Financer la mort ou sauver des vies/Les « civilisés » et les nantis ont choisi

Le directeur général de l’Organisation mondiale de la santé, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a récemment tiré la sonnette d’alarme. L’OMS fait face à un déficit de 660 millions de dollars, une somme qui compromet directement sa capacité à lutter contre les grandes maladies, à financer les campagnes de vaccination et à soutenir les systèmes de santé fragiles. Le budget total de l’organisation pour la période 2026-2027 a été réduit à 4,2 milliards de dollars, ce qui peut sembler important, mais reste insignifiant comparé aux budgets militaires des grandes puissances.

Par Rihab Taleb

Cette situation pose un paradoxe : il est très difficile de réunir quelques centaines de millions pour sauver des vies, mais, lorsqu’il s’agit de financer des armées et des équipements militaires, les milliards coulent à flot sans la moindre hésitation.
Depuis 2022, la guerre contre la Russie a entraîné une hausse historique des budgets militaires européens. En 2024, les États membres de l’Union européenne ont dépensé environ 326 à 343 milliards d’euros, soit une augmentation de plus de 30 % par rapport à 2021. En 2025, les projections annoncent une dépense de près de 381 milliards d’euros, ce qui représente une hausse de plus de 60 % par rapport à 2020. Ces montants équivalent à près de 2 % du PIB cumulé de l’Union, un effort militaire sans précédent depuis la fin de la guerre froide.
Ces chiffres montrent que l’Union européenne consacre chaque année des centaines de milliards à la défense, alors que l’OMS peine à réunir quelques centaines de millions pour financer ses programmes vitaux. L’opposition est frappante : les sommes dépensées par l’Union européenne pour la guerre contre la Russie représentent près de 80 fois le budget biennal de l’OMS.
En 2024, le budget militaire global des États-Unis a dépassé les 850 milliards de dollars, soit plus de 40 % des dépenses militaires mondiales. Une part de ce budget est directement liée aux opérations et au soutien militaire contre la Russie, incluant l’aide aux alliés européens et le déploiement de forces supplémentaires. Ce que l’OMS peine à obtenir pour sauver des millions de vies représente moins de 0,1 % du budget militaire américain.
Selon les estimations de l’UNICEF et de l’OMS, il faudrait environ 1,5 milliard de dollars sur cinq ans pour couvrir les besoins essentiels en vaccination et en lutte contre les maladies infectieuses en République démocratique du Congo. Ce montant permettrait de protéger des millions d’enfants contre la rougeole, la polio ou encore le paludisme. Pourtant, cette somme est inférieure au prix de certains équipements militaires achetés chaque année par les grandes puissances.
Un seul contrat militaire pourrait financer la vaccination de tout un pays. Autrement dit, les vies de millions d’enfants sont suspendues à des financements qui représentent à peine une fraction des dépenses militaires mondiales.
Lorsqu’on observe le coût des avions de chasse modernes, le contraste devient encore plus saisissant : un F-35 Lightning II américain coûte entre 110 et 143 millions de dollars selon la version. Le britannique Eurofighter Typhoon avoisine les 160 millions de dollars. Former un pilote de chasse revient à 5 à 10 millions de dollars, et chaque heure de vol d’un F-35 coûte environ 45 000 dollars.
Ces chiffres montrent qu’un seul appareil militaire équivaut au financement de campagnes de vaccination nationales ou à la construction de dizaines d’hôpitaux dans des pays en crise. Le déficit actuel de l’OMS (660 millions) correspond à peine au prix de six avions F-35. Quant au budget biennal de l’organisation (4,2 milliards), il équivaut à 28 avions Eurofighter Typhoon.
Les dépenses militaires mondiales dépassent aujourd’hui les 2 000 milliards de dollars par an. Les États-Unis consacrent à eux seuls plus de 850 milliards de dollars annuels à la défense, soit plus de 200 fois le déficit actuel de l’OMS. L’Union européenne, de son côté, a augmenté ses dépenses militaires pour atteindre plus de 240 milliards d’euros par an.
Ces sommes pourraient éradiquer la faim et les grandes maladies. Pour donner un ordre de grandeur, selon le Programme alimentaire mondial, il faudrait environ 40 milliards de dollars par an pour mettre fin à la faim dans le monde. Ce montant représente moins de 5 % du budget militaire américain.
La santé mondiale doit mendier des financements, tandis que les armées reçoivent des budgets illimités ; quelques milliards suffiraient pour éradiquer des maladies, vacciner des populations entières et réduire la faim. Pourtant, ces sommes sont englouties chaque année dans des équipements militaires dont l’utilité est souvent discutable.
L’appel de l’OMS n’est pas seulement un cri d’alarme financier, il révèle un monde où les priorités sont inversées : la guerre bénéficie de ressources illimitées, tandis que la santé doit se contenter de miettes. Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Il est plus facile de financer la mort que de sauver des vies.

                                                                                                                                                                                                        R.T

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