Ces dernières années, les universités algériennes se sont résolument orientées vers la contribution à une nouvelle économie. Au-delà de la recherche scientifique, leur approche pédagogique met désormais l’accent sur l’entrepreneuriat et la création de start-ups, le tout dans un cadre académique rigoureux. Cette évolution porte déjà ses fruits, comme en attestent les nombreux programmes de formation à l’entrepreneuriat déployés par les établissements supérieurs.
Par Ikram Haou
Dans le cadre d’un programme gouvernemental dédié, des Centres de Développement de l’Entrepreneuriat (CDE) ont été implantés dans toutes les universités. Ces espaces dédiés visent à attirer les étudiants porteurs d’idées et à leur offrir les conditions propices pour concrétiser leurs concepts. Les étudiants y bénéficient d’informations, de formations, de sensibilisation et d’un soutien continu pour développer leurs compétences entrepreneuriales, apprendre à démarrer un projet et le mener à bien. On dénombre aujourd’hui plus d’une centaine de CDE, qui forment chaque année plus de 50 000 étudiants grâce à un réseau de plus de 700 formateurs et conseillers. Ce dispositif constitue une opportunité unique permettant aux étudiants d’obtenir deux diplômes : le diplôme universitaire traditionnel et un diplôme validant leur projet de start-up.
En complément, des incubateurs d’entreprises sont présents dans les universités pour accompagner le développement des idées les plus prometteuses et les transformer en véritables projets. Considérant son importance pour la croissance économique et l’innovation, l’entrepreneuriat est devenu un module scientifique intégré et enseigné dans la plupart des spécialités. L’objectif est d’élargir la culture entrepreneuriale à tous les étudiants, pas seulement à ceux dotés d’un esprit d’entreprise, et de les sensibiliser à la possibilité de concrétiser leurs idées, notamment dans les domaines de la numérisation et des technologies.
Selon le Dr Chouaib Guemaz, professeur d’entrepreneuriat à l’Université d’Alger 2, la réalisation d’un projet entrepreneurial suit quatre étapes fondamentales. La première consiste à trouver une idée, définie comme une solution innovante à un problème persistant ou une réponse à un besoin sociétal. Ce processus de recherche d’idée comprend lui-même plusieurs phases : la génération, la formulation, l’évaluation et la mise à l’épreuve. La deuxième étape est l’étude de faisabilité, que le Dr Guemaz définit comme l’analyse et l’évaluation du projet sous tous ses aspects – économique, juridique, technique, marketing, etc. – afin d’en déterminer la viabilité et de décider de sa mise en œuvre ou de son abandon. Vient ensuite la conception du modèle économique, qui simule l’environnement du projet et ses conditions opérationnelles. Enfin, la quatrième étape est la préparation du plan d’affaires, document structuré incluant un résumé, une analyse environnementale, la description du projet, ainsi que les plans de production, marketing et financier.
Dans les universités, des cours exposent cette méthodologie, qui est ensuite mise en pratique au sein des incubateurs et des CDE, selon le profil des étudiants et la nature de leur projet. Il est important de noter que, pour favoriser la création de start-ups innovantes, cette dynamique dépasse désormais le seul cadre universitaire. Sous l’impulsion du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, un incubateur d’entreprises numériques a été créé. Son rôle est d’accompagner les start-ups de l’incubation à la commercialisation, en mobilisant une expertise locale et internationale, jouant ainsi un rôle actif dans la promotion d’une culture de l’innovation et la construction d’une économie diversifiée et fondée sur le savoir.
Les résultats sont tangibles : l’Algérie a connu une croissance exponentielle du nombre de start-ups, passant d’environ 200 en 2019 à plus de 9 000 à la mi-2025. Dans une allocution, le président de la République, M. Abdelmadjid Tebboune, a confirmé l’objectif d’atteindre les 20 000 start-ups avant 2029. Il a salué le rôle d’incubateur joué par les universités et cité l’exemple de start-ups initialement fondées par deux ou trois personnes qui emploient désormais une vingtaine de salariés.
De nombreuses start-ups issues du milieu universitaire connaissent un succès notable sur les marchés national et international. À titre d’exemple, l’Université d’Alger 2 a vu éclore des projets tels qu’AMIDI (tourisme et industrie traditionnelle) porté par Aicha Tati, Speech Test (orthophonie) développé par Kchida Fatima Zohra, ou encore Speakup (orthophonie) fondé par Hayat Aicha.
I.H
