
En 2025, l’or et l’argent ont flambé. Cette année, c’est plus calme pour eux. Les ressources naturelles fonctionnent souvent ainsi : une année, c’est l’or qui brille ; l’année suivante, un autre métal prend la vedette.
Par Rihab Taleb
Ce printemps, c’est le cuivre qui attire toute l’attention. En mai, son prix a atteint environ 6,50 $ US la livre. Selon Adrian Day, gestionnaire de portefeuille, la demande mondiale de cuivre va continuer à croître au cours des 15 prochaines années, ce qui soutiendra les prix. Lors de la Conférence minière de Québec, il a expliqué que, même si l’on parle beaucoup de la consommation de cuivre par les centres de données et l’intelligence artificielle, cela ne représente en réalité qu’une petite partie de la demande totale. Même en retirant complètement les centres de données de l’équation, la demande resterait plus forte que l’offre prévue. Autrement dit, il y aura un déficit de cuivre.
Un autre point important : il faut souvent de 10 à 15 ans entre la découverte d’un gisement et l’ouverture d’une mine. Beaucoup critiquent ces délais, mais Adrian Day y voit un avantage pour les investisseurs, car cela donne une visibilité claire sur l’offre future. Dans cinq ans, on sait déjà quelles mines produiront du cuivre, et il est très improbable qu’une nouvelle source apparaisse par surprise. Cela permet de prévoir avec précision l’évolution du marché. Adrian Day est également optimiste concernant le pétrole et le gaz naturel.
Le cuivre est un métal essentiel pour la transition énergétique. On en a besoin dans les voitures électriques, les panneaux solaires, les éoliennes et les réseaux électriques intelligents. Chaque véhicule électrique contient plusieurs dizaines de kilos de cuivre, et les infrastructures de recharge en demandent encore davantage. C’est un métal qui devient incontournable dès qu’on parle de décarbonation et de nouvelles technologies vertes. Cela explique pourquoi les analystes anticipent une demande croissante, même si certains secteurs, comme l’intelligence artificielle, ne représentent qu’une faible part de la consommation totale.
Contrairement à l’or, que l’on peut stocker ou recycler plus facilement, le cuivre est directement lié à l’activité industrielle. Les mines existantes ne suffisent pas à répondre à la demande prévue, et les projets en développement prennent beaucoup de temps avant d’entrer en production. Les délais de 10 à 15 ans constituent un frein, mais aussi une garantie : on sait déjà quelles mines produiront dans les prochaines années, et il n’y aura pas de surprise. Cette rareté soutient les prix.
Evolve Royalties figure parmi les sociétés citées par Adrian Day. L’entreprise est dirigée par Joseph de la Plante, qui a déjà vendu, en 2022, une société de redevances aurifères pour 755 millions de dollars à Sandstorm. Une redevance est un mécanisme de financement : une société minière reçoit une somme d’argent immédiate et, en échange, s’engage à verser à l’avenir un faible pourcentage de la valeur du métal extrait. Par exemple, il s’agit souvent de 1,5 % du rendement net de fonderie (NSR), parfois assorti de clauses telles qu’un droit de rachat.
Aujourd’hui, Evolve détient 11 redevances, dont deux génèrent déjà des revenus : Highland Valley Copper et Copper Mountain, au Canada. Une troisième, McIlvenna Bay, devrait commencer à produire d’ici à la fin de 2026. Les revenus annuels d’Evolve, compris entre 5 et 7 millions de dollars américains, couvrent largement ses frais de gestion, qui étaient inférieurs à 1 million de dollars en 2025. Cela lui permet de financer de nouvelles acquisitions en recourant à l’endettement.
Joseph de la Plante a expliqué qu’Evolve discute actuellement avec des banques afin d’obtenir une ligne de crédit renouvelable de 25 à 50 millions de dollars américains. Si cette opération se concrétise avant l’automne, ce sera un tournant majeur pour la société, dont la capitalisation boursière est d’environ 150 millions de dollars canadiens. Avec une telle capacité d’acquisition, l’impact sur l’entreprise pourrait être considérable.
Les sociétés de redevances comme Evolve Royalties jouent un rôle particulier. Elles ne possèdent pas directement les mines, mais financent les projets en échange d’un pourcentage sur la production future. C’est une manière de participer au marché des métaux sans assumer les risques opérationnels liés à l’exploitation minière. Pour les investisseurs, cette formule est attrayante : elle offre des revenus réguliers, une diversification et une moindre dépendance aux coûts d’exploitation.
Avec ses 11 actifs, dont deux déjà producteurs, Evolve demeure une petite société, mais elle dispose d’une stratégie claire : utiliser ses flux de trésorerie pour financer de nouvelles acquisitions. Si elle obtient une ligne de crédit de 25 à 50 millions de dollars américains, comme prévu, elle pourra acquérir de nouvelles redevances et accélérer sa croissance. Pour une entreprise dont la capitalisation atteint 150 millions de dollars canadiens, il s’agit d’une étape décisive. Cela pourrait la transformer en un acteur plus important du secteur des métaux de base.
Pour les investisseurs, le cuivre représente donc une opportunité intéressante. La demande est solide, l’offre est limitée et les sociétés spécialisées comme Evolve offrent une manière indirecte, mais efficace, de profiter de cette tendance. Adrian Day rappelle que, même si l’or reste une valeur refuge, il est important de s’intéresser également à d’autres métaux stratégiques. Le cuivre, avec son rôle central dans l’économie moderne, pourrait bien rester une vedette pendant encore plusieurs années.
R.T
