Lors d’un séminaire organisé à l’université de Béjaïa, des experts venus d’Afrique et d’autres régions du monde ont débattu des violences commises durant la colonisation française. Ces actes ont été qualifiés de « crimes de guerre », et les participants ont exigé une reconnaissance officielle de ces exactions. L’Algérie, le Cameroun, Madagascar, ainsi que d’autres pays africains, portent encore les stigmates profonds de ce passé douloureux.
Par Chaimaa Sadou
Pendant deux jours, chercheurs et spécialistes se sont réunis à l’université de Béjaïa, en Algérie, pour analyser les violences perpétrées par la France pendant la période coloniale. Tous les intervenants ont désigné ces actions comme de véritables « crimes de guerre », exécutés à grande échelle dans plusieurs pays du continent.
L’historien camerounais Ferdinand Martial Nana a souligné que ces crimes étaient organisés de manière similaire dans différentes colonies. Selon lui, leur objectif principal était de faire taire toute forme de résistance à l’ordre colonial. Il a également rappelé qu’après la libération de la France du joug nazi en 1945, la répression dans les colonies s’était intensifiée. Affaiblie par la guerre, la France cherchait à conserver ses territoires coloniaux pour accélérer sa reconstruction, ce qui l’a poussée à réagir brutalement au moindre soulèvement.
Au Cameroun, cette situation a débouché sur une insurrection armée en 1955. Les mouvements nationalistes y ont pris de l’ampleur, en réaction à la domination française et à l’exploitation des ressources locales. Des chercheurs ont indiqué que des dynamiques similaires se sont produites à Madagascar, où de nombreux massacres ont eu lieu dès 1947. La réalisatrice malgache Marie Ranjamara a d’ailleurs consacré un documentaire émouvant à ces événements, dans lequel elle montre comment les colonisateurs ont spolié les terres des populations autochtones et remodelé l’économie à leur profit, sans égard pour les souffrances provoquées.
Le cas de l’Algérie a également été largement évoqué. Selon les historiens Mahmoud Meddour et Zidine Kacimi, les violences y étaient systématiquement planifiées et exécutées par l’armée coloniale française. Ils ont présenté des archives et des études démontrant que ces actes n’étaient pas des dérapages isolés, mais bien le fruit de politiques réfléchies et méthodiquement mises en œuvre.
L’historien américain Benjamin Claude Brower a, quant à lui, exprimé sa stupéfaction et son indignation face à l’absence de poursuites judiciaires internationales pour ces crimes. Il s’est interrogé sur les raisons pour lesquelles aucun procès comparable à celui de Nuremberg (*) n’a été organisé pour juger les responsables des atrocités coloniales françaises.
Les participants à la conférence ont unanimement demandé une reconnaissance claire et officielle des crimes coloniaux commis par la France en Afrique. Ils ont également exigé que justice soit rendue aux victimes et à leurs descendants. Pour eux, affronter ce passé est une étape essentielle sur le chemin de la mémoire, de la vérité et de la réconciliation entre les peuples.
C.S
Bon à savoir
Le tribunal de Nuremberg
Le tribunal de Nuremberg, tenu de 1945 à 1946, demeure l’un des procès les plus emblématiques du XXe siècle. À la suite de la Seconde Guerre mondiale, les puissances alliées ont mis en place cette juridiction militaire internationale afin de juger les principaux dirigeants nazis pour crimes de guerre, crimes contre l’humanité et atteintes à la paix. Dix-neuf accusés, parmi lesquels Hermann Göring, Rudolf Hess et Albert Speer, ont comparu devant le tribunal. Dix ont été condamnés à mort, trois à des peines de prison, et plusieurs ont été acquittés.
Ce procès a marqué une avancée majeure dans le droit international, en affirmant notamment que « suivre les ordres » ne constitue pas une excuse valable pour commettre des atrocités. Il a également ouvert la voie à la création de la Cour pénale internationale, chargée aujourd’hui de poursuivre les auteurs de crimes similaires. Le procès de Nuremberg a permis de révéler au monde l’ampleur des crimes nazis. Bien que certains aient critiqué l’aspect unilatéral du tribunal, où les vainqueurs jugeaient les vaincus, il demeure un symbole fort de la justice internationale.
C.S
