À l’instar de nombreux pays dans le monde et en tant que l’une des principales puissances africaines émergentes, l’Algérie s’est engagé résolument dans la voie du progrès technologique. Elle a mobilisé les énergies de sa jeunesse, valorisé ses compétences et investi activement dans la numérisation des activités économiques et culturelles du pays. Ce dynamisme et cette volonté se sont soldés par des avancées notables malgré de nombreuses difficultés liées à des résistances et des embuches émanant de cercles voyant d’un mauvais œil cette numération à laquelle le chef de l’Etat tient beaucoup parce qu’elle est la clé de la bonne gouvernance et de l’efficacité économique où les parasites n’ont plus aucune place.
Par Ikram Haou
La volonté politique en faveur de cette transition numérique s’est manifestée en effet à travers l’engagement clair et franc du Président de la République, M.Abdelmadjid Tebboune. Il a fait de la numérisation de l’administration publique la mère des priorités nationale. Il a confié ce gigantesque et stratégique projet au haut Haut-Commissariat à la numérisation. Ce pilotage centralisé vise à assurer une coordination efficace des efforts et à accélérer les transformations attendues dans tous les secteurs de la vie publique et économique.
Parmi les axes forts de cette transformation, l’intelligence artificielle (IA) occupe une place de choix. L’État algérien a entrepris de former les jeunes talents dans les nouvelles technologies, tout en soutenant l’émergence d’un écosystème innovant. Depuis 2020, et en dépit des contraintes imposées par la pandémie de Covid-19, l’Algérie a franchi un cap décisif avec la création de plus de 5 000 start-ups actives. Cette dynamique s’est traduite par la création, en 2023, du ministère délégué chargé des Start-ups et de la Promotion des exportations, renforçant ainsi l’architecture institutionnelle dédiée à l’innovation.
Dans ce contexte, l’intelligence artificielle apparaît non seulement comme un levier de performance économique, mais aussi comme un pilier stratégique du développement durable. L’IA interagit de manière étroite avec l’économie numérique : elle en dépend, tout en contribuant à l’enrichir par des applications innovantes dans des domaines variés tels que la santé, l’éducation, les transports, les services publics, la cybersécurité, ou encore la gestion des risques et des chaînes logistiques. Cependant, cette mutation profonde suppose des investissements conséquents et une structuration rigoureuse.
Le développement de l’intelligence artificielle en Algérie nécessite une infrastructure numérique robuste, une collecte massive de données fiables, et surtout, une main-d’œuvre hautement qualifiée. Ingénieurs, analystes, développeurs, spécialistes en éthique et experts en cybersécurité sont indispensables pour garantir un usage bénéfique, responsable et souverain de ces technologies. En parallèle, l’absence actuelle d’un cadre législatif clair en matière de protection des données personnelles représente un frein à la généralisation sécurisée de l’IA.
L’IA en Algérie, un levier de développement multisectoriel.
Malgré ces obstacles, l’Algérie se distingue sur le plan continental. Elle figure parmi les pays africains les plus productifs en matière de recherche scientifique appliquée à l’intelligence artificielle. Le professeur Ali Kahlane, membre du Comité sectoriel permanent de la recherche scientifique au ministère de la Poste et des Technologies de l’information, souligne que l’IA en Algérie est désormais considérée comme un levier national de développement multisectoriel. Le soutien public croissant, les formations intensifiées et la recherche de partenariats internationaux permettent d’envisager une expansion plus large dans les années à venir.
En 2025, plusieurs cycles de formation, séminaires et forums ont été organisés, centrés sur l’intégration concrète de l’intelligence artificielle dans les différents secteurs. Lors d’un atelier conduit par l’Agence de presse algérienne (APS), l’expert Djallal Bouabdallah a mis en lumière l’importance de la maîtrise des outils numériques et de l’IA dans le traitement de l’information journalistique, en évoquant également les risques liés aux manipulations et à la désinformation. Cela montre bien que l’usage de l’IA ne se limite pas aux seules sphères économiques ou techniques, mais touche également à des enjeux de société.
Il y a lieu de relever ici que depuis que des applications de l’IA ont fait leur apparition sur des plates formes basées notamment aux USA mais accessibles à tous les habitants de la planète, les fausses informations et les manipulations de populations ont pris des proportions effarantes. Jamais l’information et la vérité n’ont été malménes comme elles le sont maintenant avec l’aide de l’IA. On peut vous montrer, par exemple, les immeubles d’une grande mégalopole, s’effondrer sous l’effet d’un séisme, alors que dans la réalité, il ne s’est rien passé. Ces images ont été produites en moins de quelques minutes grace à une IA spécialisée dans la génération d’images et de vidéos. La ressemblance de ces images générés artificiellement avec celles de la réalité dépend du prompt rédigé par leur auteur. Un prompt est une commande écrite que l’on soumet à l’IA qu’elle réalise. Par exemple dans le cas de ville dont les immeubles se sont effondrés cité plus haut, le prompt pourrait être rédigé ainsi : « Génère une vidéo où l’on voit telle grande ville ébranlée par un méga séisme. ». Le résultat est extraordinaire. Comme le sont les vidéos visibles depuis quelque temps sur Youtube où l’on voit des chefs d’Etat jouer de la musique. Ce sont des images générées par l’IA si bien réussies que l’on a du mal à admettre qu’elles ne sont pas réelles. (*) Ces chefs d’Etat peuvent être vus aussi tenant des propos graves (avec leur voix) susceptibles de provoquer des conflits ou des crises au sein des populations non informées de ces nouvelles prouesses technologiques.
