La bande de Ghaza est devenue “inhabitable” a alerté vendredi l’ONU, près de trois mois après le début de l’agression sioniste sur la bande palestinienne.
Par Tinhinane Ait Afrah
La bande de Ghaza est “tout simplement devenue inhabitable”, “un lieu de mort et de désespoir” et ses habitants “font face à des menaces quotidiennes sous les yeux du monde”, a déclaré le coordinateur des affaires humanitaires des Nations unies, Martin Griffiths dans un communiqué. M. Griffiths a poursuivi son intervention : « Les familles dorment dehors alors que les températures chutent. Les zones où les civils devaient se déplacer pour leur sécurité ont été bombardées. Les installations médicales sont constamment attaquées. Les rares hôpitaux partiellement fonctionnels sont submergés de cas de traumatologie, manquent cruellement de fournitures et sont inondés de personnes désespérées en quête de sécurité ». M. Griffiths estime qu’« un désastre de santé publique se prépare », alors que les maladies infectieuses se propagent dans les abris surpeuplés à mesure que les égouts débordent.
Quelque 180 femmes palestiniennes « accouchent chaque jour dans ce chaos » et « les gens sont confrontés aux niveaux d’insécurité alimentaire les plus élevés jamais enregistrés ». « La famine approche », a prévenu le chef de l’humanitaire de l’ONU. Le responsable onusien a souligné que pour les enfants en particulier, les 12 dernières semaines ont été traumatisantes: pas de nourriture, pas d’eau, pas d’école, « rien que les bruits terrifiants de la guerre, jour après jour ». Alors que « Ghaza est tout simplement devenue inhabitable », la communauté humanitaire se retrouve confrontée à la mission impossible de venir en aide à plus de 2 millions de personnes, alors même que son propre personnel est tué et déplacé, que les coupures de communication se poursuivent, que les routes sont endommagées et que les convois sont visés par les tirs, et que les fournitures commerciales vitales pour la survie sont quasiment inexistantes », a-t-il déploré. M. Griffiths réclame « la fin immédiate de la guerre ». Cette guerre n’ « aurait jamais dû commencer. Mais il est grand temps que cela se termine ». Depuis le 7 octobre, l’armée de l’occupation sioniste mène une agression dévastatrice contre l’enclave palestinienne, ce qui a entraîné des destructions massives d’infrastructures en plus d’une catastrophe humanitaire sans précédent. Selon un nouveau bilan annoncé hier, samedi 6 janvier, par le ministère de la Santé à Ghaza, 22.722 personnes ont été tuées à Ghaza depuis le début de la guerre, le 7 octobre. Les morts sont en majorité des femmes, des adolescents et des enfants. On dénombre près de 60.000 blessés. Ce décompte inclut 122 personnes tuées au cours des dernières 24 heures, précise le communiqué. Des frappes sionistes ont retenti tôt hier, samedi, à Rafah, ville à la pointe sud de la bande de Ghaza où se sont réfugiés ces dernières semaines des centaines de milliers de Palestiniens qui tentent d’échapper aux affrontements. Sur le terrain, les quelque 2,4 millions de Ghazaouis, dont environ 1,9 million déplacés par le conflit manquent d’eau, de nourriture, de médicaments et de soins, les hôpitaux ne fonctionnant plus ou très difficilement. A Rafah, à la pointe sud du petit territoire assiégé, “environ 500.000 personnes déplacées vivent autour des abris, dans les rues ou sur les routes”, décrit Adnan Abu Hasna, un porte-parole à Ghaza de l’agence de l’ONU pour les réfugiés palestiniens (Unrwa), à la presse. Pour sa part, le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) a déclaré, vendredi, que 1,1 million d’enfants de Ghaza sont confrontés à un cercle mortel d’épidémies, de malnutrition et de violences. L’UNICEF a affirmé que des milliers d’enfants à Ghaza ont déjà été tués à cause des agressions sionistes, tandis que les conditions de vie de 1,1 million d’autres se détériorent rapidement avec la propagation des cas de diarrhée et de malnutrition, augmentant le risque de décès supplémentaires d’enfants. Catherine Russell, directrice générale de l’UNICEF, a déclaré : “Les enfants de Ghaza sont coincés dans un cauchemar qui s’aggrave de jour en jour”. Elle a ajouté que des enfants et leurs familles dans la bande sont tués et blessés, et que leurs vies sont exposées à des risques croissants en raison de maladies évitables et du manque de nourriture et d’eau”. Elle a souligné la nécessité de protéger tous les enfants et les civils de la violence et de leur fournir des services et des fournitures de base. Les cas de diarrhée chez les enfants de moins de cinq ans sont passés de 48.000 à 71.000 en une semaine à partir du 17 décembre, soit l’équivalent de 3.200 nouveaux cas de diarrhée par jour. L’UNICEF a déclaré que cette augmentation significative en si peu de temps est “un indicateur fort de la détérioration rapide de la santé des enfants à Ghaza”. L’UNICEF est particulièrement préoccupé par la situation de plus de 155.000 femmes enceintes et mères allaitantes et de plus de 135.000 enfants de moins de deux ans, compte tenu de leurs besoins nutritionnels particuliers et de leur vulnérabilité. L’agence des Nations unies appelle à “un cessez-le-feu immédiat pour des raisons humanitaires afin d’aider à sauver les enfants et à soulager les souffrances”. Elle a ajouté que “l’avenir de milliers d’enfants à Ghaza est en jeu et que le monde ne peut pas rester les bras croisés”, soulignant la nécessité de “mettre fin à la violence et aux souffrances des enfants”. De son coté, le Programme alimentaire mondial de l’ONU (PAM) a alerté vendredi sur le fait que la situation humanitaire dans la bande de Ghaza, théâtre d’une agression sioniste barbare depuis trois mois « est sans précédent », estimant « encore possible d’éviter la famine » dans l’enclave palestinienne.
« Si près de 130.000 personnes sont en situation de famine dans le monde, plus d’un demi-million de personnes sont en situation de famine dans la seule bande de Ghaza. C’est quatre fois plus », a déclaré sur le réseau X (twitter), Arif Husain, Economiste en chef du PAM. Toutefois, l’agence onusienne estime qu’ « il est encore possible d’éviter la famine dans l’enclave palestinienne ». Mais pour y arriver, « nous devons nous assurer que les gens ont de la nourriture, de l’eau, des abris et des installations sanitaires », a-t-il ajouté. Le Comité d’examen de la famine (CEF) a été activé en raison de preuves du dépassement de la phase 5 (seuil catastrophique) de l’insécurité alimentaire aiguë dans l’enclave. Selon ce comité, le risque de famine augmente chaque jour dans un contexte de conflit intense et de restriction de l’accès à l’aide humanitaire, selon le PAM. « Au moins un ménage sur quatre, soit plus d’un demi-million de personnes, est confronté à des conditions d’insécurité alimentaire aiguë catastrophiques », a détaillé le PAM ajoutant que « ces niveaux alarmants d’insécurité alimentaire aiguë sont sans précédent dans l’histoire récente ».
T.A.A
