Alors que les constellations de satellites comme Starlink peinent à convaincre par leur coût et leur complexité, une nouvelle génération de plateformes stratosphériques promet de révolutionner la connectivité. Capables de couvrir de vastes territoires à moindre frais et d’offrir des débits bien supérieurs, ces aéronefs pourraient bientôt redéfinir l’accès à Internet et reléguer les satellites au rang de vestiges technologiques.
Par Yakout Abina
Alors que l’objectif de SpaceX de déployer une constellation de 12 000 satellites Starlink en orbite basse (LEO) pour fournir un accès Internet mondial semble proche, une concurrence inattendue se dessine non pas dans l’espace, mais dans la stratosphère. De nouveaux projets ambitieux cherchent à établir des plateformes stratosphériques pour offrir une connectivité mobile omniprésente à moindre coût, contournant ainsi les lancements spatiaux complexes et onéreux.
Tandis que la constellation de satellites Starlink étend son emprise sur le globe, offrant des vitesses de connexion avoisinant les 100 Mbps à condition de disposer d’une coûteuse antenne parabolique dédiée, une vieille idée refait surface : celle des plateformes stratosphériques, prêtes à défier l’hégémonie de l’Internet par satellite.
Ces systèmes, souvent désignés sous l’acronyme HAPS (High Altitude Platform Stations), exploitent des ballons, des dirigeables ou des drones autonomes qui opèrent à environ 20 kilomètres d’altitude, bien au-dessus du trafic aérien commercial, mais nettement plus près de la Terre que les satellites LEO (550 km). ilspromettent d’offrir une connectivité mobile omniprésente à moindres frais, et surtout, sans nécessiter de matériel utilisateur spécifique.
Ce concept n’est pourtant pas une nouveauté. Il y a près d’une décennie, Google (via sa filiale X) avait déjà concrétisé cette vision avec le Projet Loon. Lancé en 2013, Loon utilisait des ballons stratosphériques pour fournir un accès Internet aux populations reculées ou touchées par des catastrophes.
Malgré des essais réussis et des performances prometteuses (notamment un déploiement rapide au Pérou suite à des inondations, et au Kenya), le projet a finalement été abandonné huit ans plus tard, en 2021. L’initiative avortée a été jugé trop coûteuse et difficile à rentabiliser.
Aujourd’hui, de nouvelles entreprises (telles que Sceye, soutenu par SoftBank, ou des projets comme Stratobus) reprennent le flambeau, et croient pouvoir surmonter les obstacles qui ont mis fin à Loon. Elles misent sur des avancées dans l’énergie solaire, la stabilité des plateformes HAPS, et une meilleure régulation des fréquences pour faire de la stratosphère le maillon manquant entre les réseaux terrestres et les méga-constellations spatiales.
Le but est d’offrir une alternative plus souple et plus abordable que Starlink, particulièrement dans les régions à faible densité où le déploiement de fibre optique ou d’antennes 4G/5G coûte trop cher.
Conçu pour voler six jours consécutifs à une altitude de 18 kilomètres, l’appareil génère suffisamment d’électricité pour alimenter une antenne réseau à commande de phase de trois mètres par trois mètres. Cette technologie permettrait de connecter simultanément jusqu’à 500 000 utilisateurs. À l’issue de son cycle de vol, l’aéronef serait relayé par un autre engin, avant de regagner sa base pour être réapprovisionné.
Les futurs smartphones pourraient bientôt se connecter directement à un réseau aérien, avec des vitesses atteignant 200 Mbps. Un débit qui surclasse largement le service Direct to Cell de Starlink, limité à environ 17 Mbps dans ses meilleures conditions.
Chaque aéronef serait capable de couvrir une zone de 15 000 km². Selon la firme à l’origine du projet, le coût de fonctionnement resterait inférieur à un euro par abonné, tout en offrant une connexion plus performante que celle de Starlink. L’entreprise n’hésite pas à affirmer que cette technologie pourrait reléguer les satellites « au musée ».
Starlink compte actuellement pas loin de 9 000 satellites, chacun doté d’une durée de vie de seulement cinq ans. Cela implique le remplacement quotidien de plusieurs engins pour maintenir le service. Face à cette logistique lourde et coûteuse, l’idée de plateformes stratosphériques, capables de voler plusieurs jours d’affilée avant de regagner leur base, apparaît soudainement beaucoup moins farfelue.
Y.A
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