L’accès au site a été gratuit de sa création au 30 avril 2007. De 2000 à 2004, cet accès était également libre et anonyme, ne livrant donc pas d’informations sur les internautes qui se connectaient.
Par Katia Zakharia
À partir du 16 mai 2004, et jusqu’à la création récente de l’abonnement payant, l’utilisateur devait prendre au préalable une inscription gratuite. Cette inscription lui permettait d’utiliser tous les services de la bibliothèque et d’intervenir dans les forums de discussion créés au même moment. Les forums étaient, et demeurent, de deux sortes : ceux portant sur des thèmes généraux ; et ceux concernant spécifiquement chacun des ouvrages mis en ligne, pour en débattre, donner son avis ou poser des questions sur son contenu.
À la même époque, apparut sur la page d’accueil un tableau présentant par ordre décroissant le nombre de connexions pour les trente ouvrages les plus consultés. Ce tableau mit en évidence, de manière inattendue, qu’au milieu des nombreux canons de la littérature savante mis en ligne, auxquels tout lecteur de textes arabes est supposé s’intéresser en priorité, l’ouvrage le plus consulté par les internautes était – et demeure – les Mille et une nuits ! D’ailleurs, un internaute précise sur le forum que le seul reproche qu’il ait à faire à ce recueil est qu’il soit le premier des ouvrages consultés, autrement dit qu’il suscite plus d’intérêt que la littérature savante comme on peut le voir ci-dessous :
Rappelons que ces chiffres, qui montrent une nette avance des Nuits pour le nombre de consultations, quoique parlants, sont seulement indicatifs. En effet, il n’est pas possible de savoir s’ils sont le fait d’un nombre réduit de lecteurs particulièrement assidus de l’ouvrage ou d’un nombre très élevé de lecteurs différents. Toutefois, la même question se pose pour les autres ouvrages classés et ces chiffres n’en montrent pas moins un intérêt spectaculaire pour notre corpus de contes. Au demeurant, si l’on exclut les grands dictionnaires de la liste, le premier ouvrage appartenant au corpus très officiel des ummahât (littéralement : [les œuvres] mères, ou canons) figure seulement en sixième position.
Les réflexions qui suivent, et constituent la dernière partie de cette contribution, portent sur une période de trois ans, entre la mise en place de l’inscription gratuite sur www.alwaraq.net et la mise en place de l’abonnement payant. L’inscription obligatoire et les archives offrent à l’observateur des informations sur les internautes ayant participé au forum sur les Mille et une nuits. Grâce à la gratuité de la consultation, la variable financière, quoiqu’elle entre en ligne de compte pour ce qui est de l’accès à l’outil informatique, n’y entre pas pour la consultation de notre site aux dates retenues. Bien qu’elles ne constituent pas, au sens strict, des données statistiques, les informations réunies ci-dessous permettent d’avoir une meilleure perception du public requis par l’ouvrage sur le site.
Le forum consacré aux Nuits compte, à son tour, le plus grand nombre d’interventions et de commentaires parmi les forums du site. Pour la période que nous étudions, on relève 244 contributions au sujet de notre ouvrage contre 193 pour l’ouvrage qui arrive en seconde position.
