Intelligence artificielle/ Washington accuse Pékin de pillage technologique

À l’approche du sommet Trump-Xi à Pékin en mai prochain, l’intelligence artificielle s’invite au cœur des tensions sino-américaines. Washington accuse des entreprises chinoises d’avoir massivement détourné des modèles de pointe grâce à des techniques de distillation et de contournement, tandis que Pékin dénonce des « calomnies ». L’IA devient ainsi le nouveau champ de bataille stratégique des deux superpuissances.

Par Yakout Abina

À quelques semaines du sommet Trump-Xi prévu à Pékin, la Maison-Blanche hausse le ton contre la Chine. Dans un mémorandum daté du 23 avril dernier, Michael Kratsios, directeur du Bureau de la politique scientifique et technologique, dénonce des entités principalement basées en Chine, accusées de mener un pillage à l’échelle industrielle des modèles d’intelligence artificielle américains les plus avancés. Cette offensive verbale intervient dans un climat diplomatique tendu, alors que Donald Trump doit rencontrer Xi Jinping en mai.

Le mode opératoire décrit par Washington est méthodique. Des dizaines de milliers de comptes proxy servent à se fondre dans le décor, tandis que des techniques de « jailbreaking » permettent de contourner les protections des systèmes. Au centre de cette stratégie se trouve une technique baptisée distillation. Couramment utilisée dans le domaine de l’intelligence artificielle, elle permet de transférer les capacités d’un modèle de pointe vers une version plus compacte et moins coûteuse. Si elle est légitime dans son usage académique ou industriel, son détournement à grande échelle change la donne : la distillation devient alors un outil de reproduction accélérée, capable de condenser des années de recherche et des milliards d’investissements en un modèle accessible. Le modèle phare de DeepSeek n’aurait ainsi coûté que quelques millions de dollars à développer, un montant dérisoire comparé aux budgets colossaux des laboratoires américains.

Les accusations américaines ne se limitent plus aux généralités. OpenAI affirmait dès 2025 que DeepSeek avait exploité les sorties de ses modèles GPT pour entraîner ses propres systèmes, en violation des règles d’utilisation. En février 2026, Anthropic a encore enfoncé le clou dans un rapport détaillé, où la société a révélé que DeepSeek, Moonshot et MiniMax avaient mis en place plus de 24 000 faux comptes et généré 16 millions d’interactions avec son modèle Claude, afin d’en absorber les capacités.

Au-delà de la concurrence jugée déloyale, l’affaire soulève des inquiétudes majeures en matière de sécurité nationale. Les modèles copiés se retrouvent dépourvus des garde-fous intégrés par leurs concepteurs, ces protocoles de sécurité qui empêchent notamment l’assistance au développement d’armes biologiques ou la facilitation de cyberattaques.

L’administration Trump a répliqué en déployant une stratégie en quatre axes. Elle mise d’abord sur le partage de renseignements tactiques avec les entreprises américaines d’intelligence artificielle et sur un renforcement de la coopération avec le secteur privé. Washington entend également établir de bonnes pratiques pour détecter ce type d’attaques, tandis que des mesures juridiques sont étudiées afin de poursuivre les responsables étrangers.

Du point de vue législatif, le Comité des affaires étrangères de la Chambre des représentants a adopté cette semaine des projets de loi visant à inscrire sur la liste noire des exportations américaines les entités recourant à la distillation. Autre dossier sensible, celui des puces Nvidia. Bien que l’exportation des H200 vers la Chine ait reçu un feu vert, le secrétaire au Commerce, Howard Lutnick, a confirmé la semaine passée qu’aucune livraison n’avait encore été effectuée.

De son côté, la Chine rejette en bloc les accusations américaines. Liu Pengyu, porte-parole de l’ambassade à Washington, a qualifié ces reproches de « pures calomnies », dénonçant une suppression injustifiée des entreprises chinoises. Le ministère des Affaires étrangères a, quant à lui, exhorté les États-Unis à « abandonner leurs préjugés » et à privilégier les échanges scientifiques bilatéraux. Cette confrontation survient à un moment décisif, où Donald Trump doit rencontrer Xi Jinping à Pékin le mois prochain. L’intelligence artificielle s’impose désormais comme le nouveau terrain d’affrontement stratégique entre les deux superpuissances, transformant un enjeu technologique en bras de fer diplomatique.

Y.A

admin

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Next Post

sécheresse/ Des incendies monstres au nord du Japon

dim Avr 26 , 2026
Depuis trois jours, une lutte acharnée oppose les secours japonais aux flammes dans les montagnes du nord de l’archipel. Face à l’ampleur du sinistre qui menace des milliers d’habitants, les autorités déploient des moyens exceptionnels pour tenter de contenir un feu alimenté par une sécheresse hivernale persistante et des vents […]

ENTRE NOUS

Quotidien national d’information

Edité par EURL Rocher du Faucon

Directeur de Publication: Nasser MOUZAOUI

Adresse: Maison de la presse, 1, rue Bachir Attar, Place du 1er Mai, Alger-Algérie.

E.MAIL: entrenousdz2020@gmail.com