Le Mont Merapi, l’un des volcans les plus actifs d’Indonésie, est entré en éruption hier mercredi, projetant un panache de cendres à plus de 1 600 mètres d’altitude. Si aucun dégât n’est pour l’instant signalé, cet événement rappelle la puissance tellurique de l’archipel et la menace persistante des géants de feu à travers le globe. Retour sur un passé dévastateur et sur la réalité de l’activité volcanique mondiale.
Par Chaimaa Sadou
Une colonne de cendres de 1.600 mètres s’est élevée dans le ciel de Sumatra : le volcan Merapi a manifesté sa puissance ce mercredi. Selon les déclarations d’Ahmad Rifandi, officier du poste de volcanologie du mont Merapi (PGA) rapportées par l’agence Antara News, l’éruption, enregistrée sur un sismogramme, a duré environ 31 secondes. L’activité se poursuivait au moment du premier bilan, qui ne faisait état d’aucun blessé ni dégât matériel.
Les autorités indonésiennes, qui maintiennent le volcan au niveau d’alerte II, ont renforcé les mesures de sécurité. Toute activité est interdite dans un rayon de trois kilomètres autour du cratère, une zone souvent fréquentée par des randonneurs malgré les interdictions permanentes.
Les communautés vivant en aval des rivières partant du sommet ont également été alertées sur les risques potentiels de « lave froide », un mélange dangereux de cendres, de boue et de débris rocheux pouvant dévaler les pentes lors de fortes pluies.
Un passé meurtrier
Si l’éruption actuelle semble modérée, le Merapi – dont le nom signifie « montagne de feu » est tristement célèbre pour ses colères destructrices. Attention à ne pas confondre avec le Merapi de Java, situé près de Yogyakarta et réputé pour ses réveils meurtriers : c’est celui de Sumatra qui est actuellement en éruption. Le Merapi de Java, à seulement une trentaine de kilomètres de Yogyakarta, reste lui aussi une menace permanente.
L’une de ses éruptions les plus dramatiques remonte à 2010. Après plusieurs semaines d’intense activité, une série de nuées ardentes – des avalanches de gaz, de cendres et de roches à très haute température – ont déferlé sur les pentes, provoquant l’évacuation de plus de 350 000 personnes et causant la mort de plus de 350 autres. Des villages entiers furent ensevelis sous les dépôts volcaniques. En 1930, une éruption encore plus violente avait tué environ 1 300 personnes. Chaque réveil du Merapi est donc scruté avec anxiété par les millions d’habitants qui vivent à son ombre.
L’Indonésie, archipel aux 130 géants de feu
Cette vigilance est d’autant plus cruciale que l’Indonésie est le pays possédant le plus grand nombre de volcans actifs au monde : environ 130. Cette concentration exceptionnelle s’explique par sa position géographique unique.
L’archipel s’étire le long de la « Ceinture de feu du Pacifique », une immense zone en forme de fer à cheval de 40 000 km de long, bordant l’océan Pacifique. Elle concentre la majorité des séismes et des éruptions volcaniques de la planète, résultant de la collision et de la subduction (l’enfoncement) de plusieurs plaques tectoniques les unes sous les autres. En Indonésie, la plaque indo-australienne plonge ainsi sous la plaque eurasienne, générant une activité tellurique intense et faisant naître de nombreux volcans.
Des volcans qui s’éveillent sur toute la planète:
La Ceinture de feu n’est pas la seule région concernée. De nombreux pays connaissent des réveils volcaniques plus ou moins fréquents. L’Italie, avec l’Etna en Sicile et le Vésuve près de Naples, est sous surveillance constante. L’Islande, située sur la dorsale médio-atlantique, connaît des éruptions spectaculaires et parfois très perturbatrices pour le trafic aérien, comme en 2010 avec l’Eyjafjallajökull.
Le Japon, archipel volcanique par excellence, compte une centaine de volcans actifs, dont le célèbre mont Fuji. Le Mexique (Popocatépetl), les Philippines (Mayon, Taal), la Papouasie-Nouvelle-Guinée, ou encore les États-Unis avec les volcans d’Hawaï et ceux de la chaîne des Cascades (comme le mont St. Helens) font également partie des zones à l’activité régulière. Ces « réveils » sont le signe normal de la dynamique profonde de la Terre.
La plus grande catastrophe : l’énigme du Tambora
En matière de catastrophes volcaniques historiques, un nom domine tous les autres en Indonésie et dans le monde : le mont Tambora. Situé sur l’île de Sumbawa, il est entré dans une éruption cataclysmique en avril 1815. Cette explosion, la plus puissante jamais enregistrée par l’humanité, a été entendue à plus de 1 200 km de distance. Le sommet du volcan fut littéralement pulvérisé, faisant passer son altitude de plus de 4 000 m à 2 850 m.
Les poussières et les aérosols soufrés projetés dans la haute atmosphère firent le tour du globe, bloquant une partie des rayons du soleil et provoquant un « hiver volcanique » mondial en 1816, surnommé « l’année sans été ». Les récoltes furent anéanties en Europe et en Amérique du Nord, entraînant des famines et des émeutes. Mais le bilan direct le plus terrible fut local : L’éruption fit entre 71.000 et 100.000 victimes selon les estimations dans l’archipel indonésien, principalement sous les retombées de cendres et les tsunamis induits. L’éruption du Tambora reste l’archétype de la catastrophe volcanique globale.
L’éruption actuelle du Merapi de Sumatra, bien que limitée, rappelle que notre planète reste vivante et imprévisible. Chaque jour, des millions de personnes cohabitent avec ces forces naturelles. La science et la surveillance, comme celles exercées par les volcanologues indonésiens du PGA, sont nos meilleurs outils pour anticiper les dangers, atténuer les risques et vivre avec ces géants de feu dont les colères, parfois, ont façonné le cours de l’Histoire.
C.S
