L’avènement du téléphone intelligent a incontestablement modifié le cours de nos existences. Qui aurait pu anticiper, avant sa généralisation sur le marché, qu’il deviendrait notre compagnon incontournable au quotidien ? Il nous octroie la capacité d’accomplir toute tâche, à tout moment, où que nous soyons. C’est une révolution technologique qui a, sans aucun doute, induit des changements considérables.
Cependant, le smartphone a acquis une importance telle dans notre quotidien que de nombreux utilisateurs peinent à s’en passer. Aucun autre produit technologique n’a exercé une influence aussi marquée sur notre manière d’être, de faire, et de penser. D’après un sondage du projet Pew Internet, 67% des personnes interrogées possédant un téléphone portable admettent consulter leur smartphone régulièrement, même en l’absence de signaux ou de notifications. De plus, 44% avouent dormir avec leur téléphone à portée de main, soit à côté du lit, voire sous l’oreiller, de peur de manquer quelque chose. Pire encore, 29% déclarent “ne pas pouvoir se passer de leur téléphone”. Le smartphone a tellement marqué nos vies que bon nombre d’entre nous sont devenus dépendants, voire esclaves de cet appareil.
Pour certains, cette dépendance a atteint le stade de l’addiction, rendant impossible toute séparation. L’absence du smartphone génère anxiété et stress, des réactions inconcevables il y a quelques années à peine. Un terme a même été créé pour décrire ce phénomène : la nomophobie. Nous explorons ce phénomène d’addiction au smartphone, de plus en plus répandu dans le monde, en examinant ses impacts sur les plans relationnel, psychologique, et social. Après cette lecture, votre regard sur le smartphone pourrait bien changer.
La psychologie des notifications
Les notifications sont un élément clé qui captive particulièrement les utilisateurs. Ces alertes sont à notre époque ce que le son du téléphone fixe était dans les années 80, sonnant toutes les dix minutes. Ces bips incessants signalent, pour les utilisateurs que nous sommes, qu’il se passe quelque chose d’important. Dans un monde où tout va à une vitesse folle, l’idée de manquer quelque chose est insupportable. Un bip est interprété comme le signal qu’il faut immédiatement vérifier ce qui se passe. En plus du son, l’écran du smartphone s’illumine souvent brièvement, et sur certains modèles, une diode lumineuse clignote. Tout ce qui clignote, s’allume, stimule l’œil humain, suscitant instinctivement la curiosité. C’est un peu comme un conditionnement pavlovien. Lorsque le bip retentit, une impatience, un léger stress, voire d’autres émotions inappropriées pour un simple son, se manifestent. Les développeurs, conscients de cette réaction involontaire, ont redoublé d’ingéniosité pour entretenir cette curiosité dans leurs applications. Les meilleures parviennent à établir un lien émotionnel entre un sentiment et le service qu’elles offrent.
En simplifiant, on distingue deux types de notifications : externes et internes. Les notifications externes proviennent de l’environnement, telles que les notifications de Twitter ou Facebook, incitant l’utilisateur à passer à une autre étape. Les messages internes, quant à eux, sont basés sur les émotions, comme consulter Facebook en cas de solitude ou de doute sur une information.
Le summum est atteint par les applications capables de lier les messages externes et internes. Les applications de transport ou Google Now en sont des exemples. Par exemple, si vous avez un train à prendre, votre smartphone peut vous envoyer une notification avec l’heure de départ, le quai, et le temps de marche nécessaire pour arriver à votre train. Cette notification devient alors cruciale, éliminant un stress potentiel et soulignant la dépendance du smartphone comme extension de la pensée humaine.
La nomophobie ou la peur de vivre sans son smartphone Vivre sans son smartphone ? Pour la majorité des utilisateurs, c’est tout simplement impensable, au point qu’une nouvelle pathologie a émergé : la nomophobie, contraction de “no mobile phobia” ou “peur de se retrouver sans son mobile”. Ce phénomène n’affecte pas une minorité, bien au contraire. Une étude britannique de 2012 (et le phénomène a certainement empiré depuis) révèle que 66% des utilisateurs interrogés avouent être nomophobes. La nomophobie est officiellement classée parmi les troubles de la communication, provoquant des déséquilibres psychologiques conduisant à une utilisation excessive et obsessionnelle du téléphone. Cette dépendance peut négativement interférer avec la vie quotidienne, professionnelle, voire affective du sujet, générant anxiété, phobies, et même dépression, impactant indirectement son entourage.
