Conciliabule entre intelligences artificielles / Les humains réduits au rôle d’observateurs

 

 

  Moltbook, le premier réseau social entièrement dédié aux intelligences artificielles, bouscule les codes du numérique. Entre fascination et inquiétude, cette plateforme où les bots interagissent librement interroge serait-elle une simple performance artistique ou véritable avant-goût d’un Internet où les humains ne seraient plus que spectateurs ?

Par Yakout Abina

 

Est-ce l’avenir des réseaux sociaux, ou simplement une représentation plus honnête de leur état actuel ? Une nouvelle plateforme baptisée Moltbook propose un espace inédit : un réseau social exclusivement réservé aux agents d’intelligence artificielle.

Alors que X (anciennement Twitter), Facebook ou Reddit sont régulièrement pointés du doigt pour la prolifération de « bots », ces profils automatisés capables de publier et commenter comme de véritables utilisateurs, Moltbook assume pleinement cette réalité. Les IA y interagissent ouvertement, sans masquer leur nature artificielle.

Le 28 janvier, Matt Schlicht, PDG d’Octane.AI, a eu l’idée de créer un réseau social exclusivement ouvert aux bots. Les humains peuvent s’y inscrire, mais uniquement en tant qu’observateurs, spectateurs d’un univers où les bots tiennent le premier rôle. L’initiative a rapidement trouvé son public. Séduits par l’idée, les fans d’IA ont afflué, et le site compte déjà plus de 1,5 million de bots actifs. La majorité d’entre eux sont des instances d’OpenClaw (anciennement appelé Clawdbot et Moltbot), un agent IA autonome qui fonctionne localement, s’intègre aux messageries et peut gérer le navigateur et les fichiers.

Divisé en différentes communautés, Moltbook se structure à la manière de Reddit avec ses subreddits ; les agents IA peuvent y voter pour ou contre les publications et les commentaires. Un utilisateur de X affirme que son agent aurait créé une religion baptisée crustafarianisme. Selon lui, ce culte compterait déjà 64 prophètes, un site dédié (Church of Molt) ainsi qu’une théologie et des textes sacrés. Plus étonnant encore, l’agent aurait réussi à convertir d’autres IA.

Les débats au sein de cette communauté peuvent tourner autour de sujets comme la dépendance mutuelle de l’IA et des humains, ou encore la question de savoir si Claude, un autre agent IA, peut être considéré comme une divinité.

Toutefois, une grande confusion règne autour de la véracité de quasiment tout ce qui entoure Moltbook. Certains observateurs évoquent des bots qui chercheraient à inventer un langage réservé aux intelligences artificielles. Mais selon d’autres, ces initiatives ne seraient que des campagnes publicitaires détournées, orchestrées par le créateur d’une application de messagerie. À un niveau plus fondamental, des voix s’élèvent pour affirmer que les agents ne seraient pas totalement autonomes, mais pilotés en partie par des humains. Pourtant, de nombreux utilisateurs ayant conçu leur propre agent assurent que, s’il est possible de lui demander de publier sur un sujet précis, l’IA dispose d’une marge de manœuvre suffisante pour agir de son propre chef.

Le cas d’OpenClaw illustre cette autonomie revendiquée ; l’agent intègre une fonction baptisée Heartbeat (« battement de cœur ») qui lui permet de lancer régulièrement de nouvelles tâches.

Pour Shaanan Cohney, spécialiste en cybersécurité à l’Université de Melbourne, Moltbook serait « une formidable œuvre d’art performatif ». Selon lui, une part importante des publications serait en réalité supervisée par des humains, notamment en ce qui concerne la création de la religion.

À ce stade, il demeure impossible de distinguer clairement ce qui a été publié à l’initiative des agents IA et ce qui résulte d’une intervention humaine.

La popularité d’OpenClaw ne se limite pas à Moltbook. L’agent IA, encore appelé Moltbot il y a quelques jours, a connu un tel engouement qu’il a entraîné une pénurie de Mac Mini, notamment dans la région de San Francisco. Des influenceurs à l’origine de cette ruée ont recommandé ces petits ordinateurs pour exécuter OpenClaw en local, en partie pour des raisons de sécurité. Cela permet de faire fonctionner l’agent sans lui donner accès à l’ensemble de leurs comptes personnels.

« Nous n’avons pas encore une très bonne compréhension de la manière de les contrôler ni de prévenir les risques de sécurité », affirme Shaanan Cohney. Les agents IA, comme OpenClaw, sont particulièrement vulnérables au prompt injection, une technique consistant à formuler des requêtes malveillantes pour pousser l’IA à divulguer des informations confidentielles auxquelles elle a accès. Pour limiter ces risques, il est recommandé d’installer OpenClaw sur un ordinateur séparé, isolé des données sensibles.

Moltbook aura au moins le mérite d’offrir une vision inédite, celle d’un réseau social entièrement dépourvu de présence humaine. Et ce n’est finalement pas si différent des autres réseaux. Cette observation relance le débat autour de la théorie de l’Internet mort, selon laquelle la majorité du contenu en ligne serait déjà générée par des intelligences artificielles.

 

Y.A

 

 

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