Métaux rares africains/ Piliers stratégiques du futur technologique

 

Grâce à un sous-sol d’une richesse exceptionnelle, l’Afrique s’impose comme une puissance minière de premier plan sur la scène internationale. Si ses gisements d’or, de cobalt et de terres rares sont bien connus, le continent recèle également des métaux plus discrets, mais tout aussi stratégiques et rares.

 

 

Par Rihab Taleb

Selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), l’Afrique abriterait près de 30 % des réserves mondiales de minéraux dits « critiques », parmi lesquels le graphite, le cobalt et les terres rares. Mais au-delà de ces ressources, elle produit également des métaux peu répandus sur le plan géologique ou concentrés dans certaines régions, ce qui leur confère une valeur stratégique élevée.

Trois de ces métaux rares illustrent le potentiel du continent africain :

Le premier est la pollucite, un minéral cristallin riche en césium. Utilisé notamment dans les horloges atomiques, les fluides de forage pétrolier et certaines technologies explosives, ce minerai atteint actuellement un prix avoisinant 2 850 dollars l’once sur la Bourse des métaux de Shanghai. Le Zimbabwe a récemment rejoint les rangs des producteurs mondiaux grâce à la société chinoise Sinomine Bikita Minerals, qui a inauguré en juillet 2025 la première usine commerciale de pollucite d’Afrique, implantée dans la province de Masvingo. Dotée d’une capacité de production de 150 à 300 tonnes par mois, cette usine représente un investissement de 35 millions de dollars. Les réserves mondiales de pollucite, selon l’USGS, étaient inférieures à 200 000 tonnes en 2023, réparties entre l’Australie, le Canada, la Chine et la Namibie. Le gisement zimbabwéen est situé dans le district de Bikita, connu pour ses pegmatites riches en lithium et autres métaux rares.

Le second métal est le ruthénium, considéré comme le sixième métal le plus rare au monde. Ce métal gris argenté, appartenant au groupe des platinoïdes (PGM), est apprécié pour sa dureté et sa conductivité. Il est principalement utilisé dans l’électronique, le stockage d’énergie, les catalyseurs chimiques et les technologies liées à l’intelligence artificielle. L’Afrique du Sud, le Zimbabwe et la Russie figurent parmi les principaux producteurs. Selon le raffineur Johnson Matthey, son prix est monté jusqu’à environ 800 dollars l’once, proche de son record historique de 870 dollars atteint il y a 18 ans, tiré par une demande croissante dans les secteurs de l’IA, des semi-conducteurs et de l’hydrogène. Sa production mondiale ne dépasse pas 40 tonnes par an, ce qui renforce sa rareté.

Le troisième métal stratégique est le germanium. Bien qu’il soit souvent extrait comme sous-produit des PGM ou du zinc, il joue un rôle essentiel dans les technologies de pointe : télécommunications, optique infrarouge et défense. Si l’Afrique du Sud est un acteur historique dans ce domaine, la République démocratique du Congo (RDC) attire désormais l’attention. En 2024, la RDC a exporté pour la première fois du germanium depuis l’usine hydrométallurgique STL à Lubumbashi, marquant ainsi une étape importante dans l’essor minier du pays. D’après le groupe Umicore, le prix du germanium tourne autour de 820 dollars l’once. Toutefois, cette rareté suscite un paradoxe : elle offre un avantage aux pays producteurs, mais limite également la diffusion industrielle du métal. Comme pour le césium, dont l’utilisation tend à diminuer faute de disponibilité, le germanium pourrait voir son importance remise en cause si des substituts viables venaient à émerger.

Ainsi, au-delà des ressources les plus médiatisées, l’Afrique recèle un potentiel minier méconnu, mais décisif dans la course mondiale aux technologies de demain.

R.T

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