Les pouvoirs publics, les associations et les mosquées se mobilisent à Sidi Bel-Abbès, pour promouvoir la propreté de l’environnement et encourager une consommation plus rationnelle de l’eau. Une preuve que la préservation de l’eau est une tradition ancienne en Algérie. Bien avant les campagnes de sensibilisation modernes, les populations locales avaient déjà développé des méthodes ingénieuses pour éviter le gaspillage et partager équitablement l’eau.
Par Chaïmaa Sadou
La campagne de sensibilisation lancée à Sidi Bel-Abbès en faveur de la rationalisation de la consommation d’eau, de la protection de l’environnement et de la promotion du civisme intervient à un moment où la préservation des ressources naturelles devient une priorité. À travers cette mobilisation – qui implique institutions publiques, associations et secteur des affaires religieuses – les autorités souhaitent rappeler l’importance d’une utilisation responsable de l’eau. Un message crucial en cette saison estivale, marquée par une hausse de la consommation.
Pourtant, la rationalisation de l’eau n’est pas une idée nouvelle en Algérie. Depuis des siècles, les habitants des régions sahariennes ont appris à gérer avec précision chaque goutte d’eau disponible. L’exemple le plus connu reste celui des foggaras, présentes notamment dans la wilaya d’Adrar et dans le Touat. Ce système traditionnel, reconnu comme un véritable chef-d’œuvre d’ingénierie hydraulique, permet d’acheminer l’eau souterraine sur de longues distances grâce à un réseau de galeries creusées sous terre.
Les foggaras ne servaient pas seulement à transporter l’eau. Elles reposaient également sur une organisation sociale rigoureuse garantissant un partage équitable entre les habitants et les agriculteurs. Dans ces régions arides, personne n’osait gaspiller l’eau. Chaque quantité prélevée avait une destination précise et répondait à un besoin réel. Cette gestion a permis à des communautés entières de prospérer malgré l’aridité. Ce savoir-faire ancestral contraste fortement avec les habitudes actuelles, où l’eau est souvent utilisée sans mesure.
Cet héritage ne se limitait d’ailleurs pas aux seules foggaras. Dans de nombreuses régions du pays, la rareté de l’eau avait façonné des habitudes fondées sur la modération et le respect de cette ressource précieuse. Les familles transmettaient de génération en génération des habitudes simples destinées à éviter toute perte inutile. Cette culture de l’économie de l’eau reposait à la fois sur la nécessité et sur des valeurs sociales et religieuses, faisant de l’eau un bien commun à préserver. Longtemps, cette conscience collective a contribué à maintenir un équilibre entre les besoins des populations et les ressources disponibles.
Aujourd’hui, cette culture de l’économie de l’eau tend malheureusement à s’effacer dans certaines zones urbaines. Les habitudes de consommation ont évolué et de nombreux gestes quotidiens contribuent à un gaspillage parfois considérable. Laisser couler le robinet pendant le brossage des dents peut entraîner la perte de 5 litres d’eau en quelques minutes. Multiplié par les millions de foyers algériens, ce chiffre représente chaque jour des milliers de mètres cubes d’eau partis à l’égout. Une goutte après l’autre, c’est toute une ressource qui s’évapore dans nos gestes les plus anodins. Certains lavent leur véhicule avec un tuyau d’arrosage alors qu’un simple seau suffirait. D’autres utilisent excessivement l’eau pour le nettoyage des trottoirs ou des espaces extérieurs, particulièrement durant les périodes de forte chaleur.
Les fuites domestiques représentent également une source importante de gaspillage. Un robinet qui goutte ou une chasse d’eau défectueuse peuvent entraîner des pertes significatives sur une année entière.
Face à cette situation, la sensibilisation apparaît comme un levier essentiel. L’école, la famille, les médias, les associations et les mosquées peuvent jouer un rôle déterminant dans la diffusion des bonnes pratiques. Les messages relayés lors des prêches, comme le prévoit le programme mis en place à Sidi Bel-Abbès, contribuent puissamment à rappeler que la préservation de l’eau relève à la fois du devoir citoyen et des valeurs de solidarité.
L’économie de l’eau n’est pas qu’une nécessité climatique : c’est un héritage culturel enraciné dans l’histoire du pays. Redécouvrir cet héritage et l’adapter aux réalités actuelles demeure l’un des moyens les plus efficaces pour préserver durablement cette ressource indispensable à la vie.
C.S
