Pour l’Histoire/Il y a un  siècle naissait l’Étoile nord-africaine

Dans le cadre du forum de la mémoire, l’association Machaâl Echahid et le quotidien El Moudjahid ont organisé une conférence pour célébrer le centenaire de la création de l’Étoile nord-africaine.

Par Ikram Haou

Au cours de cette réunion historique, le rôle et les contributions des militants algériens de l’Étoile nord-africaine dans le déclenchement de la révolution de libération du 1er novembre 1954 ont été examinés.

Il convient de rappeler que cette occasion a également été mise à profit pour rendre hommage à l’Émir Khaled, président d’honneur de l’ENA.

Des moudjahidines, des hommes de théâtre et des responsables ont assisté à cette conférence, à laquelle sont intervenus : le PDG du journal El Moudjahid, Brahim Takheroubt, M. Amar Belkhodja, ancien président du Conseil national, et M. Saïdi Meziane, professeur d’enseignement supérieur à l’École nationale supérieure des enseignants.

En ouverture, le directeur a remercié l’ensemble des personnes présentes, évoqué brièvement l’importance de débattre des contributions de l’Émir Khaled et de l’Étoile nord-africaine durant l’occupation française, avant de donner la parole aux intervenants.

Amar Belkhodja a évoqué l’Émir Khaled en le replaçant dans ses origines historiques. Il a rappelé qu’il était le fils d’El-Hachemi, lui-même fils de l’Émir Abdelkader, père du mouvement national, homme avisé qui avait fondé l’État malgré un contexte hostile. Il a ajouté que l’Émir Khaled, petit-fils de l’Émir Abdelkader, fut parmi les premiers à contribuer à l’essor du mouvement national. Il a décrit ses qualités humaines exceptionnelles, notamment son attachement à la culture et à l’identité algériennes authentiques, manifeste dans le port de son costume traditionnel. Partout où il se rendait, il allait à la rencontre des gens, échangeait avec eux et les saluait ; il exerçait une influence considérable et était très apprécié. M. Belkhodja a également souligné que l’Émir Khaled fut parmi les premiers à utiliser les médias et la presse pour défendre la cause algérienne, dans une période marquée par de grandes difficultés et des pressions visant à saper le mouvement national. Malgré ces obstacles, il contribua par ses paroles et sa sagesse. M. Belkhodja a raconté comment l’Émir Khaled avait approché Messali Hadj : un jour, ce dernier avait assisté à l’un de ses discours politiques et, reconnaissant en lui un sens politique profondément ancré dans l’identité nationale, avait décidé de l’associer à ses activités. Il a également souligné que si le premier ennemi de l’Émir Khaled était la France, qui exerçait des pressions pour empêcher la publication de son journal, il avait aussi des adversaires au sein même du pays, lesquels, selon M. Belkhodja, relayaient les idées de l’occupant français. Il a cité parmi eux Omar Zerrouk, Mohieddine et Mohamed Soualah, qui s’en prenaient à l’Émir Khaled, notamment par écrit. Ce dernier leur répondait qu’il ne défendait pas l’Algérie en portant des chapeaux de soleil, mais en arborant l’authentique burnous algérien.

