Avec des moyens logistiques, humains et financiers limités, et une équipe restreinte de seulement cinq personnes, la start-up AVEE est parvenue à mettre en œuvre l’art de la projection lumineuse afin de valoriser le patrimoine algérien dans un format innovant, associant création artistique, héritage culturel et modernité.
Par Ikram Haou
Le choix du musée du Bardo s’est concrétisé par l’organisation du Festival international algérien de la projection lumineuse, transformant ses espaces et ses murs en véritables œuvres d’art. Ces projections ont offert une présentation moderne, précise et immersive du patrimoine algérien, notamment du patrimoine touareg saharien.
Zoheir Harichane, directeur général du Musée national du Bardo, a expliqué que la start-up avait proposé son idée à l’institution, laquelle l’avait acceptée, car elle s’inscrivait pleinement dans la mission culturelle du musée visant à promouvoir le patrimoine algérien à travers des moyens contemporains. C’est dans cette optique que le musée s’est engagé comme partenaire de ce festival, a-t-il précisé.
Une première en Algérie
Il a ajouté que cette initiative constitue une première en Algérie dans le domaine culturel, exprimant l’espoir que de tels événements se multiplient et se développent afin de renforcer la promotion du patrimoine national. Il a également appelé l’ensemble des ministères concernés, notamment le ministère de la Culture et des Arts et celui de l’Économie de la connaissance et des Start-ups, à œuvrer pour faire de ce rendez-vous un festival international annuel itinérant, à travers tout le territoire national, en particulier dans des sites emblématiques tels que Timgad et Djemila.
Par ailleurs, le directeur a indiqué que ces projections lumineuses poursuivent également un objectif commercial, visant à dynamiser les édifices historiques et à leur insuffler une nouvelle vitalité. Ce procédé, appliqué à divers sites du patrimoine culturel, contribue à les rendre plus attractifs, à capter l’intérêt des visiteurs et à les inciter à approfondir leurs connaissances. Une pratique déjà largement répandue dans de nombreux pays.

Il a souligné que ce festival avait attiré un public très nombreux et varié, composé de femmes et d’hommes de tous âges, des plus jeunes aux plus âgés, y compris des nourrissons accompagnés de leurs parents. Dans le même esprit, il s’est félicité de cette forte affluence, qui a permis aux familles de se retrouver dans une atmosphère conviviale durant les soirées du mois de Ramadhan, offrant ainsi aux visiteurs l’opportunité de découvrir le musée et cette technologie innovante, tout en profitant d’un moment de divertissement.
Le directeur a également exprimé son entière disponibilité à accueillir toute initiative susceptible de contribuer à la valorisation du patrimoine historique et culturel, en particulier celles liées à la numérisation. Il a rappelé que le ministère insiste sur la nécessité de suivre le rythme des évolutions technologiques dans les musées, citant à ce propos les formations menées par le musée du Bardo en collaboration avec des institutions muséales étrangères et nationales, afin de développer la numérisation du patrimoine culturel.
Il a par ailleurs annoncé la préparation d’une exposition consacrée à la broderie durant le Ramadhan, intitulée « Travail d’aiguille » ou « Sanet Lebra », visant à mettre en lumière ce riche héritage et à sensibiliser les visiteurs à l’importance de telles initiatives pour renforcer le rôle des musées dans la préservation du patrimoine algérien.
Selon M. Rachid Gahlouz, chef du service de publication, de documentation et des archives du musée du Bardo, l’organisation de ce festival avait pour objectif de promouvoir le patrimoine algérien à travers l’un des plus anciens musées du pays, tout en rompant avec les présentations muséales traditionnelles jugées trop rigides, grâce à l’intégration de technologies modernes, contribuant également à la mise en valeur de l’architecture algérienne.
