Le Ghana, troisième producteur d’huile de palme en Afrique de l’Ouest après le Nigeria et la Côte d’Ivoire, dépend encore à hauteur de 30 % des importations pour satisfaire la demande locale. Le pays ambitionne désormais d’atteindre l’autosuffisance en créant un environnement favorable à la relance de cette filière.
Par Malika Azeb
Dans ce cadre, le gouvernement ghanéen a décidé de mettre en place une facilité de financement de 500 millions de dollars sur la période 2026-2032, conformément à sa politique nationale de développement intégré de l’huile de palme. Cette initiative a été présentée le jeudi 13 novembre devant le Parlement dans le cadre de la déclaration budgétaire et de la politique économique pour l’exercice 2026.
Cette facilité, conçue en collaboration avec la Banque mondiale, la Banque de développement du Ghana et d’autres institutions financières, permettra d’octroyer des prêts à long terme avec un moratoire de cinq ans sur les remboursements et des taux d’intérêt concessionnels. Elle financera jusqu’à 70 % des coûts des projets industriels liés au développement de la filière.
L’objectif de ces financements est de stimuler l’intérêt des investisseurs privés locaux, de débloquer davantage de capitaux et de soutenir l’ambition gouvernementale d’autosuffisance en huile de palme. La nouvelle politique prévoit notamment l’aménagement de 100 000 hectares pour la plantation de palmiers à huile afin d’accroître la disponibilité de matière première pour les unités de transformation.
« Le palmier à huile est une culture à long terme qui nécessite un capital patient, abordable et prévisible. Les prêts commerciaux conventionnels à court terme ne conviennent pas à une culture qui atteint sa pleine maturité au bout de près de sept ans. Grâce à ce modèle de financement, le Ghana attirera à la fois les investisseurs nationaux et étrangers », précise le document officiel.
À titre d’exemple, en avril dernier, le gouvernement avait déjà débloqué 100 millions de dollars pour le développement de 20 000 hectares de palmeraies via des investissements privés. En juillet, un partenariat public-privé a été conclu avec l’entreprise agroalimentaire Onesta Ghana Ltd pour exploiter et développer 10 000 hectares dans la première phase d’un projet de 50 millions de dollars, destiné à produire de l’huile de palme brute et raffinée.
La politique ghanéenne mise également sur l’intégration des petits exploitants en tant que partenaires des grandes plantations et des unités de transformation, afin d’accélérer le développement de la base industrielle. Pour encourager la participation des agriculteurs, le gouvernement prévoit un accès facilité aux plants améliorés, aux engrais subventionnés, à l’achat des récoltes, aux financements et à la formation aux bonnes pratiques agricoles.
Selon la déclaration budgétaire pour 2026, « le gouvernement, via la Tree Crops Development Authority (TCDA), l’Oil Palm Research Institute (OPRI) et la Ghana EXIM Bank, fournira financement, recherche et assistance technique aux coopératives organisées. Un fonds de soutien aux petits exploitants garantira également l’accès des femmes et des jeunes à des crédits abordables et à la formation professionnelle ».
Pour dynamiser la filière, les autorités ghanéennes entendent combiner les efforts des grands exploitants et des petits producteurs, en s’inspirant des modèles indonésien et malaisien, qui ont permis à ces deux pays de devenir respectivement le premier et le deuxième producteurs mondiaux d’huile de palme.
Le Ghana doit combler un déficit de production estimé à 200 000 tonnes par an pour atteindre l’autosuffisance. Actuellement, ce manque oblige le pays à importer pour près de 200 millions de dollars par an. Outre le développement de la base industrielle, d’autres freins doivent être pris en compte, notamment la lutte contre la contrebande.
Le département américain de l’Agriculture (USDA) a souligné dans son dernier rapport que l’afflux de substituts importés à bas prix constitue un obstacle à la production nationale et limite l’extension des palmeraies par les exploitants locaux. Selon l’Association pour le développement de l’huile de palme (OPDAG), près de 90 % de l’huile utilisée pour la cuisson au Ghana provient d’importations illégales échappant au contrôle de qualité et aux obligations fiscales.
M.A