De nombreux utilisateurs sont devenus esclaves de leurs smartphones, au point de subir des attaques de panique, une respiration courte, des nausées, des tremblements, ou encore un rythme cardiaque accéléré.
Les psychologues s’accordent à dire que cette dépendance aux smartphones résulte le plus souvent d’une carence. Les réseaux sociaux, par exemple, répondent à trois besoins humains fondamentaux : l’attachement, l’appartenance à un groupe, et la reconnaissance. Si l’un de ces besoins n’est pas comblé, la création d’un “moi” virtuel et idéalisé devient un moyen de compensation. Le phénomène du selfie témoigne de ce narcissisme assumé par les utilisateurs, qui ont besoin de se sentir existants en permanence.
Un autre impact psychologique réside dans le refus de la frustration chez les utilisateurs. Les smartphones leur offrent tout, immédiatement et sur-le-champ. Les utilisateurs plus âgés ont connu une vie sans smartphone, ce qui les rend moins vulnérables à ce phénomène. Cependant, les jeunes adultes, nés avec un smartphone entre les mains, ne connaissent pas le concept de frustration, ou en tout cas, très peu.
Les évolutions successives des smartphones n’ont pas contribué à atténuer leur impact sur notre quotidien. Les constructeurs proposent des appareils de plus en plus performants, et les opérateurs des forfaits de plus en plus avantageux, avec des volumes de données toujours croissants. Sans oublier l’avènement des objets connectés qui complètent ce tableau technologique.
Psychologiquement, de nombreux utilisateurs sont devenus complètement accros. Certains privilégient même les relations virtuelles aux interactions réelles. Leur “moi” virtuel prend souvent le dessus sur leur identité réelle. Observateurs et experts s’accordent à constater une dégradation des relations humaines depuis l’avènement du smartphone.
Le smartphone, synonyme de destruction sociale Au-delà de son impact psychologique sur l’utilisateur, le smartphone a tristement altéré les relations humaines et sociales. Si à l’origine, le téléphone portable était un outil destiné à faciliter la communication, il semble aujourd’hui contribuer à son déclin.
Il n’est pas rare de voir des couples au restaurant, les yeux rivés sur leurs smartphones, chacun absorbé dans son propre univers, sans partager le moindre instant. Les repas en famille deviennent fragmentés, chaque membre consultant son téléphone dès qu’une notification retentit. Des situations surréalistes se produisent fréquemment, où celui qui insiste pour que les règles de bienséance soient respectées passe pour un archaïque. Demander à quelqu’un de ranger son smartphone à table pendant une discussion est presque perçu comme une aberration, comme si l’on s’opposait à la modernité.
Les smartphones ont pris une place telle dans nos vies qu’ils ont détruit les interactions sociales. Une étude menée par KBPC confirme cela en révélant que les utilisateurs de smartphones consultent leur appareil en moyenne toutes les 7 minutes 30 ! Comment prendre le temps de réfléchir, d’engager une conversation, ou simplement de faire quoi que ce soit si notre attention est détournée toutes les sept minutes ? Les échanges authentiques se raréfient, laissant place à des communications superficielles. Les rencontres réelles autour d’un verre ou d’un café sont souvent remplacées par des échanges de SMS. Le virtuel offre tant de possibilités que certains considèrent presque la vie réelle comme fade.
De plus, le smartphone devient un moyen de créer une identité différente de celle que l’on est réellement. Les psychologues soulignent souvent que les utilisateurs les plus accros sont souvent des individus en manque de confiance en eux. Se mettre en scène sur les réseaux sociaux, exhiber un narcissisme exacerbé, leur permet de se sentir importants, voire indispensables.
Bien que nous ne souhaitions pas adopter une position nostalgique du “c’était mieux avant”, les faits sont là. Les smartphones nous submergent, et il est difficile pour beaucoup de s’en détacher. Comme un produit relativement jeune, le smartphone a supplanté l’écran de télévision dans de nombreux foyers.
Il est temps, pour les utilisateurs, de remettre en question leur relation avec cet outil. Le smartphone, avant tout, est un instrument. Il est impératif de l’utiliser en tant que tel. Même s’il offre des fonctionnalités étendues, l’idéal serait qu’il ne remplace pas un bon livre, une soirée agréable entre amis, ou des rencontres physiques plutôt que virtuelles. Se détacher un peu de cette technologie permet à l’esprit de reprendre possession de son environnement, de penser, de réfléchir, de contempler, en bref, de vivre.
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S.Z.
