La cryptomonnaie, en tant que technologie fondée sur la blockchain, ne constitue pas en elle-même une escroquerie, puisqu’elle a été conçue pour permettre des échanges numériques sécurisés, transparents et décentralisés, sans intermédiaire bancaire. Toutefois, son univers est devenu un terrain particulièrement propice aux pratiques frauduleuses, en raison de la complexité technique du système, de la nouveauté du secteur, du manque de régulation dans de nombreux pays et de l’attrait puissant exercé par la promesse de gains rapides.
Par Salim Nait Ouguelmim
Cette situation a favorisé l’apparition de multiples formes d’arnaques, notamment les faux investissements promettant des rendements garantis et irréalistes, parfois de l’ordre de 10 à 20 % par jour, alors qu’aucun placement sérieux ne peut offrir de tels profits sans risque. Ces dispositifs reposent souvent sur le principe de la pyramide de Ponzi, dans laquelle l’argent des nouveaux investisseurs sert à rémunérer les anciens, jusqu’à l’effondrement inévitable du système. À cela s’ajoutent les faux projets de cryptomonnaies, où des escrocs créent des jetons sans valeur réelle, organisent une vaste campagne de promotion sur les réseaux sociaux afin d’attirer un grand nombre d’acheteurs, puis disparaissent brusquement avec les fonds collectés, laissant les victimes sans recours. D’autres pratiques fréquentes concernent le phishing et l’usurpation d’identité, prenant la forme de faux sites, de messages ou de courriels imitant des plateformes légitimes, dans le but de voler les mots de passe et les clés privées des utilisateurs, ce qui permet ensuite aux fraudeurs de vider leurs portefeuilles numériques. Les arnaques reposant sur de faux influenceurs sont également très répandues, ces derniers se faisant passer pour des célébrités ou des experts afin de promettre de multiplier toute somme envoyée, alors qu’en réalité l’argent est définitivement perdu. Le succès de ces escroqueries s’explique par la méconnaissance du public face à des mécanismes technologiques complexes, par la peur de rater une opportunité présentée comme exceptionnelle, par le rêve d’enrichissement rapide entretenu par des récits spectaculaires, et par l’anonymat relatif des transactions, qui rend la traque des responsables plus difficile. Ainsi, la cryptomonnaie, sans être intrinsèquement dangereuse, demeure un univers hautement spéculatif et instable, marqué par une forte volatilité des cours et par un risque élevé de pertes soudaines. L’absence de cadre juridique solide dans de nombreux pays laisse souvent les investisseurs sans réelle protection. Il devient donc indispensable d’adopter une attitude prudente, fondée sur la méfiance face aux promesses de gains garantis, la vérification rigoureuse de la crédibilité des plateformes et des projets, la protection stricte de ses données personnelles et de ses clés privées, ainsi que le refus d’investir des sommes que l’on ne peut pas se permettre de perdre. Le développement d’une solide culture financière et numérique reste enfin la meilleure arme pour distinguer les véritables innovations technologiques des mirages spéculatifs et des pièges tendus par les fraudeurs.
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