Et c’est là que le juridique intervient
Le domaine juridique illustre parfaitement cette transition. Lors du Forum africain de l’innovation juridique organisé à Alger, le 10 mai dernier, il a été souligné que l’intégration des technologies numériques dans la justice n’est plus un luxe, mais une nécessité. Les professionnels du droit doivent désormais maîtriser les outils numériques, la communication digitale et la conception de solutions juridiques innovantes. Le forum a aussi évoqué les défis à relever pour une meilleure appropriation technologique sur le continent.
C’est dans cette optique que la Haut-Commissaire à la Digitalisation, Mme Meriem Benmouloud, a présenté la Stratégie nationale de transformation numérique. Cette feuille de route s’articule autour de cinq axes stratégiques : l’amélioration de l’infrastructure numérique (télécommunications, centres de données, fibre optique) ; le développement du capital humain à travers la formation de 500 000 spécialistes en TIC ; la modernisation de la gouvernance publique par la numérisation complète des services administratifs ; la dynamisation de l’économie numérique, avec l’objectif de faire passer sa part à 20 % du PIB ; et enfin, l’inclusion citoyenne via une société numérique équitable.
Cette stratégie ambitieuse vise à doter l’Algérie d’une infrastructure souveraine et performante. Elle prévoit la construction de plusieurs centres de données nationaux, la généralisation du domaine numérique « .dz », la limitation des paiements en espèces, et le développement d’un tissu dense d’entreprises numériques émergentes. Le plan prévoit également de garantir l’accès de tous aux services numériques et de renforcer la participation citoyenne dans la vie publique à travers l’espace digital.
Création de l’École nationale supérieure d’intelligence artificielle
Les avancées concrètes sont déjà visibles. L’Algérie a franchi le cap des deux millions de foyers connectés à la fibre optique, et le réseau 5G est en cours de déploiement, d’abord dans les grandes agglomérations et les zones industrielles. Ce chantier devrait générer jusqu’à 15 000 emplois directs et 100 000 emplois indirects. Plus de 500 projets numériques devraient être lancés entre 2025 et 2026, notamment pour améliorer la qualité du service public. Plusieurs ministères ont déjà réalisé des avancées notables : la Justice avec la délivrance du casier judiciaire numérique, l’Intérieur avec la modernisation de l’état civil et l’introduction de la carte d’identité biométrique, ou encore l’Enseignement supérieur avec la digitalisation complète des procédures d’admission universitaire.
En matière de formation et de recherche, deux réalisations majeures méritent d’être mentionnées. L’École nationale supérieure d’intelligence artificielle (ENSIA), créée en 2020, forme selon les standards internationaux de futurs spécialistes capables d’impulser la transformation numérique du pays. Parallèlement, le lancement d’un centre national de calcul haute performance dédié à l’IA, sous l’égide du ministère de la Poste et des Télécommunications, permettra aux chercheurs et startups d’accéder à une puissance de calcul considérable, essentielle pour développer des solutions d’intelligence artificielle appliquées, notamment dans les domaines de la santé, des villes intelligentes, ou de la cybersécurité.
L’Algérie avance à grands pas vers une société numérique souveraine, inclusive et performante. L’État a su faire de la transformation numérique une priorité stratégique, en l’intégrant dans ses politiques publiques, en mobilisant les compétences locales, et en structurant les investissements pour répondre aux grands défis de demain.
Concernant l’IA il s’agit d’un tout autre combat, plus gigantesque. Nous devons avoir notre propre IA que l’on construira en fonction de nos besoins et de nos valeurs. L’effort sera sans aucun doute plus couteux mais ô combien utile pour notre indépendance et notre souveraineté numériques.
Il y a autre effort à fournir, plus titanesque que les autres : créer un système Internet qui nous soit propre. Un Internet …local auxquels seuls les Algériens auront accès et qui sera imperméable à tout ce qui viendrait de l’extérieur. D’aucuns s’écrieront que ce serait là l’instauration de la censure et un repli sur soi. Mais il faut se poser également des questions sur le degré de confiance que l’on peut accorder aux contenus dont l’Occident nous inonde. Des questions que nous sommes de plus en plus nombreux à nous poser maintenant que nous avons vu et entendu à quel point cet occident nous aime, nous, les habitants du Sud global.
Nous sommes en train de réussir notre autosuffisance alimentaire, alors pourquoi, dans la foulée, ne pas réfléchir à une autonomie numérique et cybernétique ? Ce n’est pas un repli sur soi mais juste une légitime protection de notre souveraineté nationale et de notre économie.
I.H
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Notes :
(*) https://www.dw.com/fr/ia-desinformation-afrique-afrique-du-sud-burkina-faso-elections/a-71814269
(*) https://www.ledevoir.com/culture/medias/840655/ia-nouveau-front-desinformation
