Entretien avec Khaled Menna, économiste et chercheur au CREAD

“Les exportations algériennes hors hydrocarbures ont connu une dynamique notable ces dernières années”

Khaled Menna, économiste et chercheur au Centre de recherche en économie appliquée pour le développement (CREAD) nous parle, dans cet entretien, des possibilités qui s’offrent à l’Algérie en matière d’exportations hors hydrocarbures. Selon lui, de bons résultats ont été réalisés au cours de ces dernières années. Les perspectives, quant à elles, s’annoncent intéressantes.

 

Propos recueillis par Mohamed Zahar

 

Entre Nous : Développer les exportations hors hydrocarbures figure parmi les priorités des pouvoirs publics algériens. Quels sont, à votre avis, les secteurs à encourager tout particulièrement, au cours des quelques années à venir ?

 

Khaled Menna : L’Algérie dispose d’un potentiel important pour diversifier ses exportations et réduire sa dépendance aux hydrocarbures. Parmi les secteurs à encourager particulièrement, il y a l’agriculture et l’agro-industrie. Les produits agricoles algériens comme les dattes, l’huile d’olive, les légumes et fruits (tomates, agrumes, figues, raisins, etc.) ont un fort potentiel à l’export. La transformation agroalimentaire permettrait de créer plus de valeur ajoutée et de répondre aux exigences des marchés internationaux. Toutefois, le risque demeure quant à la disponibilité de l’eau nécessaire pour ces cultures. Un arbitrage judicieux doit être opéré entre la préservation de cette ressource rare et le développement d’autres produits moins gourmands en eau.

 

Il y a aussi les industries manufacturières. Le développement des industries agroalimentaires, pharmaceutiques, électroniques et des équipements mécaniques pourrait positionner l’Algérie sur des marchés porteurs en Afrique et au Moyen-Orient. La compétitivité de ces produits, leur niveau technologique, les prix et la concurrence internationale restent des défis majeurs dans un environnement très concurrentiel.

 

D’autre part, l’exploitation et la transformation de ressources minières comme le phosphate, le fer et le lithium peuvent générer d’importants revenus à l’exportation. L’Algérie commence à s’intéresser à ce domaine longtemps ignoré.

 

Par ailleurs, le savoir-faire algérien dans le textile traditionnel et l’artisanat peut être valorisé, notamment vers les marchés européens et américains à travers des niches de produits éco-responsables et de qualité supérieure.

 

L’exportation de services numériques (développement informatique, ingénierie, consulting) ainsi que la formation en ligne sont des secteurs en plein essor et qui peuvent être intéressants.

 

Le tourisme et l’hôtellerie sont également des créneaux porteurs. Des efforts doivent être entrepris, notamment en ce qui concerne les infrastructures, la politique tarifaire, les visas à l’entrée, la sécurité, le transport, la capacité d’accueil et la formation des professionnels.

 

Sur un autre plan, la pétrochimie représente un secteur stratégique pour l’Algérie, car elle permet de transformer localement les hydrocarbures en produits à plus forte valeur ajoutée, réduisant ainsi la dépendance aux exportations brutes de pétrole et de gaz. Développer l’industrie pétrochimique est un levier essentiel pour la diversification des exportations hors hydrocarbures, avec des perspectives intéressantes à moyen terme.

 

Les exportations hors hydrocarbures de l’Algérie ont connu une dynamique notable ces dernières années. Elles sont passées de 1,7 milliard de dollars en 2019 à 7 milliards de dollars en 2022.

 

En 2022, les exportations hors hydrocarbures représentaient environ 10,2 % du total des exportations algériennes.

 

Les engrais, les produits sidérurgiques et le ciment constituent plus de 80 % des exportations hors hydrocarbures.

 

L’industrie pétrochimique en Algérie exploite actuellement six complexes, dont deux en effort propre de Sonatrach et quatre en partenariat.

 

En 2022, le volume de pétrole brut traité par les raffineries en Algérie a atteint 25,5 millions de tonnes, soit une hausse de 2 % par rapport à 2021.

 

Les dérivés des industries pétrolières et gazières, tels que les engrais et l’ammoniac, ont contribué de manière significative aux exportations hors hydrocarbures, représentant une part notable des 10,2 % mentionnés précédemment.

 

Ces données illustrent les efforts de l’Algérie pour diversifier ses exportations et renforcer le secteur de la pétrochimie afin de réduire sa dépendance aux hydrocarbures bruts.

 

L’Algérie dispose d’un avantage comparatif grâce à ses ressources en hydrocarbures. Elle est capable de développer une industrie de transformation pétrochimique afin de créer de la valeur ajoutée en transformant le pétrole et le gaz en produits dérivés à forte demande sur les marchés internationaux.

 

Il est question de réduire la vulnérabilité aux fluctuations des prix du pétrole brut en diversifiant les sources de revenus, en développant des industries locales complémentaires (plastiques, engrais, produits chimiques, matériaux composites) et en attirant des investissements étrangers dans des complexes pétrochimiques modernes.

 

Globalement, l’Algérie peut se positionner sur plusieurs segments clés de l’industrie pétrochimique. Il s’agit, entre autres, des engrais et produits chimiques agricoles, de l’urée, ammoniac et phosphates. Ces produits sont en forte demande en Afrique et en Asie pour l’agriculture.

