Dans le recueil de huit nouvelles Mémoire vagabonde, de Rachid Hammoudi, nous plongeons dans les souvenirs nostalgiques de l’enfance et de l’adolescence que l’auteur décrit comme étant toujours présents en nous et qu’il suffit d’un rien pour provoquer leur résurrection et leur remontée à la surface de notre conscience.
Par Malika Azeb
L’auteur, sur le ton de l’humour et du sarcasme, décrit l’univers de son enfance dans son village natal. Les anecdotes liés aux cousins et aux amis d’enfance sont très croustillantes même lorsqu’elles ont trait à des banalités déconcertantes comme le choix d’un sobriquet. C’est le cas de Tristus dans la nouvelle Tristus le célibataire. Un sobriquet que le narrateur – personnage doit au fait qu’il ne sourit jamais. Un sobriquet qui illustre bien l’état psychologique de beaucoup de jeunes (garçons et filles) malmenés par la mal vie et les frustrations. Dans l’univers de la majorité des nouvelles de son recueil, l’auteur décrit avec une précision de géomètre les fantasmes de beaucoup de nos concitoyens qui pensent que pour espérer réussir sa vie il faut traverser la mer ou l’océan. Une vision bien sûr erronée née de faibles d’esprits mais qui usent de tous les stratagèmes pour atteindre l’autre rive perçue comme étant le paradis. Dans la nouvelle Nous irons à Bamako, Chérif veut épouser une Française pour obtenir les papiers dont il a besoin pour vivre au « Paradis ». Or, les autorités de ce « Paradis » lui ont refusé le visa d’entrée. Alors il a imaginé une astuce d’une incroyable ingéniosité pour tromper la vigilance de l’administration française et se retrouver sur le sol de sa bien-aimée.
Dans Un mari pour ma mère, l’auteur décrit des mères qui sabordent l’avenir de leurs filles en les poussant à chercher des maris riches, et tant pis s’ils sont incultes. L’essentiel est de faire comme la fille de la voisine ou mieux. La jalousie, les médisances, les mensonges, les fanfaronnades et le matérialisme dictent le comportement de beaucoup de mamans. Celles-ci sont convaincues qui si ce mari riche est émigré de surcroit ce serait la bénédiction suprême. La réussite totale.
Lila suit les conseils véreux de sa mère et elle se retrouve divorcée avec un enfant après avoir été rejetée par un mari qui n’arrivait pas à supporter une épouse qui réclamait sans cesse une vie de princesse. Lila a fini par épouser un vieil homme. Un vieil émigré vivant au « paradis ». Mais un paradis ressemblant à un Enfer.
Rachid Hamoudi ne fait pas de morale. Il raconte des histoires dont il a entendu parler dans son entourage. C’est au lecteur (au bon lecteur !) de tirer ses conclusions.
Comme Rachid Hamoudi est journaliste de profession, il a consacré une nouvelle à son métier. Le Chèque met en scène une situation que beaucoup de journalistes ont connue, notamment les pigistes et les correspondants qui rencontrent des difficultés à se faire payer. Et comme tout journaliste qui se respecte, il a utilisé un style simple (mais pas simpliste) et agréable, accessible à tous les lecteurs. Style dont chaque mot est vrai et porteur d’une émotion forte et admirablement communiquée. Un style simple et corrosif qui nous rappelle celui de Boudjedra dans La Répudiation lorsqu’il évoque les travers des gens de son village.
Rachid Hammoudi, natif de Tigzirt en 1963, est aussi auteur d’une biographie de Tahar Djaout, et d’un admirable texte qui a servi à la réalisation d’un documentaire sur la Diva de la chanson d’expression kabyle, H’nifa.
M.A
Mémoire vagabonde, de Rachid Hammoudi, Edition L’Odyssée, avril 2023, 134 pages. 450 DA
