Recherche environnementale saharienne/Ouargla face aux défis de la nature

Que faire quand le sable avance et que l’eau monte sous vos pieds ? À Ouargla, ces deux phénomènes menacent routes, maisons et champs. Face à l’urgence, la wilaya et l’université misent sur la recherche appliquée pour trouver des solutions durables.

 

Par Chaimaa Sadou

 

L’ensablement, c’est le déplacement lent mais continu du sable poussé par le vent. Dans le Sahara, les dunes peuvent avancer de plusieurs mètres par an. Elles finissent par recouvrir les routes, engloutir les cultures et gêner la vie quotidienne. La remontée des eaux, elle, est moins visible mais tout aussi dangereuse. Sous terre, les nappes phréatiques montent à cause des fuites d’eau, des pluies rares mais violentes ou du manque de drainage. L’eau finit par sortir du sol, inonde les caves, fragilise les fondations des maisons et rend les terres agricoles trop salées pour cultiver.

 

Ces deux phénomènes sont inquiétants. À Ouargla, des quartiers entiers voient leurs rues se déformer sous la poussée de l’eau. Des exploitants agricoles abandonnent leurs terres devenues blanches de sel. Sur les routes, le sable réduit la visibilité et provoque des accidents. À long terme, c’est tout l’équilibre entre la ville et le désert qui risque de se rompre. Les habitants vivent avec la peur de voir leur maison se fissurer ou leur jardin disparaître sous une dune.

 

Face à ce constat, les solutions classiques – barrières en bois, fossés, nettoyage mécanique – ne suffisent plus. La wilaya d’Ouargla et l’Université KasdiMerbah ont donc décidé de changer d’approche. Récemment, le wali Abdelghani Filali a réuni une équipe de chercheurs, d’enseignants et de techniciens pour examiner des études scientifiques concrètes. Leur objectif est de remplacer l’improvisation par la recherche appliquée.

 

La recherche appliquée, c’est une science qui sort des laboratoires pour aller sur le terrain. Au lieu de théories générales, elle cherche des solutions pratiques à des problèmes précis. À Ouargla, les chercheurs commencent par cartographier les zones les plus touchées. Ils repèrent les couloirs où le vent pousse le sable, analysent la nature du sol, mesurent la montée des nappes souterraines. Grâce à ces données, ils peuvent proposer des actions ciblées.

 

Nacer Ghilani, directeur des structures économiques annexes de l’université, explique que les travaux visent d’abord à fixer les dunes. Pour cela, les chercheurs testent des plantes adaptées au climat saharien, comme la Salicornia. Cette petite plante résiste au sel et à la sécheresse. Ses racines retiennent le sable, et elle peut même être vendue pour l’alimentation animale ou les cosmétiques. Une solution naturelle, économique et écologique.

 

Pour la remontée des eaux, les propositions sont plus techniques. Les chercheurs envisagent de moderniser les réseaux d’assainissement, d’installer des capteurs pour surveiller le niveau des nappes, et d’utiliser des procédés de génie civil pour transformer certaines zones humides – appelées Sebkha – en espaces constructibles et respectueux de l’environnement. L’idée n’est pas de lutter contre la nature, mais de composer avec elle.

 

Ces expérimentations se font d’abord à petite échelle, sur des « espaces ouverts » en milieu agricole. Si une solution fonctionne, elle pourra être généralisée. Cette méthode prudente et scientifique évite les erreurs coûteuses et respecte les équilibres fragiles du désert.

 

Au-delà des techniques, c’est toute une manière d’agir qui change. L’université ne reste pas dans ses livres. Elle descend sur le terrain, dialogue avec les agriculteurs, les techniciens et les autorités. Cette coopération entre science et terrain est un modèle pour d’autres régions sahariennes.

 

À Ouargla, on a compris qu’on ne vaincra ni le sable ni l’eau par la force. On apprend à les connaître, à les mesurer, à les utiliser. La recherche appliquée devient une arme pacifique contre deux fléaux qui semblaient insurmontables. Les habitants, eux, commencent à entrevoir un avenir plus stable. Les routes pourront rester ouvertes, les maisons solides, les champs productifs.

 

Bien sûr, les résultats ne seront pas visibles du jour au lendemain. Fixer une dune ou assainir une nappe prend des années. Mais pour la première fois, des solutions existent, testées, documentées, adaptées au désert. La wilaya d’Ouargla et son université montrent que la science, quand elle est appliquée avec patience et rigueur, peut transformer les pires menaces en opportunités.

 

Cet exemple mérite d’être connu. Dans un monde où les défis environnementaux grandissent, chaque région doit chercher ses propres réponses. Ouargla a choisi la sienne : humble, concrète, efficace. Une leçon de résilience venue du cœur du Sahara.

 

C.S

 

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