Les modalités d’accès au forum pour la période concernée permettent de se faire une idée des internautes y ayant participé. En effet, l’accès au forum nécessitait l’inscription préalable, dont nous avons parlé plus haut. Une fois l’inscription faite, on entrait sur le forum en cliquant sur un lien (ici, le titre de l’ouvrage) sélectionné dans la liste des forums énumérés sur la page d’accueil. On se trouvait alors devant un écran présentant le texte des plus récents commentaires d’internautes, surmontés par un nouveau lien précisant « entrez votre commentaire ». En cliquant sur ce dernier, on était automatiquement identifié par l’adresse électronique donnée lors de l’inscription générale. Et c’est automatiquement que le pays d’origine, la profession et le pseudonyme (le plus souvent identique au nom), également donnés au moment de l’inscription, apparaissaient dans le bandeau titre du message. Dès lors, en dépouillant ces bandeaux, on peut mieux connaître les internautes. Ainsi, le tableau de la page suivante répartit les interventions selon les pays dont elles émanent :
Ce tableau confirme l’entrée des Nuits dans la mondialisation de l’information, encore que l’on puisse être tenté de dire qu’elles s’y trouvaient déjà, par le biais des traductions et de la circulation du support papier. Certes, la plus grande partie des messages (214 sur 244) émanent d’un pays arabe mais les trente messages restants témoignent, par leur disparité même, de la diffusion du recueil (et du site). La prédominance des messages émanant de la région du Golfe (Émirats et Arabie) doit être rapportée en partie aux moyens d’accès à l’outil informatique dont on dispose dans cette région. De même, il n’est pas illogique que les autres pays d’origine des messages les plus nombreux soient des pays arabes comme l’Égypte et le Maroc, même si certaines données peuvent paraître surprenantes, comme le nombre réduit de messages émanant du Liban. Il serait pour autant hâtif de tirer des conclusions sur la nationalité ou le nombre des intervenants, le lieu d’origine du message n’apportant pas en tant que tel d’indications sur celui qui le rédige ni sur le nombre de fois où le même internaute intervient.
À cet égard, le dépouillement des interventions permet de dire que le nombre d’internautes intervenant plus d’une fois est assez réduit. Le forum fonctionne moins comme un lieu d’échange que comme un espace d’expression ponctuelle. Deux séries d’interventions se démarquent de cette attitude. La première série concerne vingt messages postés entre juillet 2004 et septembre 2005, à partir des Émirats Arabes Unis, avec le pseudonyme « visiteur » et la profession « cadre ». Quoiqu’il soit possible de supposer, en raison d’une certaine unité dans leur contenu, qu’une partie de ces messages émane d’une même personne, il est difficile d’être catégorique sur ce point, notamment parce que les choix « Émirats Arabes Unis » et « cadre » sont proposés par défaut. L’internaute qui n’opère aucun choix les choisit donc indirectement. L’autre série inclut six messages émanant d’une personne d’origine marocaine et résidant en France, qui écrit sous le pseudonyme IS. Ces messages sont autant de billets d’humeur ou d’anecdotes personnelles autour des Nuits. Sinon, sept internautes interviennent à deux reprises chacun. Autrement dit, 204 internautes interviennent une seule fois, sept interviennent à deux reprises, un seul intervient à six reprises ; enfin, vingt messages ne peuvent faire l’objet d’aucune information fiable. Il y a donc au moins 204 internautes écrivant à partir de trente pays différents. Pour autant, cette diversité est moins grande que les choix offerts par le site. Nombre de pays figurant sur la liste proposée ne sont pas représentés, notamment les pays d’Afrique Noire, d’Amérique du Sud ou d’Asie Centrale. Comme depuis le xviiie siècle, les Nuits demeurent une affaire surtout arabo-européenne.
On peut aller un peu plus loin dans la connaissance des internautes en rassemblant dans un tableau leur répartition par métier :
Cent cinquante-trois réponses correspondent à un choix actif de l’internaute. Comme nous l’avons vu, la rubrique « cadre » est faussée par le fait qu’elle est proposée par défaut et peut donc refléter aussi bien un choix (l’internaute est effectivement cadre) qu’un non-choix (l’internaute ne choisit aucune profession).
Quelques remarques sur la distribution des intervenants par genre sont possibles du fait que les internautes sont invités à indiquer leur nom ou pseudonyme. Si on exclut les cas où la réponse laisse planer une ambiguïté (prénom mixte, surnom métaphorique ou simples initiales), on observe une nette prédominance masculine ; seuls trente-trois interventions contre cent quarante-cinq sont proposées par des personnes qui donnent un prénom féminin. Comme il est probable que les interventions pour lesquelles le genre n’a pas pu être déterminé par le prénom reflètent la même proportion que celles pour lesquelles il est identifié, on peut dire que ce sont moins les femmes que les hommes qui ont participé à ce forum, même si celles-ci sont un peu plus nombreuses que ne le laisse penser le tableau des professions. En effet, la liste des professions est donnée uniquement au masculin, sauf pour « femme au foyer » de sorte que la variable « genre » se trouve estompée quand on regarde la profession affichée.
K.Z (à suivre…)