Lors de la soirée de jeudi, le nombre de visiteurs a dépassé les 3 000 personnes munies de billets, en plus d’autres visiteurs, tels que les enfants et les invités, notamment le Canada, pays invité d’honneur, a-t-il ajouté. Il a précisé que le prix d’entrée est fixé à 200 DA, hors enfants, et qu’en plus de la projection artistique, ce billet donne accès à la salle d’exposition du musée, équipée de livres numériques destinés à faciliter la consultation et à susciter l’intérêt du public.
La startup AVEE n’existe que depuis… 6 mois
Sami Lamouti, expert en effets spéciaux et fondateur de l’entreprise, a indiqué que la start-up AVEE, créée depuis six mois, est spécialisée dans les nouvelles technologies de l’image et des médias, notamment les effets spéciaux, le gaming et le développement vidéo. Reposant sur quatre piliers — effets spéciaux, jeux vidéo, événementiel et formation — l’entreprise a choisi d’entamer ses activités par le volet événementiel afin d’assurer sa visibilité. Le choix du musée du Bardo s’est imposé après l’exclusion d’autres sites jugés techniquement inadaptés, notamment en raison de contraintes liées à l’éclairage. Ce lieu correspondait également à leur volonté d’orienter le public vers les espaces culturels. Le thème retenu cette année, « Patrimoine et technologie », s’est accompagné d’un tarif symbolique de 200 DA, hors enfants.
Il a également exprimé sa grande satisfaction face à l’affluence enregistrée, particulièrement lors des dernières soirées, soulignant l’émerveillement visible dans les yeux des visiteurs de tous âges. Les organisateurs ont reçu de nombreux témoignages de gratitude pour la qualité des projections. Selon lui, ce festival a démontré la capacité de la start-up à réaliser des projets ambitieux en un temps réduit et avec un budget très limité. Il a par ailleurs annoncé la tenue d’un prochain festival à Timimoun en novembre, ainsi qu’une autre édition prévue l’année suivante au Japon.
En conclusion, Sami Lamouti a adressé ses remerciements à l’ensemble des ministères concernés pour leur accompagnement et leur soutien, ainsi qu’aux partenaires et sponsors pour la confiance accordée à cette jeune entreprise.
De son côté, la cheffe de projet, Ouidade Bendifallah, a indiqué qu’en parallèle aux projections nocturnes, des master classes et des ateliers, sur inscription, ont été organisés en journée à l’École nationale des beaux-arts, en partenariat avec le musée d’art moderne. Ces formations, organisées sur trois jours, du 24 au 26 du mois en cours, portaient sur divers domaines artistiques, notamment les œuvres immersives, les installations immersives, les fresques murales et la calligraphie intelligente.
Elle a expliqué que le vidéo mapping est une technique de projection appliquée aux murs, aux espaces et aux objets, en deux ou trois dimensions, permettant d’adapter les images aux formes et aux volumes projetés. Les supports ne devant pas nécessairement être plats, cette technologie exige une parfaite adéquation entre la création visuelle et la structure de l’objet.
Elle a ajouté que l’idée et la conception du projet ont vu le jour en novembre dernier, avec une intensification des efforts au cours du dernier mois, soit quinze jours avant le lancement officiel. Elle a également souligné l’ouverture de ce projet aux artistes locaux, leur offrant l’opportunité de présenter leurs créations.
Enfin, elle a remercié chaleureusement les visiteurs pour leur présence massive et leur soutien.
Il convient de rappeler que ce festival a été inauguré le 21 février et a accueilli le public du 22 au 28 février sous le patronage du ministère de la Culture et des Arts, du ministère des Start-ups et de l’Économie de la connaissance, ainsi que du ministère des Postes et des Télécommunications, avec le soutien de plusieurs sponsors, dont Ramy, Cotex et El Cha. Le festival s’achève aujourd’hui samedi sur des résultats jugés très satisfaisants, ayant atteint le double de la fréquentation initialement prévue, comme l’a souligné Sami.
I.H