De la prise de conscience à la construction de l’État-nation

Le professeur Saïdi Meziane, historien et chercheur, a quant à lui consacré son intervention au projet de l’Étoile nord-africaine, sous le titre « Lecture du programme de l’Étoile nord-africaine : de la prise de conscience à la construction de l’État-nation algérien indépendant ». Il a d’emblée souligné que l’importance de l’émergence de l’Étoile nord-africaine résidait dans sa concomitance avec l’achèvement du colonialisme français en Algérie. À l’approche du centenaire de l’occupation, la minorité européenne avait le sentiment de s’être installée durablement dans les colonies, à l’instar de l’expérience romaine en Afrique du Nord. Il a cité l’historien anglo-saxon David Gordon, qui qualifiait la naissance de l’Étoile nord-africaine d’« événement le plus dangereux pour l’avenir de la France en Algérie dans les années 1920 ». Évoquant la fondation de l’Étoile d’Afrique du Nord, le professeur a indiqué que, selon de nombreux historiens, l’idée était née de l’Émir Khaled Ibn al-Hachimi. Le parti s’est ensuite développé en un groupe indépendant, distinct du Parti communiste français, au sein de la communauté immigrée. À cette époque, l’Émir Khaled a mené une intense activité politique, s’appuyant sur le soutien populaire à ses idées et sur l’aspiration de ses membres à contester l’administration française et à obtenir des droits et libertés égaux à ceux des Français. La déclaration fondatrice affirmait qu’il s’agissait d’« une association visant à aider les musulmans d’Afrique du Nord à vivre en France et à unir ses efforts à ceux de toutes les classes laborieuses et des peuples opprimés ». Cette déclaration était comparable à l’annonce de la création d’un syndicat regroupant les travailleurs immigrés nord-africains. Parmi ses dirigeants figuraient des Algériens : Hadj Ali Abdelkader, Amar Aïmache, Messali Hadj, Mohamed Djefal, Djilani Mohamed Saïd, Chebila Djilali, Banoun Akli, Ben Omar Ben Amziane, Maarouf Mohamed Ouali et Boualtoui, comme l’a mentionné le professeur.

L’Étoile d’Afrique du Nord s’est ouverte à la participation politique moins d’un an après sa création, lors du Congrès des peuples coloniaux de Bruxelles en 1927. Ce tournant, selon le professeur, a favorisé l’essor des idées nationalistes parmi les ouvriers algériens. Il a ensuite abordé certaines difficultés internes, notamment le départ des membres marocains et tunisiens, ainsi que les tensions entre la faction de gauche dirigée par Hadj Ali Abdelkader, soutenue par le Parti communiste français et le Komintern, et la faction rivale menée par Ahmed Messali Hadj et ses partisans. Ces derniers cherchaient à affranchir le parti du double contrôle communiste, un objectif qu’ils ont progressivement atteint avec l’accession de Messali Hadj à sa direction.

Evénement politique mondial

Les revendications du parti lors de la conférence de Bruxelles, tenue du 10 au 15 février 1927, furent considérées comme l’événement politique mondial le plus important de l’année et révélèrent l’existence de tendances nationalistes radicales en son sein. Les principales revendications de l’Étoile étaient l’indépendance et la restauration de l’État algérien. Après la dissolution du parti par les autorités françaises en 1929, ses dirigeants lancèrent en 1930 un journal intitulé Al-Umma (La Nation). Il convient de noter que l’Étoile avait auparavant publié le journal Al-Iqdam al-Barsi (L’Initiative parisienne), s’inscrivant ainsi dans la continuité de l’Émir Khaled. Ce journal était mensuel et publié en deux langues. Après trois années de clandestinité (1930-1933), Messali Hadj convoqua les membres du parti à une conférence le 28 mai 1933. La politique de l’Étoile y fut définie, sa structure réorganisée et son nouveau programme élaboré, dont les piliers essentiels étaient la conscience identitaire, la citoyenneté algérienne comme principe fondamental, la lutte politique et la volonté de bâtir un État national algérien indépendant. L’un des principaux résultats de cette conférence fut l’élection d’un nouveau comité central composé de 30 membres. Amar Aïmache devint secrétaire général du parti et rédacteur en chef d’Al-Umma, tandis que Belkacem Radjef prit en charge les finances. Le comité exécutif comprenait Moussaoui Rabah, Kahal Arzki et Benoun Akli. Messali Hadj conserva la présidence du parti et la direction politique d’Al-Umma. Malgré les nombreuses difficultés rencontrées, le journal défendit ouvertement les idéaux d’indépendance depuis la conférence de Bruxelles. Les revendications du mouvement étaient résolument séparatistes : la plus importante était l’indépendance totale de l’Algérie, assortie de revendications économiques et sociales, toutes subordonnées à cette condition fondamentale. Le professeur a développé plusieurs points concernant l’Étoile d’Afrique du Nord avant de clore sa présentation par des exemples historiques documentés de l’exploitation économique perpétrée par le colonialisme français en Algérie.

I.H

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