Industrie minière / Le Ghana privilégie les sociétés locales pour l’exploitation de ses ressources

Le Ghana, premier producteur d’or du continent africain, est actuellement en train de mettre en place une stratégie minière intéressante qui pourrait transformer durablement son industrie et inspirer d’autres pays africains. L’objectif principal est de promouvoir le contenu local, c’est-à-dire de donner la priorité aux entreprises nationales dans l’exploitation des ressources naturelles, pour créer des champions capables de rivaliser avec les
multinationales et de gérer directement les mines. Cette politique vise à renforcer la souveraineté économique du pays et à s’assurer que les richesses de son sous-sol profitent davantage à l’économie ghanéenne et à ses citoyens.

 

 

Par Rihab Taleb

Le Ghana, premier producteur d’or du continent africain, est actuellement en train de mettre en place une stratégie minière intéressante qui pourrait transformer durablement son industrie et inspirer d’autres pays africains. L’objectif principal est de promouvoir le contenu local, c’est-à-dire de donner la priorité aux entreprises nationales dans l’exploitation des ressources naturelles, pour créer des champions capables de rivaliser avec les multinationales et de gérer directement les mines. Cette politique vise à renforcer la souveraineté économique du pays et à s’assurer que les richesses de son sous-sol profitent davantage à l’économie ghanéenne et à ses citoyens.

Par Rihab Taleb

La Minerals Commission, régulateur du secteur minier, a récemment adressé des mises en demeure à trois grandes compagnies internationales, Newmont, AngloGold Ashanti et Zijin Mining. Ces sociétés sont désormais tenues de confier leurs opérations minières à des contractants locaux avant décembre 2026. Cette obligation vient s’ajouter à une réglementation instaurée en janvier 2025, qui impose aux compagnies de recourir exclusivement à des entreprises 100 % ghanéennes pour l’exploitation à ciel ouvert, et à des entités détenues à au moins 50 % par des nationaux pour les opérations souterraines. La quasi-totalité des grands exploitants actifs dans le pays s’est déjà conformée à cette règle. Newmont, cependant, a demandé un report de sa mise en conformité à 2027, mais le régulateur a rejeté cette demande, déclarant que d’autres sociétés cotées en bourse, comme Gold Fields, avaient déjà respecté l’exigence. Les autorités ont averti que les contrevenants s’exposent d’abord à de lourdes amendes, puis, en cas de persistance, à la fermeture de leurs mines.

Cette stratégie commence déjà à produire des résultats visibles : un exemple emblématique est celui d’Engineers and Planners Ltd (E&P), société dirigée par Ibrahim Mahama, frère de l’ancien président John Mahama. Ancien sous-traitant sur la mine de Damang, E&P a remporté l’appel d’offres pour reprendre entièrement l’exploitation du site, après près de trente ans de gestion par Gold Fields. Le comité d’évaluation a justifié ce choix par la connaissance approfondie qu’a E&P des opérations, de l’infrastructure et de la géologie du site, ainsi que par sa capacité à mobiliser un financement d’au moins 500 millions de dollars pour poursuivre les activités. L’entreprise propose même un plan visant à prolonger la durée de vie de la mine de dix ans supplémentaires. Ce succès est perçu comme un exemple concret de la stratégie ghanéenne : grâce à l’expérience accumulée en tant que sous-traitant, une société locale est désormais en mesure de reprendre la gestion complète d’un actif industriel majeur.

Cette transformation ne se fait pas sans tensions. Le syndicat des mineurs du Ghana, qui représente environ 14 000 travailleurs, a annoncé une résistance coordonnée à l’injonction de la Minerals Commission, pouvant aller jusqu’à des grèves et des manifestations. Son président, Abdul Moomin Gbana, souligne que les sociétés locales versent des salaires inférieurs d’environ 50 % à ceux pratiqués par les multinationales, offrent une sécurité d’emploi moindre et présentent des défaillances dans le versement des cotisations sociales. Ces critiques soulignent un défi flagrant : si la stratégie du contenu local favorise l’émergence de champions nationaux, elle doit aussi garantir de meilleures conditions de travail et une compétitivité durable. La Minerals Commission reconnaît ces problèmes. Son directeur général, Isaac Tandoh, a annoncé des mesures pour encadrer les prix et renforcer la surveillance des contractants, afin d’éviter les abus et d’assurer une meilleure protection des travailleurs.

Pour les experts, la réussite de cette politique dépendra de la capacité des entreprises locales à respecter les standards internationaux de performance, de rentabilité et d’efficacité. Ahamadou Mohamed Maïga, le directeur exécutif du cabinet Extractive & Energy Investment Council, rappelle que les compagnies minières ont des objectifs stricts en matière de productivité et de résultats financiers. Les injonctions réglementaires devront donc s’accompagner d’un renforcement effectif des capacités techniques des contractants locaux et d’un accès à des financements adaptés aux spécificités des projets miniers. Sans ces conditions, les sociétés ghanéennes risquent de ne pas être en mesure de rivaliser avec les multinationales sur le long terme.

En dehors des aspects économiques, cette stratégie a une dimension politique et sociale : c’est une preuve que le Ghana veut reprendre le contrôle de ses ressources naturelles et s’assurer que leur exploitation profite directement à ses citoyens. Elle ouvre également la voie à une nouvelle génération d’entrepreneurs locaux, capables de mobiliser des capitaux importants et de gérer des projets industriels complexes. Mais elle met aussi en lumière les défis liés à la gouvernance, à la transparence et à la protection des travailleurs, qui devront être relevés pour que cette politique soit durable.

Le Ghana a lancé une stratégie qui pourrait inspirer d’autres pays africains producteurs de minerais, tels que la République démocratique du Congo, le Mali ou la Tanzanie, qui réfléchissent eux aussi à renforcer le contenu local dans leurs industries extractives. En donnant la priorité aux acteurs nationaux, le Ghana espère construire une industrie minière plus indépendante, plus résiliente et plus bénéfique pour son économie. Le cas de la mine de Damang, désormais entre les mains d’E&P, servira de test grandeur nature pour mesurer la viabilité de cette stratégie. Si l’expérience est concluante, elle pourrait ouvrir la voie à une nouvelle ère où les ressources africaines seront exploitées par des entreprises africaines, au profit direct des populations et des économies locales. Mais pour que cela soit gagné, il faudra conjuguer efficacité, compétitivité et respect des droits des travailleurs. Le Ghana a lancé le mouvement, et le monde observe attentivement pour voir si ses champions nationaux sauront transformer l’essai et devenir les nouveaux visages de l’exploitation minière africaine.

                                                                    R.T

admin

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

ENTRE NOUS

Quotidien national d’information

Edité par EURL Rocher du Faucon

Directeur de Publication: Nasser MOUZAOUI

Adresse: Maison de la presse, 1, rue Bachir Attar, Place du 1er Mai, Alger-Algérie.

E.MAIL: entrenousdz2020@gmail.com