 

 

 

La qualité de certains produits agricoles tels que la datte ou l’huile d’olive est reconnue au niveau international. Que faut-il faire pour les transformer en véritables atouts économiques sur le marché international ?

 

 

Pour valoriser ces produits sur le marché international, plusieurs actions sont nécessaires. Il s’agit d’abord d’améliorer la certification et la labellisation, en obtenant des certifications internationales (Label BIO, AOP, IGP) pour garantir la qualité et répondre aux exigences des consommateurs étrangers.

 

Il est également question de renforcer la transformation et le conditionnement : Développer l’industrie de transformation (huile d’olive extra vierge premium, dérivés des dattes comme la pâte de datte, les sirops, les confiseries) et améliorer les emballages pour mieux se positionner sur les marchés haut de gamme.

 

Il est nécessaire aussi de développer des stratégies marketing ciblées en créant des marques fortes, communiquer sur les bienfaits nutritionnels et culturels des produits, et adopter une stratégie digitale pour atteindre les consommateurs internationaux.

 

Il est important également de faciliter la logistique et l’accès aux marchés en améliorant les infrastructures de stockage et de transport, en réduisant les coûts logistiques et en simplifiant les procédures douanières pour fluidifier les exportations.

 

Enfin, il est important de diversifier les débouchés à travers l’élargissement des destinations d’exportation en ciblant l’Europe, l’Asie et l’Amérique du Nord.

 

 

Quels sont justement les pays à cibler, prioritairement, pour développer les exportations algériennes hors hydrocarbures ? 

 

 

 

Le choix des destinations prioritaires pour les exportations algériennes hors hydrocarbures doit être dicté par plusieurs facteurs, notamment la proximité géographique, la demande des marchés et les accords commerciaux en vigueur.

 

L’Afrique représente une opportunité stratégique grâce à la mise en place de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAF). Cette initiative permettrait à l’Algérie de renforcer ses exportations vers des pays comme le Sénégal, la Côte d’Ivoire, le Nigeria et l’Afrique du Sud. Ces marchés sont particulièrement porteurs pour les produits agroalimentaires, les matériaux de construction et les services, offrant ainsi de nouvelles perspectives pour les entreprises algériennes.

 

L’Europe constitue un autre marché clé, notamment pour les produits agricoles tels que les dattes et l’huile d’olive, ainsi que pour les produits pharmaceutiques et le textile. Des pays comme la France, l’Italie, l’Allemagne et l’Espagne figurent parmi les principaux pays à cibler, en raison de leur forte demande, tout particulièrement.

 

Le Moyen-Orient et l’Asie représentent également des zones à fort potentiel. Des pays comme la Chine, l’Inde, la Turquie et les États du Golfe (Émirats, Arabie Saoudite, Qatar) sont en forte croissance et montrent un intérêt croissant pour les produits agricoles et industriels algériens. L’établissement de partenariats solides et l’adaptation aux standards de ces marchés pourraient considérablement renforcer la présence des exportateurs algériens dans ces régions.

 

Enfin, l’Amérique du Nord constitue une cible intéressante, notamment pour les produits agroalimentaires comme l’huile d’olive et les dattes, ainsi que pour les services numériques. Le Canada et les États-Unis offrent des opportunités de diversification et d’expansion pour les exportations algériennes

 

En développant des stratégies adaptées à ces différentes zones et en renforçant ses capacités exportatrices, l’Algérie pourra élargir ses débouchés commerciaux et maximiser les retombées économiques de ses exportations hors hydrocarbures.

 

 

A moyen terme, quelles sont les perspectives en ce qui concerne les exportations algériennes hors hydrocarbures ?

 

À moyen terme, les exportations hors hydrocarbures de l’Algérie pourraient connaître une dynamique accrue grâce à plusieurs facteurs. Tout d’abord, le renforcement de la modernisation et de la certification des produits agricoles et agroalimentaires permettrait à l’Algérie de se positionner durablement sur les marchés internationaux. L’amélioration des normes de qualité et des infrastructures logistiques contribuerait à accroître la compétitivité des produits algériens à l’export.

 

Par ailleurs, l’essor des échanges commerciaux avec l’Afrique, facilité par la ZLECAF et le développement des infrastructures de transport (routes, ports, zones logistiques), devrait permettre une augmentation significative des exportations vers ce continent. En parallèle, le secteur pharmaceutique et manufacturier pourrait se développer pour positionner l’Algérie comme un fournisseur clé de produits médicaux et industriels destinés aux marchés voisins.

 

L’intégration aux chaînes de valeur régionales constitue également un levier important. En développant des partenariats avec des entreprises étrangères, l’Algérie pourrait mieux intégrer les processus de production internationaux et accroître la valeur ajoutée de ses exportations.

 

En résumé, l’Algérie a un potentiel significatif pour diversifier ses exportations hors hydrocarbures, notamment en misant sur l’agriculture, l’industrie manufacturière et les services. Cependant, des efforts structurels restent nécessaires pour renforcer la compétitivité des entreprises algériennes sur le marché international.

 

 Propos recueillis

par Mohamed Zahar

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