Samir Derradji, directeur général de la promotion des exportations, a, lors de son passage dans l’émission « L’invité du jour », diffusée par la chaîne III de la radio algérienne, passé au crible les différentes questions liées à la promotion du produit national et aux multiples mesures prises par le ministère du Commerce extérieur, destinées aux exportations et aux importations.
Par Malika Azeb
Évoquant la question liée à la promotion du produit national et de sa disponibilité en quantité et en qualité, M. Samir Derradji a indiqué que le produit local répond aujourd’hui aux normes internationales et à la demande du marché national, citant le cas du mobilier, qui est très demandé sur le marché international, à l’instar d’autres produits tels que le plastique, le textile et l’électroménager.
Pour ce qui est de l’électroménager, l’intervenant a affirmé qu’aujourd’hui le marché local satisfait la demande des différents opérateurs et institutions hôtelières ou autres. Toutefois, il a déploré le fait que certains opérateurs hôteliers optent pour des produits d’importation alors que le produit local est fiable et beaucoup moins cher.
Évoquant la série de mesures liées aux exportations, prises par le ministère du Commerce extérieur et de la promotion des exportations à partir du 1er juillet, ce responsable a décrypté ces dispositifs visant à lutter contre les pratiques frauduleuses. Ces mesures, destinées à l’assainissement de l’environnement économique algérien, s’inscrivent dans le cadre des orientations du gouvernement visant à lutter contre la fraude et à mieux assurer la traçabilité des flux commerciaux, a souligné M. Derradji.
Il a indiqué que « plusieurs enquêtes administratives et contrôles de terrain ont permis de mettre en évidence des pratiques de contournement de la réglementation ayant pour conséquence de fragiliser les mécanismes de contrôle, de favoriser la fuite de devises et de perturber le fonctionnement normal du marché ». Ajoutant que « l’administration est là justement pour colmater toute brèche dans la réglementation ou tout contournement de la réglementation ».
Le dispositif concernera en premier lieu les exportations de produits frais et périssables, a souligné ce responsable, en expliquant que la réglementation accordait à ces produits un régime particulier en raison de leur nature, qui demande un acheminement rapide vers les marchés étrangers. Les exportateurs pouvaient procéder à l’expédition de leur produit avant même d’entamer certaines formalités liées à la domiciliation bancaire ; toutefois, ce dispositif présente plusieurs insuffisances, a affirmé Samir Derradji.
Il a également signalé que « le produit périssable permettait aux opérateurs d’exporter et de domicilier après cela ; on leur donne quinze jours pour venir déclarer et domicilier le produit. Malheureusement, beaucoup d’entre eux ne reviennent plus ». Cette situation a rendu difficile le suivi des opérations et le contrôle du rapatriement des recettes d’exportation.
Afin de mettre fin à ces dysfonctionnements, le ministère du Commerce extérieur exige désormais des exportateurs de produits périssables de présenter la facture domiciliée de l’opération précédente avant d’être autorisés à effectuer une nouvelle expédition. « À partir du 1er juillet, tout exportateur de produits périssables est tenu de présenter, avant la deuxième expédition, la facture domiciliée de la précédente opération », a expliqué M. Derradji, ajoutant que cette mesure constitue un gage de traçabilité des produits exportés et un moyen d’assurer le respect des obligations financières liées aux exportations.
Autre mesure liée aux exportations : concerne les opérations dont la valeur est inférieure à 100 000 dinars et qui sont exemptées de domiciliation bancaire. Samir Derradji a déclaré que certains grands opérateurs exploitent cette facilité pour contourner les mécanismes de contrôle, en procédant au fractionnement des transactions en de multiples opérations de faible montant afin d’échapper aux obligations de domiciliation bancaire et aux contrôles associés. Pour remédier à cette faille constatée dans les exportations, les opérateurs doivent, à partir du 1er juillet, se conformer à la nouvelle règle imposée par le ministère du Commerce extérieur, qui consiste à obtenir une autorisation préalable du ministère.
Cette nouvelle règle permettra aux services compétents de disposer d’une visibilité complète sur les différentes opérations réalisées et d’éviter les détournements de la réglementation, a souligné ce responsable. « L’objectif, c’est d’avoir un droit de regard sur les opérations d’exportation et d’empêcher ainsi toute forme de fuite de capitaux, et de garantir également le rapatriement effectif des recettes générées par ces exportations », a précisé M. Derradji.
Détaillant l’autre dispositif mis en place par le ministère du Commerce extérieur et qui concerne les opérateurs non producteurs ou les intermédiaires, qui exportent les produits dont le prix est inférieur au prix local, l’intervenant a assuré que cette pratique est une forme de fuite des devises, affirmant que désormais le ministère exige une validation préalable du prix par le producteur avant toute opération d’exportation réalisée par l’intermédiaire. L’objectif est de mettre un terme à toute forme de fraude fiscale.
« L’exportateur doit obligatoirement avoir l’autorisation du producteur, une autorisation qui valide le prix réel du produit », a précisé Samir Derradji, en expliquant que cette obligation concernera l’ensemble des produits exportés, qu’ils soient agricoles, agroalimentaires ou industriels. « La responsabilité du producteur est également engagée avant toute transaction avec l’exportateur, à travers la validation du prix du produit destiné à l’exportation », a ajouté ce responsable.
Concernant l’autre mesure portant cette fois sur les opérations d’importation destinées à la revente en l’état des produits, M. Derradji a affirmé que « les autorités souhaitent désormais disposer d’une meilleure visibilité sur les circuits de distribution des marchandises importées afin de lutter contre les pratiques spéculatives et les déséquilibres observés sur le marché national ». Dans ce cadre, Samir Derradji a indiqué qu’il est désormais exigé des importateurs de présenter l’itinéraire des marchandises importées, le stockage, les circuits de distribution et les destinations.
Ce dispositif, élaboré en coordination avec le ministère du Commerce intérieur et de la Régulation du marché national, a pour objectif d’assurer une meilleure répartition des produits sur l’ensemble du territoire et de limiter les phénomènes de pénurie artificielle provoqués par certains opérateurs. « Certaines perturbations enregistrées sur le marché sont liées à des comportements spéculatifs consistant à retarder volontairement la mise en circulation de produits importés ou à les stocker dans l’attente d’une hausse des prix. Il y a des opérateurs qui les stockent tout simplement et attendent que les prix augmentent pour avoir un monopole sur le marché, notamment en ce qui concerne les pièces de rechange automobiles », a souligné le directeur général de la promotion des exportations.
L’ensemble de ces dispositions sont destinées à la modernisation dans ce domaine et à une meilleure transparence dans la gouvernance économique, a souligné M. Derradji.
M.A
