Autosuffisance alimentaire Comment booster la production fruitière

L’Algérie s’oriente résolument vers l’accroissement de sa production agricole nationale. Pour atteindre cet objectif, elle mise sur l’intégration de technologies modernes et de stratégies bien étudiées, qui ont déjà montré leur efficacité en améliorant la productivité et la qualité des produits, conformément aux standards internationaux.

Parmi les filières qui ont le plus bénéficié de ces avancées figurent les arbres fruitiers. Afin d’en savoir davantage sur les technologies adoptées dans ce domaine, nous avons rencontré M. Noureddine Zeroual, ingénieur agronome, diplômé de l’École nationale supérieure d’agriculture et expert reconnu en arboriculture fruitière.

Par Ikram Haou

Dès le début de notre discussion,  M. Zeroual a insisté sur la nécessité d’adopter ces innovations, particulièrement dans le secteur fruitier, en raison de leur efficacité face aux défis climatiques et aux pressions du marché. Selon lui, « il ne s’agit plus seulement de produire, mais de produire vite, en quantité et en qualité, avec des coûts réduits et des rendements optimisés ».

Les techniques les plus utilisées en Algérie

  1. Plantation intensive

Cette méthode consiste à maximiser l’espace en plantant un grand nombre d’arbres par hectare, pouvant atteindre 3 000 pour certaines espèces, contre environ 1 000 dans les cultures traditionnelles. Ce système permet une mise en production précoce, dès la deuxième ou la troisième année, tout en facilitant la taille, la pulvérisation et la récolte. Il s’adapte parfaitement aux systèmes modernes d’irrigation et de fertilisation.

  1. Culture in vitro

La reproduction végétale en laboratoire permet d’obtenir des plants hybrides de haute qualité. Les porte-greffes in vitro présentent une croissance rapide, homogène et une résistance accrue aux maladies, à la salinité et au calcaire. Contrairement aux greffes in vivo (réalisées en milieu naturel par semis ou bouturage), cette méthode garantit une pureté génétique à 100 % et réduit les risques de ralentissement de la croissance.

  1. Irrigation et fertilisation goutte à goutte

Ce système, essentiel dans un contexte marqué par des sécheresses récurrentes, contribue à une gestion rationnelle de l’eau. Il permet d’apporter une irrigation précise et adaptée aux besoins des arbres. Couplée à la fertigation (ajout d’engrais dans l’eau d’irrigation), cette technique assure une nutrition optimale, réduit les coûts de main-d’œuvre et améliore la qualité des fruits.

  1. Évaluation des besoins des arbres

Des capteurs sensibles installés près des plantations mesurent l’humidité, le pH et la température. Cette évaluation se fait en deux étapes : avant la plantation (analyses du sol, de l’eau et du climat) et après, avec un suivi régulier. Si le sol est incompatible avec la culture prévue, il peut être réhabilité par des apports organiques, du soufre agricole ou d’autres amendements.

  1. Fertilisation chimique raisonnée

Le choix des engrais dépend de l’âge physiologique de l’arbre, du type de sol et des besoins spécifiques identifiés. Seuls les spécialistes établissent un programme précis, ajusté à chaque inspection. L’ingénieur a mis en garde contre l’usage excessif ou non encadré d’engrais, qui pourrait nuire à la production et à la consommation.

Portée et contraintes de ces innovations

Selon M. Zeroual, la quasi-totalité des agriculteurs algériens a désormais pris conscience de l’importance de ces technologies modernes, largement répandues dans les exploitations. Elles ont permis des rendements élevés, notamment dans les zones désertiques, où l’on cultive aujourd’hui avec succès agrumes et autres fruits.

Cependant, des difficultés subsistent, notamment pour les nouveaux investisseurs. L’obtention de permis de forage reste un obstacle majeur, tout comme la saturation du marché national, en particulier pour les agrumes, ce qui freine de nouvelles plantations. Une réorganisation du marché est jugée nécessaire pour alléger cette pression.

Conditions pour investir avec succès

Pour réussir un projet d’arboriculture fruitière moderne, il est indispensable de disposer de terres adaptées et de garantir la disponibilité d’eau, confirmée par des analyses topographiques. Le financement joue également un rôle clé : la Banque de l’agriculture et du développement rural soutient les investisseurs à travers des prêts avantageux, tels que le prêt Challenge.

Un appel aux investisseurs

En conclusion, M. Noureddine Zeroual a encouragé les investisseurs à se lancer dans ce secteur prometteur, rendu plus performant grâce aux technologies modernes. « Ces outils permettent d’atteindre une production rapide, abondante et régulière. Nous sommes là pour accompagner les agriculteurs dans cette démarche », a-t-il affirmé.

I.H

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