
La guerre au Moyen-Orient provoque une onde de choc inattendue, l’hélium, gaz discret mais
essentiel, se raréfie. Cette pénurie pourrait bientôt paralyser la production de puces électroniques,
coeur de l’intelligence artificielle et moteur de l’économie numérique mondial
Par Rihab Taleb
L’hélium est souvent vu comme un gaz léger utilisé pour gonfler les ballons de fête. Mais, ses usages
industriels sont cruciaux. Inodore, incolore et plus léger que l’air, il est le liquide le plus froid connu
lorsqu’il est pressurisé. Il refroidit les aimants supraconducteurs des IRM, participe à la recherche
scientifique et aux missions spatiales. Mais surtout, il est indispensable à la fabrication des semi-
conducteurs.
Dans les usines de TSMC,(Taiwan Semi conductor Manufacturing Company) Samsung ou SK Hynix,
l’hélium intervient à plusieurs étapes, il refroidit les plaquettes de silicium pendant la gravure des
circuits, puis sert à éliminer les résidus toxiques après le nettoyage chimique. Sans lui, la production
de puces utilisées dans les iPhone, les serveurs Nvidia ou les systèmes d’IA serait compromise.
L’hélium est principalement produit aux États-Unis et au Qatar, comme sous-produit du traitement
du gaz naturel. Mais depuis le début e la crise u moyen orient, une attaque du 19 mars contre un
complexe de liquéfaction qatari, un tiers de l’approvisionnement mondial est hors service. Les
installations endommagées pourraient mettre des années à être réparées.
La conséquence estimmédiate, environ 200 conteneurs cryogéniques, nécessaires au transport de
l’hélium liquide, sont bloqués dans le golfe Persique. Le détroit d’Ormuz, le passage stratégique, est
complétement fermé aux navires depuis le début des frappes israélo-américaines du 28 février.
Les fabricants de puces disposent de réserves, mais elles ne dureront que quelques mois. L’hélium
doit être transporté dans des conteneurs-citernes cryogéniques, maintenu à des températures
proches du zéro absolu. Pour éviter qu’il ne se réchauffe pas et devienne instable, les usines ne
peuvent stocker qu’un mois et demi d’approvisionnement. « Au-delà, ça commence à chauffer »,
explique Richard Brook, ancien cadre d’Air Liquide. Les expéditions parties avant le début du conflit
sont encore en mer, mais elles ne suffiront pas à compenser la rupture.
Les sociétés gazières et les fabricants de puces s’activent pour trouver des alternatives, Air Liquide,
qui fournit la majorité des industriels a inauguré le 25 mars une nouvelle usine à Taichung, Taïwan,
près d’un terminal de gaz naturel liquéfié. Le but est diversifier les sources et évaluer les stocks des
clients. Mais remplacer le Qatar n’est pas aussi facile. Seuls certains pays, comme les États-Unis,
disposent de capacités suffisantes, et le transport reste un défi logistique majeur.
Selon Fitch Ratings, deux tiers des importations d’hélium de la Corée du Sud provenaient du Qatar en
2025. Le pays dépend fortement du Moyen-Orient pour plus d’une douzaine de matières premières
liées aux semi-conducteurs. Ses entreprises, déjà sous pression pour fournir des puces mémoire
essentielles à l’IA, pourraient être les premières à souffrir. Les prix des puces ont déjà commencé à
grimper.
Lors des précédentes pénuries, les fabricants de semi-conducteurs ont surenchéri pour sécuriser
leurs livraisons, reléguant au second plan d’autres secteurs comme la santé ou la recherche
scientifique. « L’industrie paiera ce qu’il faudra », prédit Richard Brook. Le coût d’un arrêt de
production étant colossal, les géants des puces sont prêts à investir des sommes considérables pour
garantir leur approvisionnement. Phil Kornbluth, consultant spécialisé, résume la situation par une
image : « Un tsunami s’en vient, mais il est encore à mille milles au large. Pour l’instant, il fait encore
beau soleil sur la plage. »
La pénurie d’hélium, provoquée par la guerre au Moyen-Orient, n’a pas encore frappé de plein fouet
l’industrie des semi-conducteurs. Mais si la crise perdure, elle pourrait devenir un choc majeur pour
l’intelligence artificielle, les technologies médicales et l’économie mondiale.
R.T
