
Sidi Abderrahmane Et-thaâlabi est le saint le plus connu d’Alger, mais plusieurs autres saints moins connus ont laissé une empreinte indélébile qui a marqué des générations d’Algérois, depuis des siècles. Certains mausolées ou tombes sont toujours là défiant le temps, d’autres ont changé de lieu de sépulture et sont regroupés à Sidi Abderrahmane, mais d’autres malheureusement, ont disparu ne laissant qu’un vague souvenir.
Par Saadi Benhouhou
Sidi Abdellah ibn Moulay EchcheqfI (de Chekfa-Jijel) est un descendant d’un rescapé andalou venu s’installer à Jijel après la chute de Grenade en 1492, Il a vécu au 18éme siècle. C’est un chef spirituel qui a répondu à l’appel du Jihad à la tête d’une petite armée constituée de guerriers de sa tribu ; les Béni Yedder de Chekfa (Jijel). C’était lors de l’expédition de l’espagnol Charles III contre Alger le 1er juillet 1775, commandée par le comte O’Reilly. Sidi Abdallah profite de son séjour pour construire la mosquée, qui porte désormais son nom, puis il rentre chez lui sur les montagnes de Jijel (Chekfa) et finit sa vie parmi les gens de sa tribu: les Béni Yedder.
Sidi Ben Ali Ben Mohamed El Mehdi, avait comme aïeul Youssef El Oldj, un renégat janissaire, venu au début du 18éme siècle avec les Turcs. Sidi Ben Ali appartient a une lignée familiale d’hommes religieux et lettrés. Il était mufti hanéfite officiel de la régence d’Alger de 1737 jusqu’à 1755. Le nom de Sidi Benali reste lié au cimetière des deux princesses, qui, Il y a à peine une vingtaine d’année, on pouvait encore le visiter lui et le mausolée de Sidi Benali. Le petit cimetière est le lieu de sépulture de deux jeunes princesses : N’fissa et Fatma, les deux filles du Dey Hassan Pacha. Ce cimetière se trouvait au croisement de la rue N’fissa (ex-rue de l’Empereur), Ben Ali et des Abencérages, dans la Haute- Casbah. C’était sans compter sur la bête immonde qui saccagea ce lieu durant la « décennie rouge ». Aujourd’hui, une seule tombe subsiste : celle de Fatma. La tombe de N’fissa a, quant à elle, été complètement détruite.
Les ruelles de la Casbah, gardent toujours traces (physiques ou dans la mémoire des casbadji), de saints peu connus ou de tombes liées à des légendes. Ainsi, on peu encore voir la tombe de Sidi El Djoudi dans une douira de l’Impasse du Regard (S’mala), la niche à bougie du mausolée (qui n’existe plus) de Sidi Mezza Rassou (M’zaâzaâ rassou) à la rue du diable (Haute Casbah), la sépulture de Sidi Bouakacha sous une douira (n° 14) de la rue Kheireddine Zenouda (ex. rue de la Grenade), la stèle de Sidi « Moul etriq » à la rue de la Grue, Sidi Lakhdar au 19 rue du chat (qui n’existe plus), Basse Casbah, prés de Sidi Abderrahmane. La déformation par les français de Sidi Lakhdar, a donné la rue Locdor qui donnait sur le mausolée du saint à la rue du Chat. Autre tombe d’un saint, peu connu et qui se trouve actuellement sous la salle des ablutions de la mosquée Fares (Djamaâ Lihoud) : Sidi El Harbi. Une autre dans une douira de l’impasse Farina en Haute Casbah : Sidi Boubernous. Autre sanctuaire à Bab Azzoun qui recevait beaucoup de visiteurs : celui de Sidi Bou Hamma. Comme son nom l’indique, cet homme pouvait, disait-on, faire baisser n’importe quelle fièvre grâce à son pouvoir. On peut aussi citer la tombe aujourd’hui disparue, d’un certain Ali qui a donné son nom à la fontaine Ali Medfaâ qui se situe à l’entrée de la rue Brahim Fateh, ex. rue de la Girafe à la Casbah. Nous ne savons rien de ce personnage. Ce qui est sûr, c’est qu’il y avait une petite mosquée (détruite après la colonisation) et à côté d’elle une fontaine. Certaines sources, parlent d’une déformation du nom Medfaâ qui en réalité voulait dire « medfen », tombe. Il y avait près de cette mosquée une tombe d’un certain Ali et les riverains l’appelaient « Djamaâ medfen Ali », c’est-à-dire la mosquée de la tombe d’Ali. Avec le temps et la disparition de la mosquée, le nom a été donné à la fontaine, mais avec une déformation : de medfen (tombe), c’est devenu Medfaâ (canon), mais le prénom est resté. Il ya aussi la fameuse tombe de la courtisane qui nous à donner une des plus belle légende de la Casbah ; Dar Lemaâkra, qui existe toujours dans une impasse de la rue Caton, à coté de Djamaâ Lihoud.
Du coté de la mer, on trouvait, Sidi Brahim Essilami ou El Bahri au niveau de l’Amirauté d’Alger, Sidi Abdelkader en bas de l’hôtel Aletti, vers la gare d’Alger, Sidi Betka qui avait son mausolée juste à coté de celui de Sidi Abdelkader. Sidi Betka (Abou Touka) était le premier cheikh de la Medjana ; né vers 1598 à la Qalâa des Beni Abbas, c’était le fils de Sidi-Nacer dernier des souverains d’El Qalâa, homme respectable, instruit, juste, ascète distingué. On rapporte qu’il s’était tellement voué à la piété, que, par mortification, il avait pris l’habitude de porter une silice sur la peau. Il avait réuni autour de lui quatre-vingts Tolba.
Du coté de la porte Bab Azoun, on trouvait Sidi Ali Zouaoui qui avait son mausolée et son cimetière entre la mosquée Ben Badis (Rue Ali Boumendjel) et la rue Tanger.
Un peu plus loin, vers Le Hamma, on trouve le mausolée et le cimetière de Sidi M’hamed ibn Abderrahmane, célèbre personnalité soufie du XVIIIe siècle et fondateur de la confrérie soufie Rahmaniya. Sidi M’hamed est surnommé Bou Qobrine – le saint aux deux tombeaux.
Du coté de la porte de Bab El Oued, il y avait Sidi El Kettani et Sidi Yakoub dont le mausolée se trouvait en face du stade Ferhani à Bab El Oued. Toujours à EL Kittani, tout près de la source dite « Laâyoun » et de la « koubba » de Sidi B’lel, ce trouvait aussi le lieu où se déroulait, une fois par an (le printemps), un grand rassemblement des adeptes du rite de Sidi Blel (noirs africains), où une cérémonie de thérapie musicale (derdeba) est organisées et animée par des troupes « Gnawa », pour éliminer les mauvais esprits et autres « djins ».
Enfin, on peut aussi citer Sidi Saadi qui avait son mausolée sur l’emplacement actuel du lycée Okba à BEO.
S.B
