Dans les manuels scolaires du Bénin, pays de l’Ouest africain, la ville de Blida est citée abondamment. La ville des roses est considérée en effet dans l’ex-Dahomey ni plus ni moins qu’une ville historique du… Bénin! Cela paraît insolite à première vue et pourtant rien n’est plus vrai. Cette célébrité, Blida la doit à un concours de circonstances qui ont voulu que l’un des derniers rois du Bénin plus précisément du royaume d’Abomey, y passe une partie de sa vie d’exilé. Il s’agit du roi Béhanzin.
Le roi Béhanzin est né en 1844 et accède au trône d’Abomey en 1889. Un trône bien fragile lorsqu’on sait que quatre ans plus tôt à Berlin, les Européens avaient décidé de se partager les pays du continent africain. Le royaume ” cousin ” de Porto Nuovo était déjà sous protectorat français. Le colonisateur voulait faire subir le même sort à Abomey mais il se heurta à la résistance farouche de Béhanzin appuyé par un corps d’armée à la combativité exceptionnelle et qui était composé uniquement de femmes ! Ce sont les fameuses Amazones dont avait parle l’historien africain, Ibrahima Baba Kaké dans son livre Combats pour l’Histoire. Les combats durèrent quatre ans, de 1890 à 1894. Les troupes françaises étaient conduites par le général Alfred Dodds. Après sa défaite, le roi Béhanzin a été d’abord déporté en Martinique, puis pour des raisons inconnues, emmené en Algérie, et plus précisément à… Blida. Etant tombé malade, il fut hospitalisé à Alger où il finit par mourir en 1906. La dépouille de ce souverain ne se trouve plus en Algérie, car une coutume béninoise exige qu’aucun prince ou roi ne soit jamais enterré hors de son pays. En cas de décès, le corps est incinéré et ses cendres rapatriées. Après bien des négociations avec les autorités coloniales, les Béninois parvinrent à emmener au pays les cendres de leur monarque. La déportation de ce roi africain sur le sol algérien a été enjolivée par la tradition populaire qui en a produit un récit truffé d’événements invraisemblables.
En 1990, nous avons rencontré à Alger un groupe d’étudiants béninois qui nous ont raconté l’histoire suivante: “Les batailles que le roi Béhanzin avait livrées aux troupes du général Dodds étaient meurtrières. Trop meurtrières même, surtout pour l’armée d’Abomey. Le roi Béhanzin n’a pas été vaincu, il a décidé de lui-même d’arrêter les hostilités en se constituant prisonnier. Les colonisateurs l’emmenèrent alors à bord d’un bateau en direction de l’Algérie. Alors qu’ils étaient tout près d’arriver à destination, Béhanzin se rendit compte qu’il avait oublié de prendre sa pipe avec lui. Il demanda alors aux responsables du navire de retourner dans sa patrie pour récupérer ce qu’il avait oublié. Les colonisateurs lui signifièrent fermement qu’étant tout proches des côtes algériennes, il leur était impossible de rebrousser chemin. Le roi usa alors de la menace : “Si nous ne retournons pas à Abomey, je fais couler le bateau! ” Comme ils lui avaient ri au nez, il croisa ses bras et aussitôt une brèche s’ouvrit dans la coque du bateau, et l’eau se mit à y entrer abondamment. Nul ne sut jamais ce qui avait troué le navire. “Il faut que nous retournions au pays… ” reprit le roi. Le commandant s’écria: ” Comment, grand Dieu, voulez vous que nous retournions à Abomey alors que le bateau est en train de couler ? ” Le roi sourit: ” Si nous retournons à Abomey, le bateau ne coulera pas ! ” Comme il n’avait plus rien à perdre et que le bateau de toutes les manières finirait sous l’eau, le commandant du navire ordonna de mettre le cap sur le Dahomey. Et aussitôt, la brèche se referma! Le roi Béhanzin récupéra sa pipe, dont on dit qu’elle était très longue, et le bateau reprit à nouveau le voyage qui devait se terminer en Algérie. Le souverain d’Abomey fut incarcéré sur une colline de Blida, loin, de tout contact avec le monde extérieur et privé de toute nourriture. Quelques mois plus tard, les autorités coloniales lui rendirent visite. Et alors qu’ils s’attendaient à trouver un cadavre ou un être squelettique, ils furent tout surpris de trouver un homme bien portant; il aurait même pris du poids! Quand il eut vu la surprise de ses geôliers, le roi Béhanzin éclata de rire et leur dit: ” Vous m’avez arrêté, mais vous ne m’avez pas vaincu! Je suis votre prisonnier, mais vous ne parviendrez pas à me tuer! Et si je devais mourir, c’est moi qui provoquerai ma mort “. Ce disant, il enleva de sa bouche le bec de sa longue pipe, la soupesa et la cassa en deux. Et aussitôt, son cœur cessa de battre. Telle fut la fin du roi Béhanzin qui se donna la mort pour ôter aux colonialistes le plaisir de le tuer! “. Les étudiants béninois qui nous ont fait part de ce récit, ont tenu à signaler, que des recherches récentes ont permis d’établir que le roi Béhanzin n’est pas enterré à Blida, comme l’affirme avec force cette histoire romancée, mais à Alger. Par la suite, ses restes ont été rapatriés au Bénin.
N.N-S
