
Le monde de l’édition, réuni au Salon de Francfort, en Allemagne, ne cache pas son inquiétude à l’idée d’être inondé de contenus générés par ordinateur.
Bousculé par la révolution technologique au cœur de logiciels d’intelligence artificielle comme ChatGPT, le secteur du livre est en ébullition. Ses acteurs éprouvent «un profond sentiment d’insécurité», assure le directeur de la Foire du livre de Francfort, la plus grande du monde, qui s’est achevée dimanche dernier. Ils se demandent «ce qu’il advient de la propriété intellectuelle des auteurs, à qui appartiennent réellement les nouveaux contenus, comment les intégrer dans les chaînes de valeur?», détaille-t-il.
L’intelligence artificielle concerne déjà la traduction, se développe dans l’édition scientifique et juridique, mais reste marginale dans la création littéraire. Car pour écrire des romans, l’IA manque encore d’inspiration, a expliqué un auteur. «Quiconque a déjà lu trois cents mots de ma main reconnaîtrait immédiatement qu’il est impossible que ce soit de moi», a-t-il lancé. «Les performances de l’IA en matière de fiction ne sont pas encore très bonnes», a abondé Jennifer Becker, auteure et universitaire allemande. En revanche, «le potentiel est grand pour l’utiliser en collaboration», comme une assistance à l’écriture, selon elle.
Pour les romans à l’eau de rose, qui reposent sur des modèles narratifs stéréotypés et sont destinés à une production de masse, l’IA offre des opportunités, voire«un certain soulagement», plaisante le directeur de la Foire. Tout dépend finalement du type de publication, souligne une conseillère juridique de l’Association allemande des éditeurs et des libraires. Dès lors que les intelligences artificielles génératives se servent de milliards de textes à des fins d’entraînement de leurs algorithmes et de création de contenus, des batailles juridiques s’annoncent. «C’est une vrai pagaille et il y a aussi beaucoup d’argent en jeu», assène le directeur de la foire.
Sur la plateforme KDP d’Amazon, dédiée à l’autoédition, les livres entièrement générés par une IA pullulent et certains s’inscrivent même parmi les bestsellers. KDP demande désormais aux auteurs de déclarer sur le site si leurs ouvrages sont générés par une IA (images, textes ou traductions).
En septembre, plusieurs écrivains, dont George R.R. Martin, l’auteur de la saga «Game of Thrones» ou le roi du thriller John Grisham, ont saisi la justice américaine contre la start-up californienne OpenAI, qu’ils accusent d’avoir utilisé leurs œuvres pour créer ChatGPT au mépris de leurs droits d’auteur.
Dans une lettre ouverte adressée au Syndicat américain des auteurs de nombreux écrivains ont alerté cet été les géants de latech :«Des millions de livres, d’articles, d’essais et de poèmes protégés par le droit d’auteur constituent la nourriture des systèmes d’IA». «Des repas sans fin pour lesquels il n’y a pas de facture», écrivent-ils.
RC
