« Celui qui détient ta farine, détient ta dignité »
Proverbe africain
Le Premier ministre, M. Aymène Bendabderahmane, lors de son allocution à l’ouverture du Forum de l’export, le 20 octobre dernier, a déclaré que l’année 2023 serait « celle du renforcement de la sécurité alimentaire et sanitaire du pays ».
Par Nacer Mouzaoui
Une déclaration qui a toute son importance parce que survenant après une pandémie qui a bloqué la planète pendant deux ans et après le déclenchement du conflit russo-ukrainien qui a fragilisé plusieurs nations réputées fortes et que l’ont croyait à l’abri des volte-face susceptibles de caractériser les relations commerciales.
La guerre en Ukraine a provoqué une grande crise énergétique qui fait planer le spectre de la récession dans de nombreux pays industrialisés. Mais il est une autre crise dont les grands médias parlent peu : la crise alimentaire.
En effet, de très grosses quantités de blé, de maïs et d’orge sont bloquées en Russie, en Ukraine et en Biélorussie. Le résultat de cette situation ne s’est pas fait attendre: les prix de ces matières essentielles pour la survie humaine et animale ont grimpé de 30%. Et même si on dispose des ressources financières nécessaires pour importer les quantités dont on a besoin, on risque de ne pas trouver de vendeur. En effet, le 14 mai dernier, l’Inde , 2e producteur mondial de blé, a interdit à ses opérateurs économiques d’en exporter en raison des fortes chaleurs qui ont affecté une partie de sa production et de ce fait les autorités du pays avaient peur de se retrouver avec un problème de sécurité alimentaire nationale sur les bras. D’autant plus que la Canada avait des soucis similaires avec sa production céréalière.
Ce genre de situation donne à réfléchir et on se surprend à rêver d’autosuffisance alimentaire et de projets ambitieux à même de rendre possible une vie en autarcie.
Mais pour que cette aspiration se concrétise, il faut redonner au travail de la terre la valeur et l’importance qu’il mérite. Cela n’est pas le cas actuellement quand on apprend que sur les 43,98 millions d’hectares de surface agricole que compte notre pays, 8,59 millions seulement sont utilisés.
Comment peut-on expliquer ce phénomène ? Le travail de la terre est-il si pénible que ça ? Une longue campagne de sensibilisation est certainement nécessaire pour inciter les jeunes à se tourner vers le travail agricole.
Par ailleurs, il faudrait aussi empêcher que les terres agricoles existantes soient détournées pour d’autres usages. Cela se fait allégrement depuis des décennies dans l’impunité la plus totale alors que dans la Constitution de notre pays, il est stipulé clairement que l’Etat protégeait les terres agricoles, sans toutefois dire comment. C’est sans doute pour cette raison que le 30 janvier 2022, un responsable du ministère de l’agriculture a annoncé un projet de loi pour protéger les terres agricoles contre les prédateurs. Et comme pour signifier que ces derniers sont toujours actifs, il a annoncé la récupération de plus de 750 000 hectares de terres agricoles.
Apparemment, en attendant de recenser et de dresser une cartographie des terres agricoles du pays, il faut lancer une autre campagne de sensibilisation et qui consisterait à expliquer aux gens que le béton ne se mange pas et que nous serions la risée du monde si nous habitions tous dans des palaces mais que pour ne pas mourir de faim nous dépendions du travail et du blé d’autrui. De toutes les manières nous avons touché le fond en matière de ridicule. N’est-il pas ridicule en effet qu’un pays de plus de 2.300 000 Km² importe du blé de la Lituanie, pays de 65.300Km² ? Et comme pour mieux nous ridiculiser, ce pays nous a fourgué en décembre 2020, 30.000 tonnes de blé impropre à la consommation. Et quelques mois plus tard, en juin 2021, ce sont des carcasses d’animaux qu’on a trouvées dans des cargaisons de blé en provenance de France.
La désinvolture et le mépris avec lesquels nos commandes de blé sont satisfaites nous incitent à nous poser des questions légitimes quant à la nature des produits qui nous ont été vendus depuis des décades. Sont-ce des produits naturels ou des OGM ? Et on n’ose même pas se poser de questions au sujet du maïs destiné au bétail et dont 80% de la production de par le monde est OGM.
La crise sanitaire de Coronavirus, nous a également révélé le véritable visage des laboratoires pharmaceutiques occidentaux. La nature des contrats qu’ils ont fait signer à des Etats, pour leur vendre au prix fort des vaccins qui n’ont même pas subi les tests nécessaires, nous ont révélé leurs préoccupations premières : la santé de leurs finances passe avant celle de l’Humanité.
Et, de ce fait, continuer à accorder notre confiance aux importations en matière de nourriture et de médicaments ne ferait que croître notre ridicule…
Et contrairement à ceux qui affirment que le ridicule ne tue pas, il y a lieu de rétorquer qu’ en matière de nourriture et de médicaments, il s’agit d’une forme de ridicule qui peut s’avérer mortelle.
N.M
