Conférence internationale sur les crimes coloniaux / Le néocolonialisme économique, une survivance dénoncée par les experts

 

 

La conférence internationale sur les crimes coloniaux, organisée à Alger, a abordé la persistance des formes de colonialisme après les indépendances africaines, particulièrement dans le domaine économique. Des chercheurs en histoire, des experts et des responsables politiques réunis lors d’un atelier dédié ont souligné que les anciennes puissances coloniales ont mis en place des mécanismes pour continuer d’exploiter les richesses du continent. Ces pratiques économiques perdurent aujourd’hui sous différentes formes.

Par Malika Azeb

 

Le professeur de sciences politiques à l’Université d’Alger, Idriss Attia, a décrypté ces mécanismes de domination en établissant un lien entre les crimes passés et les agissements actuels de certaines multinationales présentes en Afrique. « Ces multinationales exploitent les richesses naturelles des pays, et certaines opèrent même après l’expiration de leurs contrats », a-t-il déclaré. Il a également pointé du doigt le Franc CFA, toujours en vigueur dans plusieurs pays africains, qu’il présente comme un instrument permettant à la Banque centrale française de maintenir ces économies sous dépendance. Par ailleurs, il a évoqué le poids de la dette comme un moyen de perpétuer la faiblesse et la dépendance des États africains.

Le directeur du Centre du climat et du développement de l’Université Ndufu-Alike au Nigeria, Chukwumerijé Okéréké, a affirmé pour sa part que « l’exploitation économique de l’Afrique par les colonisateurs n’est pas qu’un fait historique, car ce phénomène se poursuit ». Il a ajouté : « Toute une architecture a été mise en place par les colonisateurs pour permettre le pillage des richesses du continent bien après les indépendances. Cette architecture n’a pas disparu ; elle existe toujours dans le cadre de ce que l’on peut qualifier de mécanisme néocolonial. »

Dans la même perspective, Hakim Adli, professeur d’histoire en Grande-Bretagne, a insisté sur la création par les colonisateurs d’un nouveau système visant à exploiter durablement les biens et les ressources de l’Afrique. Lui aussi a dénoncé le rôle des multinationales dans cette dynamique, rappelant qu’« elles ont alimenté de nombreux conflits pour s’accaparer davantage de richesses ». Il a également qualifié la dette imposée à certains pays d’« arme du néocolonialisme » servant à perpétuer une domination avant tout économique. Enfin, il a relevé que les institutions financières internationales poussent les pays africains à s’ouvrir aux investissements privés étrangers, alors que, selon ses chiffres, 60 % des États du continent consacrent plus de ressources au remboursement de leur dette qu’au développement de secteurs stratégiques comme l’éducation et la santé.

Il convient de préciser que cette conférence continentale fait suite à la décision adoptée par le sommet de l’Union africaine (UA) en février 2025, qui a endossé l’initiative du président de la République, Abdelmadjid Tebboune, d’organiser en Algérie une conférence dédiée à la célébration et à la mise en œuvre du thème de l’année 2025 : « Justice pour les Africains et les personnes d’ascendance africaine à travers les réparations ». Son objectif est de renforcer l’action collective afin de faire reconnaître le colonialisme, l’esclavage, la ségrégation raciale et l’apartheid comme des crimes contre l’humanité, conformément aux déclarations pertinentes de l’UA.

 

MA

 

 

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