La description par Al-Bakri du Royaume du Ghana et de son souverain n’ont vraiment rien à voir avec la sauvagerie si souvent ressassée par les auteurs européens.
Par Nasser Mouzaoui
El-Bakri décrit aussi le roi et sa cour :
« Le roi se pare, comme les femmes, avec des colliers et des bracelets, porte pour coiffure plusieurs bonnets dorés, entourés d’étoffes de coton très fin. »
La description par Al-Bakri du Royaume du Ghana et de son souverain n’ont vraiment rien à voir avec la sauvagerie si souvent ressassée par les auteurs européens. Al-Bakri décrit aussi une séance où ce souverain entend son peuple. « Quand il donne audience au peuple, afin d’écouter ses griefs et y remédier, il s’assied dans un pavillon autour duquel sont ragés six chevaux caparaçonnés d’or ; derrière lui se tiennent dix pages pourtant des boucliers et des épées montées en or ; à sa droite sont les fils des princes de son empire, vêtus d’habits magnifiques et ayant les cheveux tressés d’or.
« Le gouverneur de la ville est assis par terre devant le roi, et tout autour se tiennent les vizirs dans la même position. La porte du pavillon est gardée par des chiens d’une race excellente qui ne quittent presque jamais le lieu où se tient le roi ; ils portent des colliers d’or et d’argent garnis de grelots. La séance est ouverte par le bruit d’un tambour, nommé déba, formé d’un long morceau de bois creusé. Lorsque les coreligionnaires du roi paraissent devant lui, ils se mettent à genoux et se jettent de la poussière sur la tête pour le saluer. »
On est encore très loin de ces monstres décrits par Pline et Hérodote. Et très loin de ces créatures auxquelles Hegel ne peut pas s’identifier, ainsi qu’il l’écrivait dans La raison dans l’histoire.
Malheureusement, l’or brille et se voit de loin. Et le plus dangereux c’est qu’il suscite des convoitises. Ce qui devait arriver arriva.
Les Européens à partir du XVe siècle eurent vent des richesses du Ghana et entreprirent d’en prendre possession. Cette partie de l’Afrique reçut alors, tour à tour, la visite des Portugais, des Hollandais, des Danois et des Anglais. Ces incursions, on s’en doute n’avaient rien d’amicale.
Les sauvages ne sont finalement pas ceux que l’on croyait. Des massacres eurent lieu.
Entre les XVe et XVIIIe siècles, les Européens ont construit sur les côtes du Ghana quelque quatre-vingts forts et châteaux, dont seul un quart est encore très bien conservé. En 1482, les Portugais fondent le fort Saint-Georges-de-la-Mine qui s’appelle aujourd’hui Elmina, afin de protéger les mines d’or qu’ils se sont mis à exploiter pour leur propre compte bien sûr. Comme si les Africains n’existaient pas. Petit à petit, ces châteaux subissent des modifications pour devenir des lieux où l’on retient les captifs en voie d’embarquement vers le Nouveau Monde. Ces captifs étaient les africains que l’on avait réduits à l’esclavage et qu’on vendait à des négriers, marchands d’esclaves. Parce que pour les « civilisés » qu’étaient les Européens, tout était susceptible d’être vendu, y compris les créatures vivantes qu’ils savaient pourtant moins barbares qu’ils ne cessaient de le prétendre. La destruction de leurs cités et de leur cultures n’avaient qu’un but : faire sombrer dans l’oubli ces civilisations, ces intelligences qui compromettaient leurs plans et leur hégémonie.
Un autre voyageurs et historien a fait connaître la vérité au sujet de l’Afrique noire : il s’agit de Hassan Al-Wazzan qui deviendra par la suite, Léon l’Africain.
Hassan El Wazzan n’avait que trois ans, en 1492, lorsque sa famille fut obligée de quitter Grenade et l’Andalousie pour fuir l’inquisition et le Reconquista de Ferdinand et
Isabelle.
Hassan El Wazzan se retrouve alors à Fès, au Maroc, où il suit des études très poussées. Devenu adolescent, il se met à voyager et à découvrir de nombreuses contrées. Il se rendit à Tombouctou, en Egypte et en Turquie. De retour d’un pèlerinage à la Mecque , il est capturé par des pirates siciliens. Ceux-ci, ayant découvert qu’il était intelligent et instruit, l’emmenèrent à Rome et l’offrirent à Léon X, le pape de l’époque. Le souverain pontife est impressionné par les connaissances du jeune Andalou et il le libère après l’avoir baptisé et lui avoir donné ses propres noms pour devenir, pour l’Histoire et la postérité, Jean Léon de Médicis, dit Léon l’Africain. Il enseigne l’arabe à Rome et dans de nombreuses universités italiennes et rédige, en italien, son œuvre monumentale Description de l’Afrique qui sera pendant quatre cents ans la référence pour tous ceux qui voulaient connaître le continent africain.
Contrairement à Pline et Hérodote, Léon l’Africain n’écrivait pas ce qu’on lui rapportait mais ce qu’il voyait. Et il décrivait, surtout, les pays qu’il avait visités, tout comme Ibn Battouta. Ces deux musulmans avaient appris aux Européens que la géographie ne s’écrivait pas dans les palais mais sur les routes. Mais ils ignoraient, peut-être, que la géographie, pour les Occidentaux, servait d’abord des projets de conquêtes, de pillages et d’enrichissement criminel.
Il y a cependant une certitude que nul ne peut contester : les bases de la connaissance objective du continent africain ont été posées par les Musulmans du Maghreb.(*)
N.M ( à suivre…)
