Des cheveux noirs longs, inspirés des origines ancestrales de son père, symbolisant la parure de la femme algérienne ; des bouches en forme de cœur, car selon elle, « le cœur s’exprime par la bouche » ; des visages dépourvus d’yeux ; des couleurs vives et lumineuses : voilà quelques-unes des caractéristiques qui définissent l’univers artistique de Samia Cheloufi.
Par Ikram Haou
Son parcours est marqué par une transition radicale, presque improbable, d’un domaine scientifique à un domaine commercial, puis à l’art. De la médecine à la peinture, elle a su tracer un chemin unique.
L’artiste algérienne, Samia Cheloufi, a présenté son œuvre intitulée « Qoum tara » (Lève-toi et vois) du 1er au 14 février à la Galerie Guessoum, d’ El Mouradia. Elle y a exposé entre 30 et 40 tableaux, mettant en avant la femme algérienne, la nature et le patrimoine culturel de son pays. Son style se distingue par l’utilisation de couleurs claires et harmonieuses. Samia Cheloufi explique : « Ce sont des couleurs improbables que nous avons réussi à équilibrer. Cela montre que, malgré nos différences, nous pouvons créer quelque chose d’harmonieux, à condition de le vouloir. » En observant ses œuvres, on remarque une prédilection pour la couleur rose, présente dans presque toutes ses toiles. Elle ajoute : « Pourquoi ces thèmes ? Parce que j’aime les traditions et l’histoire de notre pays. J’aime peindre ce que je voudrais voir et ce qui se fait rare de nos jours. »
Les visiteurs de l’exposition ont souligné que l’artiste ressemble à ses œuvres, dégageant une vivacité et une flexibilité qui inspirent l’optimisme. Son style artistique s’inscrit dans un cadre naïf et figuratif. Dès l’âge de 5 ans, Samia Cheloufi a commencé à dessiner grâce à un ami de la famille, artiste-peintre et tapissier, qui lui a fait découvrir les pastels. Par la suite, elle a exploré seule les techniques de l’aquarelle et de l’acrylique. Elle confie ne jamais avoir pratiqué la peinture à l’huile, faute de patience. En 2017, l’artiste Youcef Rachid (qu’elle évoque avec respect en disant « Allah yarhamou ») a découvert ses dessins et l’a encouragée à exposer son travail au public. « Il m’a vraiment poussée à montrer mes créations au monde entier », raconte-t-elle.
Le titre de l’exposition, « Qoum tara », reflète une philosophie de vie. « Aujourd’hui, nous sommes pris par le temps, par les problèmes, et les gens ne sont plus aussi unis qu’avant. J’ai alors pensé qu’il fallait s’arrêter et dire : “Lève-toi et vois”. Il faut observer les choses simples qui nous entourent », explique-t-elle. Cette prise de conscience, elle la doit en partie à son fils malade, qui lui a appris à redécouvrir la beauté de la simplicité.
Parmi les œuvres exposées, on retrouve des pièces telles que « Aars Errih », « Djenane Lalla Samia », « Trio oriental », « Ode aux fleurs », « Bnet khalti Bahia », « Bab Lehna », « Medina 8 », « The Pink Medina », « Koum tara », « Ya M’rayti », « Merci papa, merci maman » et « La demeure du Sultan ». Ces toiles, véritables poésies muettes, invitent à un voyage onirique à travers plusieurs stations. Mme Cheloufi expose pour la deuxième fois à Alger, après plusieurs expositions à l’étranger. Ses œuvres agissent comme un miroir, reflétant les ondes positives qu’elle dégage et offrant aux visiteurs un moment d’apaisement et de félicité.
Pour Samia Cheloufi, le dessin est une thérapie, tant pour elle que pour son fils. « Avant, nous dessinions ensemble, mais cela n’est plus possible actuellement en raison de son état de santé. Qu’Allah le guérisse », confie-t-elle. Elle rappelle également son parcours académique : après avoir étudié la médecine pendant trois ans, elle a dû abandonner en raison de complications. Elle s’est ensuite tournée vers le commerce international, maîtrisant quatre langues, avant de se consacrer pleinement à l’art. « Évidemment, je regrette un peu d’avoir quitté la médecine, car c’était ma passion, au même titre que le dessin », avoue-t-elle.
Enfin, l’artiste a tenu à remercier tous les visiteurs qui ont honoré son exposition de leur présence, ainsi que la Galerie Guessoum et son équipe pour leur professionnalisme. « Cette rencontre était emplie d’amour et de beaux sentiments », a-t-elle conclu, soulignant l’importance de l’art comme vecteur de connexion et de partage.
I.H
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