Wikipédia, l’une des dix plateformes les plus visitées au monde, refuse de céder aux intelligences artificielles pour la rédaction de ses articles. Son cofondateur Jimmy Wales insiste sur la nécessité de préserver la fiabilité des contenus, tout en négociant avec les géants de la tech pour une “juste part” d’utilisation de ses serveurs.
Par Yakout Abina
L’encyclopédie en ligne Wikipédia ne permettra pas à l’intelligence artificielle de modifier directement ses articles. Son cofondateur, Jimmy Wales, a affirmé lundi dernier qu’il ne faisait pas assez confiance à cette technologie. « On ne laissera pas l’IA éditer nos articles car on ne peut pas vraiment lui faire assez confiance », a-t-il déclaré en marge d’un événement organisé par Octopus Energy. Cette prise de position intervient alors que les usages de l’IA générative se multiplient dans le secteur de l’information et suscitent des débats sur la fiabilité des contenus.
« S’il est difficile de prévoir à quoi ressemblera l’intelligence artificielle dans 25 ans, le problème des hallucinations reste aujourd’hui extrêmement grave », a reconnu Jimmy Wales. Pour l’encyclopédie en ligne, qui ambitionne de rassembler les savoirs du monde grâce aux contributions bénévoles, la fiabilité demeure une priorité absolue. L’IA ne sera donc pas autorisée à éditer directement les contenus. En revanche, la plateforme envisage de recourir à des agents IA pour surveiller certains sujets peu médiatisés. M. Wales cite l’exemple du décès d’un professeur de biologie âgé de 97 ans, passé inaperçu dans les médias, mais qui pourrait être signalé par un outil d’IA afin d’être intégré aux pages concernées.
Même si Wikipédia refuse de confier sa rédaction à l’IA, les robots conversationnels, eux, se nourrissent massivement de ses données pour répondre aux questions de leurs utilisateurs. Par conséquent, le site a fini par perdre environ 8 % de ses visiteurs humains. Cette baisse est toutefois compensée par une forte hausse des visites automatiques, générées par les robots d’IA. Classé parmi les dix sites les plus consultés au monde, Wikipédia voit cette diminution de fréquentation comme « significative, mais pas désastreuse », précise Wales, qui siège au conseil d’administration de la fondation Wikimédia. Le modèle économique du site repose en effet sur les dons, et non sur le volume de trafic.
Wikipédia a également conclu des accords avec plusieurs géants de la technologie. Bien que ses contenus restent accessibles gratuitement, la plateforme demande désormais aux entreprises d’intelligence artificielle, qui l’assaillent de millions de requêtes, de payer une juste part afin de contribuer à la couverture des coûts liés à l’utilisation de ses serveurs. Le cofondateur de Wikipédia ne précise pas le montant de ces accords, mais affirme être « plutôt satisfait des progrès » réalisés : « Nous avons obtenu de bons résultats avec de nombreux grands acteurs et nous commençons à bloquer ceux qui ne respectent pas les règles. »
Y.A