Accès à l’électricité en Afrique subsaharienne / Quand la croissance démographique devient un frein

L’accès à l’électricité reste aujourd’hui le principal défi pour l’avenir de l’Afrique subsaharienne. Sans électricité, il est impossible de faire fonctionner des hôpitaux modernes, de développer des entreprises, de conserver les aliments ou de permettre aux enfants d’étudier une fois la nuit tombée. Conscients de cette urgence, les gouvernements locaux et les organisations internationales mènent depuis plusieurs années d’importants travaux pour raccorder des millions de foyers.

 

 

Par Rihab Taleb

Pourtant, sur le terrain, le nombre total de personnes privées d’électricité diminue à peine. Ce phénomène s’explique par une réalité : la population augmente beaucoup trop rapidement. Selon le dernier rapport mondial sur l’énergie, la forte croissance démographique absorbe ainsi une grande partie des progrès réalisés dans le domaine de l’électrification.

En analysant les chiffres fournis par les experts pour les dernières années, la situation apparaît plus clairement. Entre 2022 et 2024, les efforts combinés des États ont permis de donner accès à l’électricité à environ quarante-deux millions de nouvelles personnes chaque année. Ce résultat prouve que les chantiers avancent à un rythme soutenu. Durant cette même période, la population de la région a augmenté de trente-huit millions d’habitants par an. En effectuant un calcul simple, on constate que le gain réel n’est que de quatre millions de personnes supplémentaires par an. Ce très faible écart montre que le développement du réseau électrique ne parvient pas à suivre le rythme des naissances. En conséquence, la part de l’Afrique subsaharienne dans le déficit mondial d’accès à l’électricité a fortement augmenté, passant de la moitié en 2010 à plus de quatre-vingt-cinq pour cent aujourd’hui, soit cinq cent soixante-trois millions de personnes toujours privées d’électricité.

L’enquête des experts montre toutefois que la situation varie considérablement d’une région à l’autre du continent. L’Afrique de l’Est s’impose actuellement comme la zone la plus performante dans ce domaine. Grâce à une politique volontariste, des pays comme le Kenya et le Rwanda ont réussi à réduire de trente-cinq millions le nombre de personnes sans électricité en quatorze ans. À l’inverse, l’Afrique centrale traverse une crise particulièrement préoccupante. Dans des pays comme le Tchad ou la République démocratique du Congo, le manque de moyens et l’instabilité politique ont aggravé la situation, ajoutant trente-quatre millions de personnes à la liste des populations privées d’électricité. De leur côté, les pays d’Afrique australe enregistrent de légers progrès, portés par l’Afrique du Sud, tandis que l’Afrique de l’Ouest connaît une stabilisation après une longue période de hausse du déficit énergétique.

Les spécialistes de l’énergie estiment qu’il est nécessaire de changer de méthode pour remporter cette course contre la montre. Le modèle classique, qui consiste à construire de grandes centrales et à déployer des milliers de kilomètres de lignes électriques, s’avère trop lent et trop coûteux pour desservir les villages isolés. La solution réside désormais dans l’exploitation de l’énergie solaire, une ressource gratuite et particulièrement abondante sur le continent. Au lieu d’attendre le raccordement au réseau électrique principal, les techniciens installent de plus en plus de mini-réseaux solaires capables d’alimenter des communautés entières de manière autonome. Pour les foyers les plus pauvres ou les plus éloignés, la distribution de kits solaires individuels permet d’apporter rapidement un premier niveau de confort, en assurant l’éclairage et la recharge des téléphones portables.

Pour accompagner cette transformation, les grandes institutions financières internationales ont lancé des programmes d’une ampleur inédite. C’est notamment le cas de Mission 300, un projet mis en place conjointement par la Banque mondiale et la Banque africaine de développement. Son objectif est de raccorder trois cents millions de personnes en Afrique d’ici à la fin de la décennie. Les premiers bilans indiquent que cinquante millions de bénéficiaires ont déjà obtenu un accès à l’électricité grâce à cette initiative. Le principal défi des prochaines années sera de maintenir, puis d’accélérer ce rythme. Pour sortir durablement de cette crise, l’Afrique subsaharienne devra impérativement faire en sorte que le déploiement des nouvelles technologies énergétiques progresse plus rapidement que sa propre croissance démographique.

                                                               R.T

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