L’armée d’occupation sioniste a annoncé hier, mercredi, qu’elle menait une opération à l’intérieur du plus grand hôpital de la bande de Ghaza, où des milliers de civils sont réfugiés. Considéré comme un site militaire stratégique par l’entité sioniste et les États-Unis.
Par Tinhinane Ait Afrah
« Les forces de défense israéliennes mènent une opération ciblée et de précision contre le Hamas dans un secteur spécifique de l’hôpital al-Chifa », a indiqué tôt hier, mercredi, l’armée d’occupation sioniste dans un communiqué. Devant cet état de fait, plusieurs organisations internationales ont réagi à cette opération militaire. Le patron de l’OMS a indiqué être « extrêmement inquiet » après le raid des soldats israéliens. Idem pour le Comité international de la Croix-Rouge (CICR). Le CICR a rappelé que « les patients, le personnel médical et les civils doivent être protégés à tout moment » et a indiqué être en contact « avec les autorités concernées. » De son côté, l’ONU se dit « horrifiée » par l’opération. Youssef Abul Reesh, un haut responsable du ministère de la Santé à Ghaza a déclaré à la presse voir des « chars » et des « commandos » dans le complexe de l’hôpital. « Je suis dans l’hôpital et je vois des dizaines de soldats et de commandos aux urgences et à la réception et il y a des chars qui sont entrés dans le complexe de l’hôpital », a déclaré Youssef Abul Reesh, appelant l’ONU et la communauté internationale à intervenir « immédiatement » pour mettre fin à cette opération. « Des dizaines de soldats israéliens, certains cagoulés et tirant en l’air, ordonnent aux Ghazaouis réfugiés dans l’hôpital al-Chifa de se rendre. À l’intérieur, dans les couloirs des différents départements d’al-Chifa, dont la construction remonte à 1946 et où opèrent des équipes de Médecins sans frontières (MSF), les soldats tirent en l’air en allant de pièce en pièce, recherchant des combattants du Hamas. Des femmes, des enfants en pleurs sont fouillés. D’autres doivent passer sous une borne équipée d’une caméra de reconnaissance, les mêmes qui ont été installées le long des couloirs d’évacuation vers le sud de la bande de Ghaza », ont indiqué des journalistes. D’après les médecins et des ONG internationales sur place, aucun d’entre eux ne peut sortir sous peine d’être visé par des tirs. L’hôpital al-Chifa est encerclé par l’armée israélienne et les morts s’entassent dans la cour de l’hôpital. Le personnel ne peut pas les enterrer, car dès qu’ils sortent des bâtiments, ils leur tirent dessus. Malheureusement les chiens errants sont déjà en train de les déchiqueter, témoigne-t-on. « Nous tenons l’Occupation, la communauté internationale, les États-Unis entièrement responsables de la sécurité des milliers de membres des équipes médicales, des blessés, déplacés dans l’enceinte. Nous mettons en garde contre un massacre à l’hôpital », avait indiqué le ministère de la Santé de Ghaza. L’armée d’occupation sioniste estime que l’hôpital al-Chifa abrite des infrastructures stratégiques du Hamas, qui se sert, selon elle, de la population comme de « boucliers humains ». Renchérissant sur des affirmations de son allié israélien, la Maison-Blanche a assuré mardi que le Hamas et le Jihad islamique avaient « un centre de commandement et de contrôle depuis l’hôpital al-Chifa ». Ces accusations ont été rejetées mardi par le Hamas. « L’adoption par la Maison-Blanche et le Pentagone du faux récit de l’occupation selon lequel la résistance utilise le complexe médical al-Chifa à des fins militaires a donné le feu vert à l’occupation pour commettre davantage de massacres contre les civils », a affirmé le Hamas. Au moins 2.300 personnes se trouveraient toujours à l’intérieur de l’hôpital – jusqu’à 650 patients, 200 à 500 membres du personnel et environ 1.500 personnes cherchant à s’abriter, a indiqué hier le ministère de la Santé de Gaza. Mohammed Abou Salmiya, le directeur de l’hôpital al-Chifa qui s’exprimait de l’intérieur de l’hôpital al-Chifa, sur la chaine qatari El Jazeera, où l’armée d’occupation menait une opération militaire depuis le matin : « L’armée est dans le bâtiment de dialyse sans prendre la peine d’apporter du carburant pour aider les patients. Nous ne pouvons pas atteindre la pharmacie pour soigner les patients car l’armée d’occupation tire sur tout ce qui bouge. Les blessures des patients ont commencé à pourrir considérablement après l’arrêt de tous les services de l’hôpital. L’odeur de la mort flotte partout ». A noter qu’aucun journaliste n’était en mesure de se rendre à l’hôpital. Selon un haut responsable de l’armée sioniste, les militaires ont procédé à des interrogatoires