Protection des enfants contre les réseaux sociaux / De plus en plus de pays imposent des restrictions

La Grèce rejoint l’Australie en interdisant l’accès aux réseaux sociaux aux moins de 15 ans à partir de 2027. Une mesure jugée nécessaire face aux risques sur la santé mentale des jeunes. Pourtant, dans nos foyers, de nombreux enfants de 8 ans utilisent déjà TikTok sous l’œil parfois complice de leurs parents.

Par Chaimaa Sadou

C’est une décision qui a fait le tour du monde. Mercredi dernier, le Premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis a annoncé que son pays interdirait l’accès aux réseaux sociaux aux jeunes de moins de 15 ans à compter du 1er janvier 2027. La loi sera votée dès l’été 2026. « Nous avons décidé d’aller de l’avant avec une mesure difficile mais nécessaire », a-t-il déclaré dans une vidéo diffusée sur… les réseaux sociaux. Ironie du sort, mais le message, lui, est clair.

La Grèce n’est pas la première à franchir ce pas. L’Australie a ouvert la voie en devenant, fin 2025, le premier pays au monde à légiférer sur l’âge minimal d’accès aux plateformes sociales. Depuis, les géants comme Instagram, TikTok ou Snapchat sont contraints de vérifier que leurs utilisateurs ont au moins 16 ans et de supprimer les comptes des plus jeunes. Les contrevenants s’exposent à des amendes pouvant atteindre plusieurs millions de dollars australiens.

Pourquoi une telle fermeté ? Les raisons sont aussi multiples qu’alarmantes. D’abord, les études scientifiques s’accumulent : l’exposition précoce aux écrans et aux réseaux sociaux est liée à une hausse des troubles anxieux, de la dépression et des troubles du sommeil chez les adolescents. Ensuite, la pression sociale et le cyberharcèlement touchent aujourd’hui des enfants toujours plus jeunes. Enfin, les algorithmes sont conçus pour capter l’attention le plus longtemps possible, créant une forme de dépendance comportementale comparable à celle des substances addictives.

Les pédopsychiatres sonnent l’alarme: le manque de sommeil chez les enfants de 8 à 12 ans explose. « Un enfant qui regarde TikTok dans son lit jusqu’à 22 heures ne s’endort qu’avec une heure de retard. Sur une semaine, cela fait sept heures de sommeil perdues. Les conséquences sur l’attention en classe sont désastreuses », explique un médecin parisien interrogé sous couvert d’anonymat. La lumière bleue et le défilé sans fin de vidéos courtes empêchent le cerveau de s’apaiser.

La France a aussi pris conscience du problème. Dès 2023, une proposition de loi visait à interdire l’accès aux réseaux sociaux aux moins de 15 ans sans l’accord parental, et aux moins de 13 ans de manière absolue. Le texte n’a pas encore abouti, mais le débat est vif. Au Royaume-Uni, l’Online SafetyAct impose aux plateformes de protéger les enfants, sans fixer d’âge unique mais avec des sanctions lourdes. Aux États-Unis, plusieurs États comme la Floride ou l’Utah ont voté des lois interdisant les comptes sociaux aux moins de 14 ou 15 ans, même si certaines ont été bloquées par la justice pour des raisons de liberté d’expression.

Ce combat n’est pas seulement éducatif. Il est aussi économique. Car derrière chaque like se cache un marché colossal. Les plateformes sociales vivent de la captation d’attention. Plus un utilisateur est jeune, plus il est précieux : il s’abonne, il regarde les publicités, il achète des contenus virtuels. Interdire les moins de 15 ans, c’est frapper au portefeuille de Meta (Facebook, Instagram) ou de Byte Dance (TikTok). C’est pourquoi ces entreprises freinent ces initiativeset proposent parfois des mesures cosmétiques comme le contrôle parental volontaire.

Pourtant, en dépit de ces exemples internationaux, dans nos propres maisons, la réalité est tout autre. Beaucoup de mères, de pères, donnent leur smartphone à leur enfant pour le calmer, l’occuper pendant un repas ou dans une salle d’attente. À 8 ans, des petits enfants connaissent déjà TikTok mieux que leurs grands-parents. Ils imitent des danses, répètent des slogans entendus dans des vidéos, et surtout, ils créent parfois des comptes sans que les parents le sachent. La frontière entre l’outil pédagogique et la menace est devenue floue.

Cette fracture entre le discours politique et la réalité domestique est le vrai nœud du problème. D’un côté, les gouvernements légifèrent. De l’autre, dans le quotidien, le smartphone reste la baby-sitter numérique préférée des familles pressées. Les professionnels de la petite enfance insistent : un enfant de 8 ans n’a pas la maturité cognitive pour comprendre que ce qu’il voit n’est pas toujours vrai, que les likes ne mesurent pas sa valeur, et que derrière chaque filtre se cache parfois un inconnu malveillant.

Un effet domino en Europe ?

Kyriakos Mitsotakis a affirmé que la Grèce fait pression au sein de l’Union européenne pour que cette initiative devienne une norme commune. « Nous appartenons à l’un des premiers pays du monde à adopter une telle mesure », s’est-il félicité. La commissaire européenne chargée du numérique a récemment déclaré qu’elle suivait ces expérimentations avec attention. Reste à savoir si l’UE suivra. Car un tel contrôle technique pose question : comment vérifier l’âge sans violer la vie privée ? L’Australie expérimente la reconnaissance faciale ou la vérification par pièce d’identité, des méthodes qui font débat.

En attendant, la tendance est claire. Après l’Australie, après la Grèce, d’autres pays comme l’Espagne, l’Italie ou la Corée du Sud réfléchissent sérieusement à des lois similaires.

Protéger les jeunes sur les réseaux sociaux est devenu une priorité mondiale, comme le montrent l’Australie et la Grèce. Mais la loi ne suffira pas. Un effort collectif des parents, des écoles et des plateformes est indispensable. Car un enfant de 8 ans ne devrait pas connaître TikTok avant de savoir lire une histoire seul. À nous, adultes, d’être à la hauteur.

C.S

admin

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Next Post

Souveraineté alimentaire nationale / Soutien total aux céréaliculteurs  

sam Avr 11 , 2026
Le ministère de l’Agriculture renforce son dispositif d’accompagnement pour la saison 2025-2026 en lançant le crédit fournisseur dédié aux produits phytosanitaires. Ce nouveau mécanisme financier permet aux agriculteurs de protéger leurs récoltes contre les maladies sans avance de frais. Objectif : garantir une productivité optimale et une sécurité alimentaire durable […]

ENTRE NOUS

Quotidien national d’information

Edité par EURL Rocher du Faucon

Directeur de Publication: Nasser MOUZAOUI

Adresse: Maison de la presse, 1, rue Bachir Attar, Place du 1er Mai, Alger-Algérie.

E.MAIL: entrenousdz2020@gmail.com