La plateforme chinoise, déjà sanctionnée pour ses pratiques en matière de données personnelles, a investi un milliard d’euros dans un nouveau centre de données en Finlande, afin de convaincre qu’elle peut respecter la souveraineté numérique européenne et assurer sa pérennité sur un marché stratégique.
Par Yakout Abina
Après avoir frôlé une interdiction aux États-Unis, TikTok veut montrer patte blanche en Europe. L’entreprise, qui compte plus de 200 millions d’utilisateurs européens, va construire un deuxième centre de données en Finlande pour un coût d’un milliard d’euros. Avec ce projet, TikTok promet désormais de stocker les données des Européens en Europe, sous des contrôles plus stricts.
Le futur site, implanté à Lahti, au sud du pays, doit entrer en service en 2027. Il disposera d’une capacité initiale de 50 mégawatts, extensible jusqu’à 128 MW. L’initiative s’inscrit dans le programme européen de souveraineté des données, doté de 12 milliards d’euros, qui vise à renforcer la protection des informations des utilisateurs.
L’annonce survient quelques mois après la cession forcée de la filiale américaine du réseau social. En Europe, l’entreprise fait désormais face à une vague de procédures judiciaires et à une pression croissante des régulateurs. Les critiques portent principalement sur son impact présumé sur la santé mentale des jeunes utilisateurs, un sujet qui alimente le débat public et suscite l’inquiétude des associations de protection de l’enfance.
Pour rassurer, l’entreprise promet de stocker les données des utilisateurs européens directement en Europe, notamment en Irlande et en Norvège. Elle a également lancé le « projet Clover », un plan sur dix ans destiné à garantir que les données personnelles restent sur le continent. Aux États-Unis, un projet similaire, le « plan Texas », n’a pas suffi à éviter la cession forcée de ses activités locales.
En 2022, sa maison mère Byte Dance avait reconnu que les données des internautes européens et américains pouvaient être consultées par des employés basés en Chine, ravivant les craintes d’ingérence de Pékin. Depuis, plusieurs enquêtes ont été ouvertes, notamment par la Commission européenne dans le cadre du Digital Services Act (DSA), avec à la clé la menace de lourdes sanctions financières. En France et en Irlande, les procédures se sont déjà traduites par des condamnations, TikTok ayant écopé d’une amende de 530 millions d’euros pour transfert de données personnelles vers la Chine sans garanties jugées suffisantes.
Les démêlés judiciaires de la plateforme chinoise s’étendent jusqu’à l’Hexagone. En septembre 2023, une plainte avait été déposée après le suicide d’une adolescente, mettant en cause l’influence des contenus diffusés sur TikTok. Quelques mois plus tard, en novembre 2024, un recours collectif a été engagé. En novembre 2025, le parquet de Paris a franchi une nouvelle étape en ouvrant une enquête sur l’algorithme du réseau social. Celui-ci serait susceptible de pousser les utilisateurs les plus vulnérables « vers le suicide », selon les accusations. Cette procédure illustre la montée des inquiétudes autour du rôle des algorithmes dans la propagation de contenus jugés dangereux et place TikTok face à une pression judiciaire et politique accrue en Europe.
De son côté, le pays nordique attire de plus en plus de projets liés au stockage numérique. TikTok y avait déjà lancé un premier centre de données à Kouvola, censé entrer en service d’ici la fin de l’année. Mais cette implantation n’a pas été sans controverse. À l’époque, Wille Rydman, alors ministre finlandais de l’Économie, avait demandé au partenaire local de TikTok de revoir l’accord, pointant des inquiétudes en matière de sécurité et un manque de transparence autour du projet.
Y.A
