Mus par une mentalité de pillards et de voleurs, les Européens refusaient de croire que les peuples qu’ils colonisaient pouvaient être dotés d’une intelligence humaine. Leur arrogance les avait même poussés à affirmer qu’ils leur rendaient service en les colonisant. Ce « service » s’étalait jusque dans l’au-delà puisqu’ils leur promettaient le Paradis en les humanisant après les avoir dotés d’une « âme chrétienne ». Les Africains continuent aujourd’hui encore de subir les séquelles infernales de la « civilisation » européenne.
Par Nasser Mouzaoui
Par la suite, ce « grand philosophe allemand » dira que l’Africain est dénué de toute spiritualité et de toute religion. « La religion commence avec la conscience de l’existence de quelque chose qui soit supérieur à l’homme. Cette forme d’expérience n’existe pas chez les nègres. ». disait Hegel. On voit bien qu’il n’a pas pris connaissance des écrits de nombreux « ethnologues » européens, qui sont pourtant ses contemporains, et qui ont été fascinés par les croyances, les mythes et la cosmogonie ésotériques de nombreuses ethnies africaines.
Comment pouvait-il s’intéresser à ce savoir « immatériel » alors que dans son esprit s’était enraciné l’idée que les Africains étaient plus proches des animaux que des êtres humains.
La « découverte »
Ce mépris de l’Européen vis-à-vis du non-européen dont on venait de s’accaparer le pays était si incommensurable qu’il se comportait comme si celui-ci n’existait pas. Cela transparait très clairement dans le choix de leurs mots. Prenons par exemple l’expression : « Christoph Columb a découvert l’Amérique ». Alors que la logique voudrait que ce soient ceux qui y vivaient déjà qui l’avaient découverte. En fait, l’Européen se comportait comme si les pays et les continents sur lesquels il jetait son dévolu étaient…déserts. Donc bons à prendre sans que personne ne trouve quoi que ce soit à redire. Sans qu’à aucun moment le tour de force soit assimilé à du vol. Et puis commence l’opération de baptisation qui consiste à attribuer des noms aux lieux. Parce que dans leurs esprits les terres conquises étant désertes personne ne leur avait donné de noms.
Notre journal publie depuis quelque temps Les Aventures de Robinson Crusoë, écrit par Daniel Defoe au 17e siècle. Tout le monde sait que cette œuvre est universellement connue comme étant l’une des meilleures œuvres de la littérature anglaise. Ce que beaucoup ignorent, en revanche, c’est que ce roman d’aventures pourrait très bien s’intituler « Guide du parfait colonisateur ». Robinson se retrouve sur une île déserte à la suite d’un naufrage. Une île qui n’est pas si déserte que ça puisqu’il y rencontre un « indigène ». En bon conquérant qui a tous les droits, Robinson décide de lui donner un nom (vendredi) sans se soucier s’il en avait un déjà. Donner un nom à un lieu ou à un animal, c’est se l’approprier. Il ne peut en être que de même pour un être humain. Ce roman a été écrit en pleine traite des Noirs.
Les pyramides d’Egypte
Revenons aux mensonges des « historiens » de l’Antiquité dont a été victime le continent africain. Leur influence a perduré jusqu’au début du XXe siècle. En 1910, l’ethnologue allemand, Leo Frobenius, découvre au Nigeria, les restes de Ifé, une ancienne civilisation. En procédant à des fouilles, il a exhumé de nombreuses pièces d’art en poterie, en laiton et en bronze. Le travail de ces œuvres était si minutieux, si adroit qu’un archéologue britannique, Frank Willet, n’avait pas hésité à écrire qu’ils « pouvaient supporter la comparaison avec tous les objets d’art que l’Egypte ancienne, la Grèce et l’Italie antique ou l’Europe de la renaissance ont à nous offrir. »
Quant à Frobenius, après avoir bien réfléchi, il décréta, comme Pline plusieurs siècles avant lui, que ce qu’il avait trouvé à Ifé ne pouvait pas être l’œuvre des Africains, des autochtones de cette contrée « sauvage » mais des …Atlantes ! Seule une « intelligence supérieure » pouvait avoir donné naissance à une civilisation aussi raffinée que celle d’Ifé. D’autant plus qu’une datation au carbone 14 avait permis de fixer la date des œuvres d’art en question à plus de…1000 AV-JC ! Rien que cela ! Ce qui signifiait que l’art africain est plus ancien que l’art européen.
L’hypothèse de Frobénius avait séduit Hollywood et lui avait donné quelques idées de scenarii. C’est ainsi que la Série Stargate a consacré quelques-uns de ses épisodes à la civilisation égyptienne pour décréter que celle-ci était d’origine extra-terrestre. Les Pharaons n’étaient pas des êtres humains mais des extra-terrestres. Il n’était pas question pour eux d’accepter que des non-européens, des Africains, puissent donner naissance à une immense civilisation.
Frobenius et ses pairs du même continent se sont accrochés aux préjugés antiques non pas par ignorance mais plutôt par intérêt et dans le souci de ne pas aller à contre-courant des idées dominantes dans leurs pays respectifs. Ils ne pouvaient pas ignorer les écrits des voyageurs et des historiens musulmans qui, depuis le 8e siècle AP.JC, avaient décrit l’Afrique non pas comme une terre de sauvages et de monstres mais un continent de cultures et de civilisations les unes aussi raffinées que les autres.
N.M (à suivre….)
