 

Dans le cadre où le handicap ne devrait pas constituer un frein à la dignité et au bien-être des femmes en général, et des handicapées en particulier, un groupe de femmes a mis en place une fabrique de saponification afin de lutter contre la pauvreté.

 

A Bakel, une ville située à 687 kilomètres de la capitale Dakar, une région aride et pauvre malgré ses richesses naturelles, des femmes en situation de handicap se sont réunies autour d’un groupement d’intérêt économique. Ces femmes fabriquent du savon qu’elles vendent afin de répondre aux besoins de leurs familles et ne plus tendre la main pour quémander leur survie.

 

Ces femmes ont été formées à la saponification et à la javellisation pour faire de cette activité une source de revenus. Elles se réunissent chaque week-end dans leurs unités de production. Certaines d’entre elles forment un groupe et se penchent sur les premiers essais du programme de la journée. D’autres femmes commencent à les rejoindre. Plus de 20 femmes ont rejoint l’association “GIE des femmes handicapées de Bakel”, qui comptait 12 membres lors de son lancement en 2017.

 

 

“Nous sommes toutes des femmes handicapées physiques, mais aussi des handicapées auditives et muettes”, explique Fatimata Badji, la présidente de l’association. Ce matin, une atmosphère de gaieté règne sur les lieux. Les femmes sourient et discutent oralement et parfois par des signes. Elles ont fini par former une famille étant donné qu’elles partagent le même désir de sortir de leur état précaire.

Fatimata Badji estime qu’une femme qui n’a pas d’activité risque de quémander, ce qui n’est pas bien. Elle signale également qu’elles ont identifié d’autres personnes handicapées dans le but de les amener à adhérer à l’association GIE. La présidente de GIE soutient que tout le monde devrait travailler pour subvenir à ses besoins et aider sa famille.

 

Le pouvoir de l’indépendance

 

Pour Dieynaba Ndiaye, “le handicap, c’est dans l’esprit”. Cette jeune handicapée reconnaît que la fabrication du savon est difficile, mais les membres de l’association sont motivés par l’amour du travail et le désir d’être indépendantes. La jeune fille salue l’attitude de ses aînées envers les plus jeunes.

Les membres du GIE cotisent 500 francs chaque mois pour payer le déjeuner et le petit-déjeuner lors de leurs rencontres. À la fin de la journée, chacune d’elles reçoit 1500 francs comme prime de motivation, soutient Dieynaba.

Le savon est fabriqué à partir d’un mélange d’huile, d’eau et de soude (khémé en wolof). Les femmes parviennent à produire 192 savons naturels pour le linge. Elles fabriquent également des savons de toilette à base de plantes. Cependant, la commercialisation de tous ces produits rencontre des difficultés et ne parvient pas à prendre son envol. Les savons sont uniquement vendus à Bakel et Diawara, et les commandes sont généralement de petites quantités, explique la présidente de l’association.

Afin de réaliser des profits et d’avoir plus de visibilité, elles ont pris l’initiative de créer une page Facebook intitulée “GIE des femmes handicapées de Bakel” en 2023. De plus, elles ont reçu un appui du fonds de financement de la formation professionnelle pour améliorer leur formation en saponification grâce à l’acquisition de matériels adéquats. Elles ont également reçu une machine à mélange, des tables de tamponnage et une moto trois roues offertes par leurs partenaires italiens de Volontariato internazionale per Lo sviluppo (VIS) et de Cooperazione internazionale,renseigne Dieynaba.

Pour un meilleur accompagnement, Dieynaba Ndiaye souhaite un soutien des pouvoirs publics et des collectivités territoriales. La présidente de l’association lance un appel aux autorités afin de bénéficier d’un local en raison de la cherté du loyer, qui s’élève à 25 000 francs par mois, ainsi qu’un dépôt pour le stockage de la production. Si possible, elles aimeraient également obtenir un véhicule pour la livraison dans d’autres communes du département.

 

M.A

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