Le secteur minier occupe une place de plus en plus importante dans l’économie malgache. Il a généré, il n’y a pas longtemps, des revenus équivalents à 4,6 % du produit intérieur brut (PIB) et représenté près de 49 % des exportations du pays.
Par Rihab Taleb
L’exploitation minière est une opportunité majeure de diversification et de dynamisation de l’économie, mais cette perspective est accompagnée de nombreuses interrogations et de vives inquiétudes.
Parmi les projets en cours, l’extraction des terres rares attire particulièrement l’attention. Ces métaux, indispensables à la fabrication de technologies modernes telles que les batteries, les aimants ou encore les équipements électroniques, sont disponibles en quantités infimes dans la nature. Leur rareté explique leur valeur stratégique, mais aussi les impacts environnementaux liés à leur exploitation.
L’extraction des terres rares, qui regroupent 17 métaux indispensables aux technologies modernes et dont la Chine contrôle aujourd’hui une grande partie de la production mondiale, porte ce nom parce qu’ils ne sont disponibles qu’en d’infimes quantités dans la nature. Leur exploitation entraîne de potentiels rejets de solutions chimiques dans les nappes phréatiques. De plus, dans la roche, les terres rares cohabitent avec du thorium et de l’uranium, deux matières premières radioactives, ce qui accentue les risques environnementaux et sanitaires.
Sur la presqu’île d’Ampasindava, située dans le nord-ouest de Madagascar, les inquiétudes sont particulièrement vives. Les habitants, les élus locaux et plusieurs organisations de la société civile dénoncent les traces laissées par les précédentes phases d’exploration. Ils citent des terrains agricoles endommagés par les forages, des promesses sociales non respectées et une remise en cause du modèle de développement traditionnel, fondé sur l’agriculture et les ressources marines.
Dans un reportage publié en 2023, ces acteurs locaux expriment leur crainte qu’une reprise des activités minières à grande échelle fragilise durablement la biodiversité et les moyens de subsistance des communautés riveraines. Pour eux, l’exploitation minière pourrait bouleverser l’équilibre économique et social de la région, sans bénéfice proportionné pour les populations locales.
Les critiques portent aussi sur la répartition des bénéfices. Si l’exploitation minière génère des revenus importants pour l’État et pour les entreprises, les populations locales estiment que les retombées économiques ne sont pas proportionnées aux sacrifices imposés. Les infrastructures promises, les emplois annoncés et les compensations sociales ne se matérialisent pas toujours, ce qui provoque un sentiment de méfiance et de frustration. Pour la plupart, l’exploitation des terres rares risque de renforcer les inégalités et de marginaliser davantage les communautés rurales, déjà fragilisées par la dépendance à l’agriculture et à la pêche.
Harena Rare Earths a entamé le processus d’obtention d’un permis d’exploitation minière pour son projet de terres rares, tandis que Energy Fuels discute avec les autorités malgaches des conditions fiscales entourant son projet. Ces négociations sont cruciales, car elles détermineront non seulement les modalités économiques mais aussi la manière dont les préoccupations environnementales et sociales seront prises en compte. Les prochains mois permettront de mesurer si le gouvernement malgache parvient à concilier les impératifs de croissance économique avec les attentes des populations locales.
Madagascar se trouve ainsi face à un dilemme : d’un côté, l’exploitation minière représente une opportunité de renforcer l’économie nationale et de s’inscrire dans les chaînes de valeur mondiales liées aux technologies de pointe ; de l’autre, elle menace des écosystèmes fragiles et des modes de vie traditionnels, en particulier dans des régions où l’agriculture et la pêche constituent les principales sources de subsistance.
R.T