dans la partie de l’hôpital al-Chifa investie. À ce stade en tout cas, les responsables militaires sionistes se montrent très discrets sur ce qui a été trouvé dans l’hôpital. « Pas question d’arrêter nos opérations à Gaza tant que la mission n’est pas accomplie », a affirmé le responsable des forces sionistes d’occupation. De son coté, le chef des Affaires humanitaires de l’ONU a demandé hier, mercredi, que « le carnage à Ghaza » cesse, dans ce territoire assiégé et bombardé par Israël. « Alors que le carnage à Ghaza atteint chaque jour de nouveaux niveaux d’horreur, le monde continue d’être sous le choc alors que des hôpitaux sont la cible de tirs, que des bébés prématurés meurent et qu’une population entière est privée de moyens essentiels de subsistance. Cela ne peut pas continuer », a déclaré Martin Griffiths dans un communiqué. Le patron de l’agence de l’ONU pour les réfugiés palestiniens (Unrwa) a prévenu que les opérations humanitaires dans la bande de Ghaza étaient « au bord de l’effondrement », car la livraison de carburant reçue hier, mercredi, est insuffisante. « Avoir du carburant uniquement pour les camions ne sauvera pas davantage de vies », a estimé Philippe Lazzarini dans un message sur X (ex-Twitter), car « d’ici la fin de la journée, environ 70% de la population de Ghaza n’aura pas accès à l’eau potable ». Un haut responsable sécuritaire israélien, sous couvert d’anonymat, a indiqué qu’à sa connaissance, il n’y a pas eu d’affrontement à l’intérieur même du centre hospitalier, mais des combats de rue à l’extérieur. L’hôpital al-Rantissi, à deux kilomètres de l’hôpital al-Chifa est à l’arrêt. Des milliers d’enfants ne peuvent plus être soignés : certains ont des problèmes cardiaques, d’autres sont atteints de cancer, il y a également des cas de maladies de reins. Le docteur Mostapha Khaalout, directeur de l’hôpital, met en garde contre la situation dramatique de l’hôpital voisin. Le Comité international de la Croix-Rouge s’est dit mercredi « extrêmement inquiet » de l’impact de l’opération militaire menée par l’armée israélienne dans l’hôpital al-Chifa, le plus important de la bande de Gaza. Le CICR rappelle que « les patients, le personnel médical et les civils doivent être protégés à tout moment » et indique être en contact « avec les autorités concernées ». La cheffe de l’agence de l’ONU chargée de la protection de l’enfance a lancé hier, mercredi, un appel à toutes les parties de « mettre fin à l’horreur » dans la bande de Ghaza, lors d’une rare visite depuis le début de la guerre entre Israël et le Hamas. « J’appelle une fois de plus toutes les parties à veiller à ce que les enfants soient protégés et assistés, conformément au droit international humanitaire », a lancé Catherine Russell, lors d’une visite d’un hôpital dans le sud de Gaza, ajoutant que « seules les parties au conflit peuvent véritablement mettre fin à l’horreur », selon un communiqué. Le ministère de la Santé de Ghaza n’a pas communiqué de nouveau bilan depuis le 10 novembre, selon le rapport quotidien de l’ONU. Le dernier bilan faisait état de 11.078 morts, dont 4.506 enfants, depuis le 7 octobre. Pour leur part, les États-Unis confirment les accusations de l’entité sioniste selon lesquelles le Hamas utilise certains hôpitaux de Gaza pour y mener ses opérations militaires : « Selon nos informations, le Hamas et le Jihad islamique utilisent des hôpitaux dans la bande de Gaza dont l’hôpital al-Chifa, pour dissimuler et mener leurs opérations militaires et pour détenir des otages déclare Sabrina Singh, porte-parole du Pentagone. Ils disposent de tunnels sous ces hôpitaux. Dans la ville de Gaza, le Hamas et le Jihad islamique ont installé un centre de commandement sous l’hôpital al-Chifa. Ils y ont stocké des armements, et ils sont prêts à répondre à une opération militaire israélienne contre ce bâtiment. Je vous fais part de l’évaluation de la communauté du renseignement sur l’utilisation des hôpitaux par le Hamas. » Bien sûr, pour justifier leur soutien au massacre aux yeux de l’opinion public, les Etats-Unis trouveront bien un justificatif que les services du renseignement de l’entité sioniste auront confectionnés et qu’ils s’empresseront de soutenir en imposant leur vérité au « monde libre ». La preuve nous est fournie par la fameuse opération Tempête du désert (Desert Storm en anglais). Une opération militaire réalisée du 17 janvier au 28 février 1991 par une coalition internationale sous commandement des États-Unis et missionnée par les Nations unies contre l’Irak, qui nous a-t-on fait croire à l’époque, était en possession d’armes de destruction massive.
T.A.A
